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Industrie / Marché - France

Dossier industrie: Distribution, exploitation et streaming

Appel à des États généraux du cinéma : les indépendants français font entendre leur voix

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Représentant toutes les strates de l’industrie, une multitude de professionnels du cinéma d’auteur sonnent le tocsin et questionnent la vision de leur avenir par les pouvoirs publics

Appel à des États généraux du cinéma : les indépendants français font entendre leur voix
Un moment de l'Appel à des États généraux du cinéma, hier à Paris

De Virginie Efira à Jacques Audiard, d’Agnès Jaoui à Swan Arlaud, d’Arthur Harari à Leonor Serraille, en passant notamment par les distributeurs de DIRE et du SDI, les cinéastes de la SRF et de l’ACID, les scénaristes, les exportateurs de l’ADEF, les techniciens, les étudiants en cinéma, les journalistes spécialisés et de très nombreux producteurs du meilleur du cinéma d’auteur français : la grande salle de l’Institut du Monde Arabe à Paris débordait littéralement hier à Paris pour un Appel à des États généraux du cinéma à la fois révélateur des très grandes inquiétudes transperçant actuellement le secteur et d’une volonté de s’unir pour tenter d’infléchir le cours des événements.

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"Insurmontable, la crise ? ", "Menaces sur la création", "Quelles conséquences dans les salles ?". Articulé en trois temps avec beaucoup d’espace donné aux interventions de l’auditoire qui ont permis de constater la profondeur de l’ébranlement tellurique touchant toute la filière du 7e art mais aussi la résilience du sens d’un destin commun, l’après-midi a éclairé les différentes facettes d’"un système auquel on retire peu à peu son oxygène". Ce système, c’est le modèle culturel français du cinéma, tant vanté et encore envié dans le monde, de redistribution des flux financiers afin d’alimenter tout l’éventail de la création et d’assurer le renouvellement des talents. "On est en train de faire rentrer des critères de rentabilité et de résultats qui vont complètement le déstabiliser" a insisté le producteur Saïd Ben Saïd (SBS Films). "Il faut bien faire comprendre que toute une part du cinéma d’auteur (ndlr : incluant tous les films récemment primés dans les grands festivals internationaux d’Audrey Diwan à Alice Diop, en passant par Julia Ducournau), c’est de la recherche & développement" a souligné David Thion (Les Films Pelléas). "Notre modèle doit évoluer, mais cela ne veut pas dire changer d’objectif" a surenchéri Philippe Carcassonne (ciné@ et producteur notamment de The Father [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Florian Zeller
fiche film
]
) en rappelant la célèbre formule d’André Malraux (créateur notamment de l’avance sur recettes du CNC) : "Le cinéma est un art ; et par ailleurs, c'est aussi une industrie".

Les pouvoirs publics, du CNC au ministère de la Culture, invités mais absents (tout comme la FNCF – Fédération Nationale des Cinémas Français, alors que l’AFCAE - Association Française des Cinémas d’Art et Essai était représentée) ont été au cœur des débats. Un rappel à l’essence culturelle de leurs missions a été lancé. "Il est important de faire comprendre à cette institution qui a été longtemps notre amie que nous avons besoin de leur protection" a résumé le chef-opérateur Yves Cape.

Les choix stratégiques des pouvoirs publics mêlant renforcement de l’attractivité de l’Hexagone pour les tournages internationaux (via le crédit d’impôt), volonté d’émergence de "champions nationaux" (qualifiée d’"obsession" et de "politique privilégiant l’industrialisation allant à l’encontre de la création" par Élizabeth Perez - Chaz Productions) et vision du futur fléchant les investissements vers les grands groupes et le metaverse (via le plan France 2030) s’entrechoquent avec la conjoncture d’un cinéma d’auteur indépendant percuté à tous les étages par les conséquences de la pandémie (fréquentation en berne, distributeurs très fragilisés, financement des productions de plus en plus compliqué, etc.). "Nous ne sommes pas à l’abri d’un effondrement de la production et de la distribution" a alerté la réalisatrice Marine Francen alors que "la diversité de la création n’a jamais été aussi extraordinaire" a noté le distributeur Grégory Gajos (Ad Vitam) qui a insisté sur le fait que "ce vivier de talents est le résultat d’une volonté politique, d’une croyance et d’une défense de la création depuis des décennies, un état d’esprit qui ne doit pas être effacé par le culte de l’innovation".

Chant du cygne ou naissance d’une nation ? L’Appel à des États généraux du cinéma a dressé un état des lieux plus qu’alarmant pour le cinéma d’auteur français mais également à l’évidence répondu à une nécessité de rassemblement qui pourrait avoir des échos majeurs si ce mouvement canalise ses doléances. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics.

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