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Hugo Rosak • Directeur du Film Industry Office, Karlovy Vary IFF

“C’est un monde absolument nouveau”

par 

- Cineuropa s’est entretenu avec Hugo Rosak, le nouveau directeur du Film Industry Office au Festival international du film de Karlovy Vary

Hugo Rosak  • Directeur du Film Industry Office, Karlovy Vary IFF

En 2016, le Festival international du film de Karlovy Vary (KVIFF) lance un événement spécial durant lequel les acheteurs, distributeurs, producteurs et programmateur de festival pourront découvrir les nouveaux films remarquables en production. Parmi les professionnels accrédités, environ 120 acheteurs et 80 agents de vente seront présents. Hugo Rosak, directeur du Film Industry Office, nous a présenté les différentes initiatives prises par l’industrie.

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Cineuropa : Quelles mesures le Film Industry Office de Karlovy Vary a-t-il adoptées afin d’attirer l’attention des acheteurs sur des films principalement originaires d’Europe centrale et orientale, des Balkans, de Turquie et de l’ancienne Union soviétique ?
Hugo Rosak :
Au-delà de la section East of the West, dans laquelle 12 films de la région seront dévoilés (au mois les deux tiers d’entre eux n’ont toujours pas d’agent de vente internationale), nous aspirons à présenter des projets en cours de production. Notre présentation Works in Progress @KVIFF se dédie spécifiquement à cette région, et parmi les 56 projets soumis, nous en avons sélectionné 9 qui sont en postproduction et toujours en quête d’un agent pour les ventes internationales.

Quelles récompenses vont être remises ?
Nous encourageons les réalisateurs à venir produire et effectuer la postproduction de leurs films en République tchèque. Le grand prix, d’une valeur de 100 000 euros, comprend 60 000 euros dédiés à des services de postproduction visuelle, 30 000 euros pour l’audio et 10 000 euros de récompense (les services offerts seront effectués par des studios de renommée à Prague : UPPSoundsquare et Barrandov Studios). Nous lançons également le prix Eurimages Lab Project, qui présente des films réalisés en marge des règles habituelles de réalisation. Les candidatures sont ouvertes dans tous les pays partenaires d’Eurimages, mais trois quarts des films en sélection finale viennent en réalité de l’est de l’Europe occidentale. Le film vainqueur de cette section remportera la somme de 50 000 euros.

Comment les différents marchés de distribution se développent-ils en Europe orientale ?
Je pense que les marchés du film situés dans cette partie du monde sont toujours terriblement affectés par le piratage. Toutefois, les films indépendants bénéficient toujours d’un public fidèle. Depuis quelques années seulement, les plateformes de vidéo à la demande se développent et font de la concurrence au piratage puisqu’elles permettent de visionner des films d’une manière simple et peu chère sur des interfaces faciles d'utilisation. L’accessibilité des consommateurs au marché s’améliore également grâce au marché unique du numérique. Ces améliorations permettent de distribuer plus de films que dans le passé, quand la majorité des films indépendants ne pouvaient être vus que dans les festivals.

Quel rôle les festivals et les marchés jouent-ils dans l’évolution du domaine de la distribution ?
Tout s’est accéléré dernièrement et le temps pose problème pour les carrières cinématographiques, car énormément de films sont produits. Les festivals permettent de faire le tri. Les films les plus demandés, donc les films à succès, partagent presque tous un point commun : avoir été récompensé lors d’un festival. Toutefois, en raison de ce rythme si élevé, il est tout de même nécessaire de dévoiler quelque chose avant la première d’un film à un festival, afin d’établir une bonne stratégie de distribution. De ce fait, les programmes "Lab" et "Worsk in Progress" sont devenues incontournables pour le lancement d’un film. Elles permettent de signer des contrats avant que le film soit fini. Le marché du film s’inscrit seulement dans la continuité de ces plateformes. Les festivals jouent toujours un rôle déterminant, surtout pour les films d’art et d’essai.

Pour les réalisateurs, que représente l’augmentation de la demande sur les plateformes de distribution à la demande ?
Ils doivent se démarquer parce qu’il y a énormément d’offres, la qualité est très importante, surtout pour les films en langues étrangères. Mais ça ne s’arrête pas là. Le plus important, c’est d’avoir un accès à ces plateformes, d’être sélectionné pour y figurer et de savoir ensuite comment faire sa propre publicité dans le peu de temps imparti. En outre, il faut savoir comment protéger ses droits. C’est un monde absolument nouveau, très complexe et difficile à comprendre parce qu’à l’heure où je vous parle, ces plateformes changent la donne. De nos jours, il est très important d’adopter une bonne stratégie et d’accepter les évolutions plutôt que de s’y opposer. La compréhension est la clé de la réussite.

À quelles initiatives et à quels programmes les réalisateurs vont-ils avoir accès ?
Nous travaillons en étroite collaboration avec Europa Distribution. Cette année, nous allons nous intéresser au rôle de l’initiation au cinéma et de l’éducation cinématographique dans la distribution. Éduquer le public permet d’élargir l’audience puisque les consommateurs décident eux-mêmes de la meilleure façon de passer leur temps. Ils ne le feront pas pour quelque chose qu’ils ne comprennent pas. Si on les éduque avant, la distribution est ensuite plus facile, même s’il s’agit d’un investissement sur du long terme. Avec le TorinoFilmLab, qui organise sa rencontre des anciens au KVIFF, nous allons également nous pencher sur l’enjeu posé par la comédie et les possibilités de faire voyager ce genre alors que chaque culture a un sens de l’humour différent.

Quels sont les points forts du programme ?
Je me réjouis notamment d’aborder les problèmes rencontrés par les distributeurs européens face à l’évolution rapide de leur domaine. Ted Hope d’Amazon Studios va partager sa vision de ce système complexe au sein duquel la distribution d’œuvre et les plateformes de vidéo à la demande peuvent coexister et où le contenu des films d’art et d’essai est produit et diffusé d’une manière encore appréciée par les festivals, le tout, en se concentrant sur la qualité. Cette conférence va être passionnante, et je suis ravi qu’elle ait lieu dans cette période si cruciale.

(Traduit de l'anglais)

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