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"La naissance d'une société démocratique a été douloureuse ; et ce fait ne peut pas être édulcoré"

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Eglė Vertelytė • Réalisatrice

par 

- TORONTO 2017 : Cineuropa a rencontré with Eglė Vertelytė, dont le premier long-métrage, Miracle, a été présenté à la section Discovery de Toronto après neuf ans de développement

Eglė Vertelytė  • Réalisatrice
(© IN SCRIPT)

La réalisatrice et scénariste lituanienne Eglė Vertelytė a commencé le développement de son premier long-métrage, Miracle [+lire aussi :
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interview : Eglė Vertelytė
fiche film
]
, il y a neuf ans. Le film est finalement présenté à la section Discovery du 42e Festival International du Film de Toronto. Cineuropa a rencontré la réalisatrice pour parler longuement des conséquences de la chute de l’Union soviétique, de ses effets sur la société d’aujourd’hui, du rôle des femmes et de la nostalgie dissimulée.

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Cineuropa : Pourquoi avez-vous choisi de situer Miracle dans une ferme porcine ?
Eglė Vertelytė : Traditionnellement, le porc a toujours été un élément à part entière de la cuisine lituanienne. De même, du temps de l’Union Soviétique, les fermes porcines faisaient partie intégrante de l’agriculture et du paysage. C’est pourquoi j’ai choisi ce décor comme représentation d’un village lituanien et du système économique soviétique. À travers l’histoire d’une ferme porcine, je voulais témoigner de ce qui s’est passé dans le village et de ce qui est arrivé au système. Et en racontant la vie dramatique, mais pour le moins comique, d’une femme forte et de son entourage, je voulais montrer le caractère soudain de ce changement socio-économique. L’ancien système est un porc – Irena l’a élevé et a dû l’enterrer de ses propres mains.

Irena, qui était autrefois puissante, n’est plus respectée par ses pairs. Est-ce un conflit de genre ou une guerre de pouvoir ?
Je n’ai jamais pensé à un conflit de genre. Oui, Irena est une femme forte et de lourdes responsabilités reposent sur ses épaules. Elle ne peut pas se permettre d’échouer comme les hommes de son entourage. J’ai remarqué, et je remarque encore, que de nombreuses femmes de notre pays sont plus fortes que les hommes. Mais Irena perd son pouvoir, non pas parce qu’elle est une femme, mais bien parce que les temps ont changé. Je m’intéressais davantage à la transition de pouvoir et aux processus de réadaptation, plutôt qu’au conflit de genre. Notre protagoniste, Irena, qui était une personne respectée par sa communauté, ne peut rivaliser avec le nouveau système, car ses anciennes valeurs et ses méthodes de travail soviétiques ne font pas le poids face aux promesses occidentales ‘’glamour’’ faites par la figure américaine, Bernardas. Je m’intéresse à la manière dont une personne qui perd complètement son pouvoir et son influence peut se réadapter et revendiquer son rôle dans la communauté, pour redevenir puissante. Ce genre de personne accepte rarement la défaite, et cherche à rester au pouvoir, peu importe le système. Irena trouve sa propre stratégie de survie.

Récemment, des pays de l’ex-Union Soviétique revisitent des films des années 1990. Est-ce une manière de commémorer le passé ou un avertissement pour le présent ?
Au début des années 1990, j’étais encore une enfant. Je n’aspire donc pas à une représentation objective et je n’avais aucune intention de commémorer le passé. Cependant, cette période est encore importante à mes yeux, car c’est à cette époque que j’ai grandi et cela m’a indirectement influencé en tant qu’individu adulte. Dès lors, mener une réflexion sur cette période folle m’a permis de mieux comprendre les origines de ma génération.

Par ailleurs, cette réflexion me semble importante, car cela nous permet aussi de mieux comprendre les gens qui nous entourent. Beaucoup sont encore affectés ou traumatisés par ces années. Il est donc essentiel de montrer le dilemme qu’impose le changement d’un point de vue humain, de montrer que les gens se comportent de manière différente, non pas parce qu’ils sont bons ou mauvais, mais parce qu’ils doivent survivre.

Le film rappelle l’Europe de l’Est des années 1970-1980. Pour quelle raison ?
Visuellement, je voulais que le film ait un aspect ancien. C’est pourquoi cela peut rappeler certains films soviétiques. Je l’ai fait pour simplement établir une relation entre l’époque et le lieu, et permettre aux spectateurs d’être plongés dans l’univers du film.

Le capitalisme est-il le ‘’Miracle’’ dont parle le titre ?
Je crois fermement en la démocratie, et je ne veux même pas imaginer à quoi ressemblerait la vie si les temps n’avaient pas changé. Cependant, le miracle du capitalisme effréné qui a accompagné la démocratie est plutôt cruel pour certains, et la douleur infligée ne peut être oubliée. La naissance d’une société nouvelle et démocratique a été douloureuse ; et le processus ne peut être édulcoré.

(Traduit de l'anglais)

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