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Damien Ounouri • Réalisateur

"Je prendrai son palais, monterai son cheval, et sa femme"

par 

- Rencontre avec Damien Ounouri qui parle son projet La Dernière reine, à l'occasion des Cinemed Meetings

Damien Ounouri • Réalisateur
(© Karim Moussaoui)

Remarqué avec des documentaires comme Xiao Jia rentre à la maison (sur Jia Zhangke) ou encore Fidaï [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
(projeté à Toronto en 2012), le cinéaste franco-algérien Damien Ounouri est ensuite passé à la fiction avec Kindil el Bahr (voir la bande annonce), un film de 40 mn présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2016. Nous l’avons rencontré au 39e Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier où il a pitché à la Bourse d’aide au développement le projet La Dernière reine qui a suscité un grand intérêt.

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Cineuropa : Alger en 1516, le corsaire Barberousse, un roi et sa femme ? Qu’est-ce qui vous a attiré vers le sujet de La Dernière reine ?
Damien Ounouri : C’est ma scénariste Adila Bendimerad qui m’a raconté cette histoire qu’elle voulait adapter au théâtre. La Dernière reine est à l’origine une légende. En 1515, Alger qui était une république arabo-berbère occupée par les Espagnols a fait appel aux frères Barberousse pour se libérer. Les Barberousse, qui ont existé et qui étaient des corsaires albano-grecs, avaient pour habitude de libérer les peuples musulmans occupés et de restituer le pouvoir à leurs rois légitimes. Ils avaient déjà fait cela en Tunisie et dans certaines villes algériennes. Pour Alger, en parlant du roi, Aroudj Barberousse aurait dit : "je prendrai son palais, monterai son cheval, et sa femme". Et très vite après la libération de la ville, le roi est retrouvé mort et Barberousse demande sa veuve en mariage. Cette dernière se serait suicidée pendant la nuit de noces, redonnant ainsi son honneur au peuple d’Alger. L’axe du film est le parcours du féminin. Qu’est-ce qu’être une femme au XVIe siècle à Alger ? Quelle marge d’action peut avoir une femme alors qu’elle vit surtout dans les intérieurs parce qu’elle ne peut pas sortir comme un homme ? Il y a quelque chose d’assez universel sur la condition des femmes car si en Europe, cela a changé, ces questions du corps féminin dans l’espace public existent encore au Maghreb. Et au-delà des aspects d’aventure liés aux pirates, ce qui m’intéresse aussi, c’est la transition de régime politique car on va passer d’une république arabo-berbère tournée sur les terres avec Alger comme petite bourgade à une grande capitale ouverte sur la Méditerranée, carrefour des peuples, avec les Anglais, les Hollandais, tous les pays européens qui vont venir à Alger et être l’origine de ce qu’est Alger aujourd’hui : les corsaires sont arrivés de toute la Méditerranée, se sont installés, se sont mariés, ont eu une descendance, ce qui a crée un peuple très métissé. Pour les Algériens, l’Algérie commence en 1962, pour les Français plus tôt, mais peu de gens savent ce qui s’est passé auparavant et, à travers cette histoire, c’est intéressant de se réapproprier cet imaginaire, en respectant des données historiques tout en laissant libre cours à l’imagination, au fantastique et à la magie. Ce sera un film d’époque très intimiste, avec des costumes méconnus et un univers très lumineux, donc une esthétique assez affranchie de ce qu’on a pu voir, tout en gardant en tête que ce sera un film à 1,5 M€.  On ne part pas un film d’épopée avec de grandes reconstitutions.

Vous envisagez de tourner les extérieurs nautiques à Malte ?
On étudie cette possibilité car à Malte, il y a beaucoup de facilités pour accueillir les tournages : des studios, une fabrication de bateaux ou la possibilité de récupérer des bateaux de tournages précédents, un professionnalisme des figurants avec une langue et des physiques assez proches de ceux des Algériens. Et certaines scènes très courtes du scénario comme le la libération d’Alger, qui se passe juste en dehors des remparts de la ville, sur le front de mer, sont possibles à Malte qui est une ville fortifiée alors qu’Alger ne l’est plus.

Quelle est votre stratégie de financement ?
Pour le moment, c’est une production algérienne. Nous sommes en pourparlers avec des producteurs français pour conclure d’ici la fin de l’année et nous engager dans les premières demandes de financement et la recherche d’un distributeur. Nous avons une costumière spécialiste des costumes d’Alger de cette époque, qui a travaillé pendant dix ans à la Scala de Milan et qui a ses ateliers en Italie, donc une coproduction avec l’Italie serait la bienvenue, tout comme avec la Norvège pour postuler au Sørfond. Mais cela peut être également l’Allemagne avec des techniciens de contribution artistique. Nous avons donc une stratégie élargie de production même si l’Algérie et la France seront les pivots majoritaires. Dans l’idéal, nous espérons tourner fin 2018, début 2019.

Avec Adila Bendimerad, vous êtes également vos propres producteurs.
Cela nous permet de contrôler et de maintenir notre indépendance. C’est du temps qu’on ne peut pas consacrer à autre chose, mais nous pouvons ainsi faire des films pour lesquels nous n’avons ensuite aucun regret. Nous en sommes maintenant à ce stade du projet où l’on va déléguer à d’autres producteurs qui seront bien meilleurs que nous, mais que nous aurons bien choisis, qui seront dans le bon état d’esprit et qui aimeront vraiment le projet.

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