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Ada Solomon • HiFilm Productions

Producers on the Move 2011 - Roumanie

par 

- L'instigatrice du Festival NexT Film de Bucarest a été choisie par l'EFP-European Film Promotion dans le cadre de l'initiative Producers on the Move 2011

Ada Solomon • HiFilm Productions

Ada Solomon a créé HiFilm Productions en 2004. Depuis, elle a produit des courts-métrages qui ont remporté des récompenses tels que A Tube with a Hat de Radu Jude et Marilena de la P7 de Cristian Nemescu, ainsi que des premiers longs-métrages tels que La Fille La plus Heureuse du Monde et First of All, Felicia de Jude, écrits et réalisés par Razvan Radulescu et Melissa de Raaf. Solomon est également à l’origine du Festival de Film NexT à Bucarest, dédié à la mémoire de Cristian Nemescu et d’Andrei Toncu, qui célébra son 5ème anniversaire en avril dernier.

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Cineuropa: A l’heure actuelle, quels sont les plus grands défis auxquels vous devez faire face en tant que productrice en Roumanie ?

Ada Solomon: En Roumanie, le défi principal est — entre autres — de trouver une source de financement pour son projet, un moyen de rassembler le peu d’argent disponible sur le marché. Néanmoins, un autre défi majeur est de promouvoir le film une fois terminé, dans le but de le vendre. Et les choses deviennent plus compliquées, parce que nous ne savons pas quand les sessions de soutien du Centre Cinématographique Roumain sont planifiées, donc il est quasiment impossible de prévoir quoi que ce soit en avance tant que la principale source de financement n’a pas de calendrier précis. Comme en ce moment : nous sommes début juillet et la première session de soutien de 2011 pour le financement du cinéma en Roumanie n’a pas encore été annoncée. Aura-t-elle lieu ce mois-ci ou en août ? Difficile de deviner. Ce genre d’incertitude me tue. J’adorerais être en mesure d’élaborer une stratégie sur trois à cinq ans. Je sais ce que je veux faire et je développe des projets mais ils restent à l’état de rêves parce qu’ils n’ont pas de base solide.

Faire partie des Producers On The Move, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Il s’agit d’une grande marque de reconnaissance et j’en suis très honorée. C’est également une super opportunité de rencontrer des personnes dont on a entendu parler, que l’on connaît grâce aux films qu’ils ont faits, mais dont on n’a pas encore eu l’opportunité de les rencontrer en chair et en os. Ce genre de rencontres t’insuffle de l’énergie positive et te donne la force de poursuivre tes rêves. En même temps, il est très intéressant de suivre ce qui se mijote en Europe, de savoir quels thèmes sont à l’honneur ici et là. C’est la même chose pour nos projets – les présenter à nos collègues Producers On The Move est un premier test pour voir s’ils cette capacité à attirer leur attention. J’ai découvert des projets fantastiques, un tas de films que je meurs d’envie de voir sur grand écran.

Même s’ils sont souvent récompensés lors de festivals, les films roumains ne sont pas très populaires parmi la population locale. Quelle est la solution ?

Ce n’est pas une tâche facile, d’abord parce que les Roumains ne vont plus tellement au cinéma et aussi parce que nous avons très peu de salles de cinéma dans le pays, et encore moins de salles qui projettent des productions art-et-essai. Non seulement la population locale ne va pas voir les films roumains, mais elle ne se déplace pas non plus pour les autres films européens, peu importe leur qualité. Tant que nous ne développerons pas un système éducatif qui inclura le cinéma, tant que nos organismes publics n’investiront pas dans cet art, au moins autant que pour le théâtre par exemple, alors il n’est pas envisageable que les gens renouent avec le cinéma pour voir des films roumains ou européens.

Les grands distributeurs ne diffusent pas les films roumains dans des multiplexes, et même lorsque cela arrive, ils les diffusent seulement pour une très courte période. Donc lorsque les spectateurs entendent — parce que le bouche à oreille reste le meilleur outil de promotion — qu’il y a un film intéressant à voir au cinéma, le film en question aura déjà été retiré de la programmation. Le budget promotionnel de ces films est également très limité, donc il est difficile de créer un buzz en amont. Nous essayons d’avoir recours à des célébrités nationales dans nos films pour attirer l’attention du public. Nous faisons un effort pour créer un évènement à partir de chacun des films que nous sortons, mais le problème ne sera pas réglé tant que nous n’aurons pas de lieu pour projeter nos films à un public enthousiaste.

Un autre problème réside dans le fait qu’il n’existe pas de soutien pour la numérisation des cinémas. Il y a très peu d’écrans numériques et ils préfèrent projeter des copies numériques exclusivement. Nous autres, petits producteurs, n’avons pas accès à ces écrans. Cependant, il reste toujours pour nous les coûts élevés des copies 35mm – je n’envie pas les distributeurs indépendants non plus.

Actuellement, vous produisez le nouveau film de Radu Jude, Everybody in Our Family. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

C’est un projet formidable. Une histoire familiale dans laquelle se mêlent violence et comédie, un film d’action qui se déroule dans un appartement – dans un décor particulier constitué d’éléments divers et variés, un étrange bazar, à l’image des vies des personnages principaux. En fait, le film est une métaphore de la guerre, une histoire sur l’origine des conflits – sur la petite étincelle qui peut conduire à la destruction de toute une nation. Mais tout cela est vu à travers un petit évènement familial, à la manière dont Radu Jude évoque toujours de grandes choses du point de vue de la famille, un élément de base sur lequel se fonde toute société. Parfois, je me dis que Radu est comme un biologiste qui analyse le monde dans lequel nous vivons à l’aide d’un microscope – le film est une coopération réussie avec notre partenaire néerlandais, Circe Films.

Dans quelles mesures ce projet constitue-t-il un défi pour vous en tant que productrice ?

Du point de vue de la production, ce n’est pas un film très compliqué, mais il est beaucoup plus difficile du point de vue logistique. Le tournage a lieu dans un petit environnement, mais la tension dans le film est tellement intense qu’il est vraiment difficile de rester dans le cadre. C’est vraiment complexe pour le réalisateur et pour les acteurs d’un point de vue émotionnel - pour moi, c’est plus facile en ce moment, ce sont eux qui portent le poids sur leurs épaules.

Par exemple, nous avons notre actrice principale de six ans, Sofia Nicolaescu, qui est vraiment intelligente et très courageuse. Radu a beaucoup répété avec elle et lui a expliqué en détail l’intégralité du scénario. Tout s’est bien passé jusqu’au moment où l’enfant a dû faire face à une scène de violence conjugale. Elle en avait pris connaissance depuis le scénario, mais c’était quelque chose que cet adorable enfant n’avait jamais connu autour d’elle et, même si elle savait qu’il s’agissait de fiction, elle a éclaté en sanglot, effrayée. Nous ne nous attendions pas du tout à cela – un vrai défi, effectivement.

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