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VENISE 2018 Semaine internationale de la critique

Maxime Matray et Alexia Walther • Réalisateurs

“Ça devient un peu grotesque”

par 

- VENISE 2018 : Bêtes blondes, un premier long-métrage par Maxime Matray et Alexia Walther, présenté à la Semaine internationale de la critique de Venise, secoue le public et Claude Debussy

Maxime Matray et Alexia Walther  • Réalisateurs
(© Settimana Internazionale della Critica di Venezia)

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fiche film
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, de Maxime Matray et Alexia Walther, embarque le spectateur d'emblée. Une interprétation discordante du Prélude à l'après-midi d'un faune de Claude Debussy joue tandis qu'on fait la connaissance de Fabien, un homme apparemment perdu qui grignote du saumon et fait route en direction de Paris. Un autre homme apparaît, tout aussi égaré, avec un sac étrange. Tandis que le scénario devient de plus en plus bizarre (à grands coups de têtes décapitées, de saumon en quantité, d'extraits de sitcom débile des années 1990, de flashes porno très sales, de corbeaux noirs et de personnages excentriques), on craint de se perdre aussi, et puis on accepte de jouer le jeu et on se laisse porter.

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Après le projection du film à la Semaine internationale de la critique de Venise, Cineuropa a rencontré le duo des réalisateurs, très bavard quoique Matray ait toujours le mot de la fin : "C'est moi qui parle anglais ; Alexia parle toutes les autres langues".

Cineuropa : Comment décririez-vous le film à ceux qui vont le voir ? Comment l'avez-vous pitché aux producteurs ?
Maxime Matray :
 C'est notre grand problème depuis le départ. Nous ne pouvons pas vraiment parler d'histoire ou de personnages, ou de quoi que ce soit de concret. Il y a dans le film une ancienne star de télévision alcoolique qui redécouvre son propre passé à travers quelqu'un d'autre et qui, comme un saumon, remonte vers la mer en nageant contre le courant... Heureusement, notre producteur Emmanuel Chaumet, qui a fait un court-métrage avec nous il y a environ cinq ans, voulait vraiment retravailler avec nous. Je ne sais pas si ce film aurait pu se faire si nous avions dû le pitcher. 

On peut peut-être dire que c'est un conte façon Alice au pays des merveilles ?
C'est comme un rêve, je dirais, un peu comme chez Buñuel, Henri Michaux ou Georges Bataille, qui n'étaient pas vraiment des surréalistes mais s'intéressaient à la manière de construire des histoires avec une logique de rêve. Une des idées principales vient d'une citation de Michaux, sur quelqu'un qui part chercher un baiser et revient avec une tête. Cette idée a été le point de départ de tout le film. Nous l'avons trouvée très cinématographique.

Avez-vous repris vos propres rêves dans le film ?
Pendant dix ou quinze ans, nous avons couché certains rêves sur papier. Nous en avons repris quelques uns, oui. 

Dans Le Fantôme de la liberté de Buñuel, ou même Monty Python, pourquoi pas, les histoires se fondent les unes dans les autres, sans logique apparente. Bêtes blondes a une structure similaire.
Comme un programme de montage pour les rêves ! C'est un peu comme ça que nous avons essayé de construire l'ensemble. Les pièces semblent se fondre les unes dans les autres. Ça devient un peu grotesque. 

Comment les acteurs ont-ils réagi quand ils ont lu le scénario ?
Ça va. Au début, ils ont eu peur d'être dégoûtés par des trucs bizarres comme du caca et du vomi, mais personne ne s'est plaint.

En tant que duo, qui fait quoi ? Pourquoi deux capitaines sur ce bateau ?
On parle beaucoup entre nous. L'un de nous s'occupe de l'image, l'autre des acteurs. J'ai plus le souci du détail. Alexia voit plus les choses dans leur ensemble. Elle a un sens du rythme et de l'impression que va produire le film. Et ensuite, on inverse, et on se surprend l'un l'autre. C'est agréable d'être deux pendant le processus d'écriture, on discute beaucoup aussi quand on écrit. C'est une manière de faire qu'on développe ensemble depuis plus de dix ans.

La bande sonore comprend beaucoup de Debussy, en particulier Prélude à l'après-midi d'un faune, dans une version électronique surprenante, voire discutable...
J'espère que les fans de Debussy ne vont pas s'offenser en entendant ce que j'ai fait. Je suis un très mauvais musicien, et pourtant c'est moi qui m'occupe de la plupart des musiques de nos films. Cela dit, je pense que Debussy lui-même attendait que ceci arrive à sa musique, qu'on la secoue un peu. Je pense même qu'il aurait peut-être adoré ça. L'idée derrière le choix du Prélude à l'après-midi d'un faune, c'est que Fabien est comme un faune. Les faunes, dans la mythologie, sont entre animal, homme et dieu. Un de leurs traits est qu'ils oublient très vite, ce qui leur permet d'être toujours heureux.

Car le coeur de l'histoire, c'est affronter la douleur, n'est-ce pas ?
C'est le propos principal : que faire pour vivre avec le souvenir de la mort d'un proche. Je pense que la réponse donnée dans le film n'est pas conventionnelle, qui est qu'on peut se faire à soi-même tout ce qu'on veut, y compris quelque chose d'horrible ou de mal, tant que ça conduit à quelque chose de bien.

(Traduit de l'anglais)

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