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"Financer du contenu un peu plus atypique, provocateur, outstanding"

Dossier industrie: Produire - Coproduire...

Frédéric Fiore • Président, Logical Pictures

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Le groupe français poursuit son développement très rapide, du financement à la distribution, avec l’intégration récemment de The Jokers et le fonds d’investissement Logical Content Ventures

Frédéric Fiore • Président, Logical Pictures

Le groupe français Logical Pictures, spécialiste de la production et du financement de films, connaît une croissance très accélérée depuis son lancement en 2017 et compte désormais parmi ses filiales The Jokers Films (distribution France), Pulsar Content (ventes internationales), Black Mic Mac (production dédiée aux contenus africains), Cascade8 (nouvelles technologies) ou encore Loveboat (production publicitaire). Décryptage avec son président Frédéric Fiore d’une stratégie de croissance originale dans le panorama français et européen.

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Cineuropa : Logical Pictures a maintenant cinq ans d’existence et opère sur de nombreux segments de la filière. Pourquoi avoir investi récemment dans la distribution, un secteur plutôt en difficulté actuellement, en intégrant The Jokers Films et quelle est votre stratégie globale ?
Frédéric Fiore : Aujourd’hui, le groupe Logical est capable de produire, financer, distribuer et vendre du contenu et ce à 360° puisque nous pouvons intervenir sur des films, des séries TV, des documentaires, voire de la publicité. Notre stratégie est de pouvoir accompagner les talents (auteurs, réalisateurs, producteurs) tout au long de leurs carrières : les aider à tous les stades du développement de leurs projets sans les enfermer, qu’ils puissent circuler en synergie. C’est pour cette raison que nous avons investi récemment largement dans la distribution car l’accès à la salle reste un atout majeur pour faire exister une œuvre : la sortie en salles crée l’événement et ancre l’œuvre dans l’avenir. Pour un réalisateur, cet ancrage est très important d’autant plus que Logical s’inscrit dans un travail avec les talents sur la durée. Et The Jokers Films et plus particulièrement Manuel Chiche sont porteurs de cette vision d’accompagnement sur la durée pour faire grandir les auteurs, comme ils l’ont fait avec Nicolas Winding Refn et Bong Joon-ho.

En production, l’une des caractéristiques de Logical est de miser beaucoup sur les films de genre.
C’est un marqueur fort du groupe et également un territoire sur lequel nous nous rejoignons avec The Jokers. Jouer avec les codes du genre, c’est jouer avec des codes qui sont reconnus à l’international, qui effacent les frontières géographiques, qui cassent les barrières des langues, donc c’est avoir assez immédiatement une audience beaucoup plus large. Mais nous ne faisons pas seulement du genre puisque nous étions par exemple en compétition à Cannes avec La femme de Tchaïkovski [+lire aussi :
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de Kirill Serebrennikov que nous avons financé. Logical, comme son nom l’indique, a été créé afin de rationaliser les investissements dans le cinéma. Or, s’engager dans des films pouvant jouer le jeu de l’international, c’est aussi limiter les risques car un film qui peut marcher dans le monde entier, cela limite les risques par rapport à un film potentiellement très fort sur un seul territoire. Revenge [+lire aussi :
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, l’un des premiers films que nous avons financés, en est un parfait exemple : c’est un film qui a fait relativement peu d’entrées en France mais qui s’est vendu dans le monde entier. Du point de vue de notre ligne éditoriale, nous sommes donc très à l’aise avec le cinéma de genre y compris les films d’horreur "classiques". Nous sommes convaincus qu’il y a une demande pour cela, en particulier du jeune public.

Votre ADN reste le financement, notamment privé, de la production afin de vous affranchir des contraintes liées aux chaînes TV. Vous avez d’ailleurs lancé un fonds d’investissement dédié de 100 M€ fin 2021. Comment opérer dans cette direction tout en restant intégré à minima dans le système français de financement ?
La liberté au niveau du contenu passe aussi par du financement privé car si on laisse le financement au diffuseur, on aura du contenu fait pour le diffuseur, ce qui est tout à fait normal. Canal+, France Télévisions, Netflix, etc., achètent des contenus que leurs cibles veulent voir. Si l’on veut sortir de ces cibles, financer du contenu un peu plus atypique, provocateur, "outstanding", qui sort de la norme, et je suis certain que c’est cela que le public cherche notamment en salles, le financement privé est l’une des clés.

Évidemment, je suis convaincu de la pertinence du système de protection de l’exception culturelle que nous avons en France surtout et en Europe, mais très souvent maintenant il y un "gap" de financement qui apparaît sur des projets commerciaux mais un peu moins normés. L’argent privé vient combler ce manque et permet de réaliser ces projets. Logical Pictures a été lancé comme financeur dans le cinéma et même si nous avons élargi notre champ d’activité, cela reste notre ADN : faire exister les œuvres. Nous avons donc voulu aller plus loin et plus fort en créant le fonds Logical Content Ventures qui a de grandes ambitions avec des contenus très majoritairement européens. Nous avons déjà financé six films avec ce fonds (notamment La femme de Tchaïkovski) et c’est déjà un succès, puisque pour ces films, plus de la moitié du financement est déjà remontée, donc est sécurisée, ce qui en quelques mois est une vraie démonstration de notre modèle.

Pour un investisseur privé, il y a un intérêt rationnel, financier, à investir dans le cinéma et l’audiovisuel, parce que c’est un vecteur de diversification. Aujourd’hui, on le voit bien, les investisseurs ne savent pas trop dans quoi investir : la Bourse est ultra risquée, l’immobilier est dans une bulle, etc. Je travaille auprès de la sphère financière pour faire connaître le fait qu’investir dans le cinéma et l’audiovisuel, c’est aussi un type d’investissement qui doit être normalisé. Cela passe par davantage d’intermédiaires car il y en a peu aujourd’hui au-delà des Sofica qui opèrent dans un cadre très réglementé et de quelques fonds anglo-saxons. En Europe, très peu de fonds offrent un service d’investissements professionnel et capable d’assurer une mutualisation sur une dizaine d’investissements minimum par an. Aujourd’hui, nous recevons plus de 800 projets par an pour en financer une dizaine, donc nous avons la capacité de nous positionner sur des projets qui présentent, pour employer le langage d’un investisseur privé, le meilleur profil de rendement.

Quels films de votre line-up production vont arriver bientôt sur les écrans ?
En post-production, nous avons notre première production co-déléguée (avec Bonne PiocheDu crépitement sous les néons (Blazing Neon) des FGKO (l’histoire d’un couple poursuivi par deux bandes rivales - lire l’article - vendu par Wild Bunch International et qui sortira début 2023) et The Dive de Maximilian Erlenwein, un thriller survival sous-marin en langue anglaise qui va faire beaucoup parler de lui, que nous avons financé avec les Allemands de Augenschein Filmproduktion et qui est vendu par Protagonist.

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