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Daniel Sandu • Réalisateur de One Step Behind the Seraphim

"On marche aux fumées toxiques : on inspire des vapeurs d’aérosol et on recrache des films"

par 

- Le réalisateur roumain Daniel Sandu explique pour Cineuropa les singularités de son premier long-métrage, One Step Behind the Seraphim

Daniel Sandu  • Réalisateur de One Step Behind the Seraphim
(© Cornel Lazia)

Daniel Sandu, un des jeunes réalisateurs les plus prometteurs de Roumanie, nous invite à travers son premier film, One Step Behind the Seraphim [+lire aussi :
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, à pénétrer un univers peu familier, presque mystérieux : celui d’un séminaire de théologie orthodoxe où des garçons adolescents étudient pour devenir prêtres. Le réalisateur évoque pour nous les nombreux obstacles auxquels il a fait face pour filmer ce récit d’apprentissage.

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LIM Internal

Cineuropa : Quelle est la part de fiction dans ce film ?
Daniel Sandu :
Le film est ancré à plus de 80% dans le réel. Les moins de 20% qui restent sont de la fiction : pour synthétiser cinq ans de ma vie dans un scénario de 2h30, j’ai dû légèrement altérer l’ordre chronologique de certains événements ; certains personnages ont été construits en fusionnant deux personnes réelles ; j’ai changé les noms, y compris celui du héros Gabriel (c’est en fait mon deuxième prénom).

A-t-il été difficile de choisir les moments les plus pertinents ?
L’univers qui est dépeint dans mon film est plus que riche. La grande difficulté, c’était d’ignorer ma perception subjective des événements et de les aborder objectivement – car des choses importantes pour moi pourraient s’avérer inintéressantes pour le spectateur. Ensuite j’ai commencé à sélectionner les thèmes qu’il était important d’aborder, et ceux que je pouvais laisser de côté. Le scénario était ce que j’appelle un "scénario vivant”, car chaque fois que je renonçais à une direction à faire prendre au récit, une autre voie possible se présentait sur le champ, s’arrogeant la place que venait de lui laisser l’autre. J’ai même continué de travailler sur le scénario quand le film était déjà en montage, bien après la fin du tournage.

Pensez-vous que votre film va donner lieu à un débat sur la corruption au sein de l’Église orthodoxe roumaine ?
Je ne crois pas vraiment dans le débat. Pour moi, certains discutent, et d'autres agissent. Tant que la plupart des Roumains attendent de l'Église leur soulagement spirituel, tant que celle-ci continue d'être l'institution à laquelle les gens font le plus confiance dans notre pays, tant que les propriétés foncières qu’elle contrôle continuent de s’étendre, rien ne va changer, et l’Église va continuer de lancer des initiatives comme l’amendement de la Constitution de Roumanie, un État pourtant séculier. L’Église orthodoxe a une stratégie de long terme ; elle voit bien au-delà du temps d’une vie humaine, et s’intéresse très peu à la situation des mortels qui sont là maintenant. Malgré tout cela, le but de mon film n’est pas de montrer l’Église du doigt : c’est de proposer un "parcours" le long de la ligne d’assemblage qui aboutit à la fabrication de ses futurs serviteurs.

En tant que réalisateur débutant, qu’est-ce qui est pour vous le plus difficile dans l’industrie du film roumaine ?
Je trouve honteux que Bucarest n’ait pas un seul cinéma d’art et d’essai où les films peuvent être projetés dans de bonnes conditions techniques. Aucun. Point barre. Quant aux soutiens financiers dont on dispose, que puis-je dire de plus après tout ce qu’ont dit toutes les figures les plus importantes du cinéma roumain ? On marche aux fumées toxiques : on inspire des vapeurs d’aérosol et on recrache des films.

Vous travaillez déjà sur votre prochain film, The Father Who Moved Mountains. Quelles difficultés présente ce projet-là ?
Nous en sommes à la phase du casting. Le film sera plus dur à tourner que One Step, d’abord parce qu’il se passe dans les montagnes pendant des tempêtes de neige, ensuite parce que je vais m’appuyer sur un scénario de tournage complètement différent de tout ce que j’ai fait jusqu’ici. En gros, l’idée est de relever encore la barre du cinéma roumain en matière de visuels spectaculaires

(Traduit de l'anglais)

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