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CANNES 2012 Un Certain Regard

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Trois mondes et un très lourd secret

par Fabien Lemercier

Trois mondes et un très lourd secret24/05/2012 - Combien vaut la vie d’un homme sans importance dans la France d’aujourd’hui ? Jusqu’où la morale peut-elle accepter la loi du silence et étouffer les sentiments de culpabilité ? L’égoïsme de la réussite est-il soluble dans le sang d’autrui et dans l’argent ? Autant de questions dostoïevskiennes creusées par Catherine Corsini à travers le prisme d’un film noir tragique et percutant : Trois mondes [bande-annonce]. Découvert aujourd’hui dans la sélection Un Certain Regard du 65ème Festival de Cannes, le long métrage donne aussi l’occasion à Raphaël Personnaz de révéler une nouvelle facette d’un talent ayant émergé sur la Croisette il y a deux ans dans La princesse de Montpensier [bande-annonce]. Lorgnant sur une atmosphère crépusculaire à la James Gray et une mécanique scénaristique à suspense, le film parvient, en dépit de défauts mineurs, à tenir l’équilibre entre une forme stimulante et un fond très réfléchi qui affleure sans cesse, tel un rasoir, à la surface de l’action.

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C’est la nuit et un trio d’amis bien éméchés mené par Al (Personnaz) fait la fête, jouant à des jeux dangereux au volant d’une puissante voiture, musique à fond et accélération dans les rues de Paris. Survient le choc : ils renversent un homme et s’enfuient. Mais Juliette (Clotilde Hesme) a tout vu de sa fenêtre, en particulier Al qui était sorti de son véhicule avant de se faire entraîner ailleurs par ses deux camarades. Bonne âme, elle prévient Vera (Arta Dobroshi), la femme de l’accidenté, une immigrée clandestine moldave, un geste généreux qui va l'entraîner dans une histoire périlleuse. Car le remords tenaille Al qui a pourtant tout pour être heureux puisqu’il doit se marier dix jours plus tard et vient d’être nommé par son beau-père manager de sa concession automobile. Le jeune homme se rend à l’hôpital, est reconnue par Juliette et entre dans une spirale pour préserver un secret qui pourrait lui coûter très cher…

Dressant au scalpel le portrait d’un homme menacé de voir s’effondrer une ascension sociale qu’il a construit à la sueur de son front, qui a toujours fermé les yeux sur les magouilles ambiantes (argent au noir) et qui se débat dans un engrenage de mensonges déclenché par son sentiment de culpabilité, Trois mondes progresse à un rythme assez trépidant. Surveillé par les uns (les deux amis ayant participé au délit de fuite, son futur beau-père pour qui l’argent et la famille sont les valeurs étalon du comportement, sa compagne qui le voit s’assombrir) et recherché par les autres (les Moldaves qui veulent identifier le coupable de l’accident pour venger la victime), Al s’enferre de plus en plus au fil des jours. Et la tolérante et ambiguë Juliette va aussi se heurter à l’incontournable réalité de la vérité quand il est question de vie ou de mort.

A travers une intrigue bien huilé dont personne ne sortira indemne, Catherine Corsini aborde également les conditions de la survie économique des immigrés clandestins. Plus dynamique dans sa première partie et moins convaincant dans son volet amoureux (Juliette, peu épanouie en ménage, craque pour Al), le film tient néanmoins toutes ses promesses hitchcockiennes sur une mise en scène rigoureuse et de très beaux éclairages signés Claire Mathon. Et la fusion d’un style de genre avec un contenu psychologique et social intelligent confirme toutes les qualités d’une réalisatrice dont la carrière compte désormais quatre apparitions cannoises.

Wallimages
 

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