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"L'instant où l'abus devient manifeste est difficile à déterminer, mais il est facile d'y céder"

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Adrian Sitaru • Réalisateur

par 

- Après son avant-première mondiale à Toronto, Fixeur du Roumain Adrian Sitaru est présenté au Festival de Cinéma Européen des Arcs. Nous l'avons rencontré pour discuter du film

Adrian Sitaru • Réalisateur
(© Festival de Cinéma Européen des Arcs / Manuel Moutier)

Quatre ans après Domestic [+lire aussi :
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, Adrian Sitaru nous a préparé non pas un, mais bien deux longs-métrages pour 2016 : après la présentation d’Illegitimate [+lire aussi :
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, un drame sur l’inceste, à la Berlinale, le réalisateur est désormais à la compétition du 8e Festival de cinéma européen des arcs (du 10 au 17 décembre 2016) avec Fixeur [+lire aussi :
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, dans lequel il s’est penché sur un autre thème difficile.

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Cineuropa : Le premier mot auquel fait penser le film est ‘’abus’’. Quels sont les éléments qui vous ont incité à réaliser ce film ?
Adrian Sitaru : Pour aborder le dilemme moral, le scénariste, Adrian Silişteanu, s’est inspiré d’évènements réels, qu’il a lui-même vécus lorsqu’il était fixeur. Nous y avons ajouté un dilemme personnel lié à l’éthique de ma profession, qui peut parfois devenir abusive, même si elle est fondée sur la plus noble des intentions au nom de l’art. C’est en réalité le cas de toutes les professions. À vrai dire, les nombreux débats organisés sur ce thème durant l’écriture du scénario ont donné naissance à un court-métrage intitulé Art. Ce dilemme m’a donc conduit à transformer le sujet non pas seulement en un long-métrage, mais aussi en un court-métrage.

En tant que réalisateur, avez-vous déjà eu des comportements abusifs envers vos acteurs ou votre équipe ?
En général, l’instant où l’abus devient manifeste est difficile à déterminer, mais il est facile d’y céder, même sans s’en rendre compte étant donné qu’un réalisateur a de l’autorité de par sa profession. Nous avons discuté en détail des abus commis dans le cadre d’autres professions, des instincts ancestraux qui nous poussent à l’abus et même de la manière dont nous cédons à l’abus, avec la meilleure des intentions, face à nos enfants, pour qu’ils soient les meilleurs. Je pense que forcer quelqu’un à faire quelque chose contre son gré est une forme d’abus. Mais c’est aussi une zone d’ombre, ouverte au débat. La réponse à la question est que j’ai l’impression d’avoir contraint mes acteurs (par des arguments cohérents) à faire des choses dont ils n’avaient pas envie. À l’instar des journalistes qui soustraient des déclarations, souvent sans arguments, j’ai forcé (sans arguments) des animaux à se comporter d’une certaine façon, mais dans le journalisme, cela s’appelle de la manipulation. Bien entendu, personne n’est mort et ils étaient même parfois bien rémunérés, et cet aspect est au cœur des dilemmes.

Quel a été le plus gros problème durant la production ?
Le manque de fonds. L’aide financière apportée par le Centre du cinéma roumain était absolument médiocre (environ 60 000 €). Et ce n’est pas la faute des décisionnaires, mais bien de réglementations insensées. Nous ne sommes pas parvenus à obtenir des financements étrangers, bien que le projet ait reçu d’excellentes critiques. Nous avons même pensé à reporter le tournage, car un budget trop limité pouvait compromettre le film. Personnellement, je me sens frustré qu’un projet de film dont les dialogues sont principalement écrits en français, qui comporte au moins deux acteurs français et qui a reçu un prix de la part du jury de Sarajevo, y compris de CNC et ARTE, ne puisse pas obtenir de fonds de la France.

Diana Spătărescu, qui interprète la prostituée mineure dans le film, est une véritable révélation. À quoi ressemblaient vos conversations avant le tournage d’une scène ?
Nos conversations étaient tout à fait normales. Diana est non seulement très talentueuse, mais aussi très intelligente et très mûre pour son âge, ce qui était indispensable pour ce rôle. Les auditions étaient très difficiles, car nous ne voulions pas être à l’origine d’abus comme celui dont parle le scénario. L’une de nos conditions était que l’actrice ne devait pas apprendre le sens de son texte grâce à nous. C’était aussi un moyen de respecter son évolution psychologique et son innocence. Elle et, plus important encore, son père, nous ont assuré qu’elle était pleinement consciente du sens de ses phrases et qu’elle les comprenait. Nous avons en outre discuté les éventuelles répercussions de ce genre de rôle sur sa vie.

(Traduit de l'anglais)

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