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Dossier: Distribution et exploitation

Stratégies et avenir des salles européennes (2ème Partie)

par Fabien Lemercier

21/12/2011 - Présent et futur des salles art et essai

Au-delà des classiques discours corporatistes d¹inquiétude, de réels dangers guettent actuellement les salles d¹art et essai du Vieux Continent. Tour d¹horizon et témoignages d¹exploitants de six pays européens.

C¹est un constant alarmant que dresse le Hongrois Tibor Bíró (Cine-Mis à Miskolc), vice-président de l¹association des salles art & essai de son pays. Conséquence de la crise du MMKA (l¹ancienne structure gérant le soutien public), les aides sont bloquées depuis deux ans et neuf des 44 cinémas art & essai hongrois ont fermé, y compris dans les grandes villes. Et si les aides publiques sont désormais du ressort du Ministère des Ressources Nationales, les modalités d¹attribution ne sont pas encore connues. En revanche, pour la projection numérique, l¹Etat a lancé un programme couvrant 75% du financement des installations. Une avancée décisive pour des salles art & essai dans l¹incapacité d¹auto-financer l¹équipement alors que les multiplexes (90 % de part de marché avec une domination de Cinema City) n¹ont aucune difficulté à se numériser. Par ailleurs, le nombre de films projetés dans les salles art & essai est en baisse constante, l¹accès aux oeuvres étant de plus en plus ardu car les distributeurs sous pression économique se limitent à des combinaisons de 1 à 4 copies. Fatalement, les entrées en pâtissent. Enfin, les salles hongroises manquent cruellement de films pour l'éducation cinéphilique du jeune public.

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La Lituanienne Greta Akcijonaite (Kino Pasaka, Vilnius) rappelle que son pays compte seulement trois cinémas autoproclamés art & essai et que la production américaine truste 80 % des entrées en Lituanie contre 17 % pour les film européens non nationaux et 3 % pour les longs métrages lituaniens. "Nous survivons encore" ajoute-t-elle, précisant qu¹il n¹existe aucune aide publique en faveur de l¹exploitation et la distribution. "Comme la distribution est surtout américaine, un cinéma art & essai est devenu distributeur pour ne pas devenir une salle de seconde diffusion."

Se lancer dans la distribution, c¹est aussi la solution choisie par Hrvoje Laurenta (Kino Europa de Zagreb). "En Croatie, il y a seulement deux distributeurs dont l¹un détient aussi le monopole des multiplexes. Nous avons acquis 15 films, organisant un événement autour de chacun d¹eux grâce à des sponsors." Une bonne nouvelle récente est arrivée pour la numérisation : l¹Etat prendra en charge 70% du coût de l¹équipement si l'exploitant peut couvrir les 30 % restants. "Mais le marketing est plus important que la programmation et que la numérisation. Il faut être créatif, même avec peu d¹argent." Une créativité que le Belge Michail Bakolas (Cinéma Le Parc, Charleroi) prépare sous la forme d¹un décloisonnement des formes d¹art avec son projet de centre culturel pour le monde de l¹image qui inclura un cinéma.

Avec 2000 salles art & essai cumulant 45 à 50 millions d¹entrées annuelles, la France pourrait s¹estimer très bien lotie. Mais Patrick Brouiller, le président de l¹AFCAE (Association Française des Cinéma d¹Art et Essai) appelle à la vigilance : "depuis six ans, toutes les instances de régulation favorisant la diversité perdent du terrain. Certains voudraient déréglementer davantage, modifier la chronologie des médias. Nous, nous considérons que la salle est l¹endroit naturel pour voir des films et elle est aussi le plus gros contributeur à l¹économie du film." Sur la numérisation qui a été bien organisée par les pouvoirs publics français (VPF obligatoire des distributeurs et plan de soutien pour les petites salles), Patrick Brouiller s¹inquiète malgré tout des risques de concentration des salles et des pressions des distributeurs sur la programmation. Et il insiste sur un point: "il n¹y a pas de diversité de création sans diversité de diffusion."

Enfin, Detlef Rossmann, exploitant à Oldenburg en Allemagne (où 600 salles art et essai captent 12 % des entrées) et président de la CICAE (Confédération Internationale des Cinémas d¹Art et Essai) a pointé deux problèmes dans les grands pays : une production de films excessive et en hausse constante face à une fréquentation plus ou moins stable, et la disparition des cinémas de centre-ville confrontés à des loyers exagérés. Selon lui, "seuls des soutiens publics peuvent sauver ces cinémas." Reliant ce sujet à la question de la numérisation, il s¹est montré assez pessimiste sur l¹avenir des petites salles art et essai privées, en particulier en Europe centrale et orientale : "Elles vont fermer car elles ne sont pas rentables, et n¹auront pas de VPF. Et dans la crise actuelle, les Etats n¹ont pas les moyens de les aider."

[cliquez ici pour lire la 1ère partie de cet article]

 

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