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Matija Radeljak • Producteur

- Matija Radeljak, producteur croate, a participé aux Maia Workshops. Il revient dans cette interview sur sa carrière

Matija Radeljak • Producteur

Pouvez-vous vous présenter brièvement et nous parler des films que vous avez produits ?
Matija Radeljak : Je suis un réalisateur autodidacte, sur la base de 15 ans d’expérience théâtrale et trois ans d'informatique - j'ai abandonné quand je me suis rendu compte que je commençais à me faire vieux et que ma vraie vocation était l’art de la narration et du cinéma. J’ai commencé à travailler en tant que producteur professionnel en 2009. Il m’a fallu deux ans, et plusieurs projets en tant que producteur, producteur exécutif ou encore assistant de production, avant de fonder ma propre société de production, Aning Film. Dans le même temps, j'ai pu assouvir en tant que scénariste et réalisateur mon besoin de raconter des histoires en utilisant des moyens littéraires et cinématographiques. Pour l'instant, j’ai produit environ cinq court-métrages, dont deux de moi. Deux films et plusieurs autres projets ont suffit à me convaincre que lorsque l'auteur en moi souhaitait s'exprimer dans une oeuvre, il ne fallait pas que je m'occupe aussi de sa production. C’est pourquoi je suis heureux d'avoir depuis 2012 le producteur Bojan Kanjera comme associé. J'avais déjà travaillé avec lui à plusieurs reprises à Zagreb.

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Depuis 2009, j’ai produit un certain nombre de projets audiovisuels, notamment des campagnes trans-média, des ateliers de cinéma et d’autres projets pour promouvoir l’art audiovisuel et l’art en général, en essayant toujours de faire de mon mieux pour que mon travail reflète l’idée de création originale et de respect du format et/ou des conditions.

De quelle manière le programme Maia a-t-il influencé votre carrière ?
Il m'a mis en contact pour la première fois avec un monde que je pouvais respecter intellectuellement, en tant qu’artiste et que professionnel, un monde où l'on ne fait pas du cinéma pour être à la page mais où il est une passion, un besoin et un commerce, un monde qui correspond à mes idées et dans lequel je me retrouve. Maia est le premier programme exhaustif auquel j'ai jamais participé. Après, j'ai encore eu confirmation de la nécessité de regarder au-delà des frontières pour trouver et exploiter de nouvelles opportunités. Certaines idées fonctionnent mieux dans un environnement différent et Maia m’a offert un accès à cet ailleurs sans rien me demander en retour que du respect et des progrès dans ce cadre professionnel.

En quoi votre projet ONE a-t-il bénéficié de votre participation à Maia ?
Après avoir bouclé mon plus gros projet jusqu’à présent, une campagne trans-média et un évènement annuel pour les assurances Allianz, ce qui a représenté cinq mois de travail intensif sur des projets sans vrais liens avec le cinéma, je me suis retrouvé dans la partie créative du programme Maia avec One, à deux mois du tournage. J’étais enfin assez à l’aise pour pouvoir m’impliquer totalement au niveau de la création artistique et de la production. On m'a accueilli à bras ouverts, et les excellentes remarques des consultants et enseignants du programme ont eu une influence directe et significative sur le scénario.

A l’époque, j'avais un scénario de dix pages qui m'avait pris deux ans de développement et treize brouillons, de sorte que je ne voyais pas en quoi un avis objectif donné lors d’un évènement international de ce genre aurait pu influencer ma propre vision du scénario et de son futur. Le résultat a dépassé toutes mes attentes : la distance même, culturelle ou autre, des opinions qu'on m'a données (non seulement les experts mais aussi les autres participants) m'a motivé pour poursuivre le développement de mon projet. Je pense que rien ne peut plus bénéficier des événements internationaux qu'un projet en développement, car on y trouve la sécurité d'un cercle de professionnels en qui on peut avoir confiance, des personnes comme nous, qui donnent des avis et en demandent. C’est pour moi l’échange le plus honnête et le plus simple qui soit, car il met en avant les connaissances et l'expérience - c’est un peu comme un grand saladier d’informations utiles et d’expériences venues des quatre coins de l’Europe où chacun est invité à piocher à sa guise. C’est la manière la plus directe et la plus utile de puiser dans la magnifique diversité culturelle européenne, qui est aussi sa colonne vertébrale.

Vous avez organisé avec un autre participant la projection de Miss Homeless, qui a été produit par Peter De Maegd, formateur chez Maia. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette expérience ? 
Ce fut pour tout vous dire ma première expérience de cross-média. Peter avait présenté une étude de cas portant sur Miss Homeless pendant l’atelier Marketing et Distribution d’octobre 2010, et peu après il a lancé d'un coup dans le monde entier un amusant faux documentaire. Avec ma collègue de Zagreb, la productrice Iva Tkalec, nous avons organisé une des grandes premières du film (toutes programmées à la même heure dans des endroits différents du monde). Il s'agissait vraiment d'un tout petit évènement, 30 personnes dans un petit squat à Zagreb, mais l’effet fut vraiment grandiose : un sujet concernant vraiment plusieurs parties (la société belge par exemple) est passé de l'état de besoin à quelque chose d’amusant : le film et sa nature multiplateforme, qui à son tour a ramené les gens vers cette histoire qu'ils n'auraient sans cela jamais connue. Il se trouve que je me demandais depuis des années comment promouvoir le septième art au-delà des cinéphiles, auprès de nos parents et des amis qui voient ça seulement comme un divertissement parmi d'autres, de sorte que découvrir une telle variété d’(anti-)lois afin de créer un univers narratif a été pour moi une chose incroyable. C’est à ce moment là que pour la première fois, j’ai commencé à penser à l’histoire et à la manière dont elle est communiquée plus qu’à sa forme.

