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Claude-Eric Poiroux • Festival Premiers Plans

"On oublie quelquefois un peu la dimension de renouvellement"

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- L'état de forme du jeune cinéma européen décrypté par Claude-Eric Poiroux, délégué général et artistique du Festival Premiers Plans d'Angers

Claude-Eric Poiroux • Festival Premiers Plans

Où en est le jeune cinéma européen ? Fondateur du Festival Premiers Plans d'Angers dont la 26èmeédition se déroule du 17 au 26 janvier 2014 et qu'il pilote aux postes de délégué général et artistique, Claude-Eric Poiroux (également directeur général du réseau de salles Europa Cinemas) est incontestablement l'un des professionnels les mieux placés pour répondre à cette question et parler du présent et de l'avenir des réalisateurs de premiers longs métrages sur le Vieux Continent.

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Cineuropa : Quelles sont les tendances du jeune cinéma européen du point de vue de la vigie qu'est le Festival Premiers Plans?
Claude-Eric Poiroux : Cette année, nous présentons 137 premières oeuvres, dont 22 longs métrages, 69 courts et 46 films d'école. Et 29 pays d'Europe sont représentés. Le numérique provoque probablement une petite prolifération des nouveautés, mais l'on se rend surtout compte que nous avons une sollicitation croissante chaque année : nous dépassons largement les 2200 films qui nous sont envoyés, sous tous formats, du court au long. Quand on regarde la créativité en Europe aujourd'hui, on constate qu'il y a une vraie diversité de propositions dans tous les pays, sous des formes qui sont souvent peut-être un peu "bricolées", dans une économie à part, mais dans une économie quand même. Car ces films ont toujours une vraie qualité avec des équipes, des recherches de décors et des formes assez travaillées. Le niveau général est à la hauteur de ce que peut produire un continent qui se préoccuperait un tout petit peu de son renouvellement. Et cette richesse se manifeste aussi à travers des coproductions de l'Europe de l'Ouest comme pour le film kazakh Harmony Lessons [+lire aussi :
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: on voit des choses se mettre en place alors que d'un point de vue économique et industriel, ce n'est pas une évidence à priori.

Ces premiers longs de qualité sont-ils assez mis en valeur en général ?
Il faut que l'Europe n'ignore pas et ne sous-estime pas la capacité qu'elle a à avoir des jeunes qui se lancent dans le cinéma de façon responsable. Ce n'est jamais facile de faire un film et on ne le fait pas tout seul, ni sans engagement. C'est une vraie force. On peut dire ce que l'on veut du cinéma européen, mais depuis 25 ans à Angers, j'ai vu passer des cinéastes que personne ne connaissait, entre autres Paolo Sorrentino avec L'uomo in piu [+lire aussi :
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, Matteo Garrone qui était quasiment inconnu dans son pays ou encore le Norvégien Joachim Trier. On voit surgir des jeunes, avec des propositions de films courts, moyens ou longs, dans des festivals qu'il faut d'ailleurs laisser proliférer car ce sont des lieux où ces films prennent une certaine dimension, une certaine réalité et se confrontent à l'épreuve du public.

On oublie quelquefois un peu la dimension de renouvellement, même si cette partie du cinéma n'est pas énorme économiquement en salles. Mais elle a sa place. Un art statique, qui ne ferait que se répéter et allonger la cinématographie des cinéastes, n'attirait personne de nouveau. Je vois bien à Angers qu'il y a une vraie curiosité des spectateurs entre 15 et 25 ans à l'égard des films réalisés par de jeunes cinéastes âgés de 20 à 35 ans. Le public angevin démontre qu'il n'y a aucun désintérêt, bien au contraire, puisque toutes les séances sont pleines. C'est une opportunité à saisir et il faut que les professionnels en soient bien conscients : si l'on veut que le public se renouvelle, il faut aussi renouveler les propositions avec des jeunes cinéastes. Il ne faut surtout pas dire que cela n'en vaut pas la peine.

Les pays européens, les professionnels de l'industrie cinématographique et parfois même les autorités administratives ne doivent pas surtout négliger cet aspect : il y a une créativité qui arrive et des jeunes qui n'ont pas encore de noms sur le marché en auront dans quelque temps. Et si certains ne réussissent pas car tous ne deviennent pas des Almodovar ou des Lars von Trier, ils continueront à travailler et s'investiront également par exemple dans la publicité ou dans la pédagogie. 

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