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SARAJEVO 2018 Compétition

Bobo Jelčić • Réalisateur

"Une histoire doit être localisée pour donner l'impression d'être authentique"

par 

- Nous avons rencontré le metteur en scène de théâtre aguerri Bobo Jelčić, dont le nouveau film, All Alone, a fait son avant-première en compétition à Sarajevo

Bobo Jelčić  • Réalisateur

Bobo Jelčić est un metteur en scène de théâtre vétéran dont le premier long-métrage, A Stranger [+lire aussi :
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(2013), a gagné sept Arènes d'or au Festival du film croate de Pula, ainsi qu'un prix spécial du jury à Sarajevo, après avoir fait son avant-première mondiale au Forum de Berlin. Son nouveau film, All Alone [+lire aussi :
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, vient d'être dévoilé en compétition au Festival de Sarajevo. Cineuropa a pu s'entretenir avec lui.

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Cineuropa : Votre nouveau film pourrait être vu comme une sorte de suite au film précédent : A Stranger se terminait sur une scène d'absurdité bureaucratique, et All Alone s'ouvre sur une scène similaire. On retrouve dans ce film votre style distinctif, quoiqu'il ait été ajusté à la nouvelle intrigue. Comment décririez-vous le lien entre vos deux films ?
Bobo Jelčić : Il faudrait poser la question à quelqu'un de plus objectif, quelqu'un comme vous, qui sait identifier ce genre de choses. Je ne pense pas de cette manière-là. Tout ce que je fais est connecté : les sujets et la manière dont je les traite se suivent logiquement, car ils viennent du même cœur et du même esprit. Ma méthode de travail, au cinéma et sur scène, est continue : c'est une succession d'explorations constantes de sujets interconnectés. Ce n'est pas aussi rationnel que le suppose votre question.

Les sujets que vous traitez sont : le fait d'être parent et le pouvoir qu'a le système pour restreindre cela, la relation de l'individu et son environnement alors que le conflit entre eux est sur le point d'éclater. Votre héros, Marko, peut-il survivre tout seul sans l'aide de personne ?
Mais les autres l'aident, et c'est là que tout se joue : plus on l'aide, plus il se sent seul. Vous avez peut-être remarqué qu'il n'y a presque aucune dispute dans le film, aucun paroxysme dramatique, parce que personne ne s'oppose à lui, et son isolement génère de l'irritation. La solitude en elle-même n'est pas alarmante, on peut même l'accueillir avec bonheur. C'est le sentiment d'impuissance et le manque de compréhension auxquels Marko est confronté qui sont tout simplement déprimants et impossible à vaincre. Et malgré tout, il doit survivre : c'est un battant, et tel est son devoir.

Comment s'est passé le travail avec vos acteurs : le très polyvalent Rakan Rushaidat et la star internationale Miki Manojlović ?
Je ne les connaissais pas beaucoup avant (j'ai collaboré brièvement avec Rakan sur mon film précédent, et je ne connaissais Miki que pour l'avoir vu dans des films), de sorte que je ne savais pas comment ils allaient réagir à mes méthodes, mais tous les deux, ainsi que le reste de la troupe, ont été tout à fait ouverts aux expériences que je leur ai proposées, aux tests, aux répétitions longues et intenses. Ils m'ont même surpris par leur enthousiasme, donc ça a été un vrai plaisir. Ce sont des comédiens formidables, et mes méthodes ne leur ont pas posé problème. Parfois, c'était harassant : nous avons beaucoup travaillé à l'extérieur du contenu du film, en prolongeant les scènes au-delà de la durée prévue, pour bien positionner les personnages à l'intérieur...

Le design sonore joue un rôle important dans votre film. On entend constamment des dialogues qui se chevauchent, pour finalement se  fondre en un même murmure…
Le cacophonie amplifie le manque de concentration et le côté lâche de la structure. Tout le monde parle beaucoup, en même temps, sans pause, de sorte que quand arrive un moment de silence, il en dit très long. Le discours lui-même ne remplit plus sa fonction et de fait il perd son sens. Ce n'est pas nouveau, c'est juste une chose que j'ai conclue : que la cacophonie peut vous pousser de l'autre côté. C'est comme une alerte, un cri à l'aide qui dirait quelque chose comme : "Arrêtons juste de parler un instant". 

Voyez-vous votre film comme universel, ou situé dans un contexte précis ?
Il n'y a pas d'universel sans local. Une histoire doit être localisée pour donner l'impression d'être authentique. C'est une condition première importante pour que les gens puissent se rapporter à l'histoire partout dans le monde – parce que toute autre manière semblerait superficielle et manquerait de motivations profondes. L'art doit être aussi spécifique que possible pour avoir une raison d'exister, de tenir un propos. Tout le reste (et ce n'est pas rare au cinéma) est vide, creux, balivernes sans appel.

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(Traduit de l'anglais)

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