Avez-vous eu l'occasion de collaborer avec d’autres collègues du programme Maia ?
En ce moment même, je suis en phase finale de post-production d’un court-métrage, Breakfast de Salvatore li Causi, qui a participé au programme en 2010. Le film est produit par ma société Aning Film. C’est un véritable mélange culturel : Damir Kudin, le directeur de la photographie, est croate comme moi, mais le film a été tourné à Bruxelles avec une troupe franco-américaine et des techniciens belges. Ce film devrait sortir au printemps prochain, je croise les doigts pour qu’on réussisse à faire le DCP à temps !

J’ai aussi gardé contact avec d’autres participants au programme, avec qui je n'ai aucun doute que je ferai d'autres grandes choses par la suite. Nous nous voyons toujours pendant les festivals, nous nous croisons par hasard aux forums  et ateliers etc. C’est vraiment incroyable de voir que des liens si forts sont nés de moments aussi simples qu'une paresseuse pause-café matinale où l'on se met à discuter avec quelqu'un sans même s’en rendre compte. Deux années plus tard, voilà que cette personne vous présente chaleureusement au responsable des commandes de programmes qui a justement le créneau qu’il vous fallait. Incroyable.

Que dire de vos futurs projets ? Vous semblez vous tourner vers de nouvelles plateformes et projets.
Je travaille sur pas mal de projets en ce moment, je serais incapable d’en choisir un en particulier. Je produis à Paris le court-métrage d’un réalisateur serbe qui m'a présenté le scénario le plus puissant qui soit. Je suis aussi dans une phase de développement avancé sur un gros projet de cross-media tournant autour du vin et tout ce qui y est associé. Je prépare moi-même deux court-métrages, l’un d’entre eux étant l’adaptation d’une nouvelle d’Hemingway et l’autre un récit original (la suite de mon dernier court-métrage, qui était, lui, une adaptation). J’ai aussi d’autres projets plus modestes qui ont le potentiel de prendre de l’ampleur. Nous sommes par exemple en train de produire le premier court-métrage d’une jeune réalisatrice de Zagreb qui vient de se découvrir une passion pour la narration, c’est un projet qui nous tient vraiment à cœur. Nous essayons toujours d’être préparés et d'avoir un autre atout dans la manche. Prendre soin de cet art et de sa représentation publique est quelque chose de spontané pour nous.

Je ne dis pas que je vais dans cette direction, j'accepte simplement ce qui m’entoure comme la vérité. Les médias et les nouvelles plateformes qui sont en train de converger sont je pense un prolongement naturel de la narration classique. Je comprends combien le cross-média peut sembler abstrait, je crois que le problème est que nous n'avons jamais vu d'avancée technologique qui s'opère ainsi sans but, comme une conséquence subtile et spontanée de quelque chose de complètement différent. Dans un monde où l’on concentre la plupart de son attention sur la communication, l’échange, les expériences vécues (un mot qui ne signifie plus grand-chose aujourd’hui), qui se soucie des effets secondaires que cela aura sur les médias ou le secteur de l’audiovisuel ? Il est parfois facile d’oublier que les choix que nous avons faits dans notre carrière ne signifient rien pour 95 % d’une population qui a ses propres besoins, désirs et problèmes. Quelque part dans la quête aux nouvelles technologies, nous avons eu l’idée de raconter des histoires d'une manière plus personnelle qui est à présent possible. Libérer une histoire d’un format préconçu tout en gardant en même temps les contraintes nécessaires d’un cadre restrictif qui favorise la créativité  : pour moi c’est la manière la plus difficile et gratifiante de s’exprimer en tant qu’auteur. Je sais que je vise haut, mais je n’ai pas peur de dire que le cross-média est la meilleure manière d'unir la création, les questions financières et l'attention au public en une œuvre d’art – ou, plus familièrement, un contenu divertissant.

Quelles sont les choses les plus importantes que vous ayez apprises pendant la formation ?
Créer un réseau et constamment travailler et avancer sont les seules choses qui comptent pour atteindre des objectifs aussi hauts que de produire des films pour en vivre. La créativité, l'"idée", c'est crucial, mais en soi ça n’a pas beaucoup de valeur et c’est banal. Des idées émergent partout, tout le temps. 98 % du résultat final repose sur l’utilisation de cette créativité : il faut développer, canaliser, essayer, remettre à zéro et patiemment tout recommencer. Deux fois.

Est-ce que vous conseilleriez le programme Maia à d’autres producteurs ?
Je dirais que le programme Maia est une excellente façon de familiariser un réalisateur avec le fonctionnement du monde du cinéma européen. Les experts sont tous des professionnels du secteur en exercice, ce qui rend les conférences et les études de cas vivantes et toujours d’actualité. Tout jeune producteur devrait sérieusement penser à investir pour participer au programme Maia et découvrir un monde de belles collaborations, de travail acharné et d’innombrables incertitudes, tout comme l’univers du cinéma.
Non seulement je recommande vivement Maia aux jeunes producteurs, mais j’ai déjà, plusieurs fois et avec succès, incité des gens à y participer, et tous ont trouvé l’expérience aussi utile et profitable que moi. 

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