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SAN SEBASTIAN 2018 Compétition

Peter Strickland • Réalisateur de In Fabric

"Ce que je voulais, c'était le côté hasardeux de la mort"

par 

- SAN SEBASTIAN 2018 : Nous avons rencontré le réalisateur britannique Peter Strickland pour parler des robes, du giallo et du désir sexuel dans son nouveau film, In Fabric

Peter Strickland  • Réalisateur de In Fabric
(© Lorenzo Pascasio)

Peter Strickland est un réalisateur britannique installé en Hongrie dont les films attirent l'œil par leur exécution élégante, leurs personnages hors-normes et leur esthétique, qui reste imprimée dans votre esprit. Son quatrième long-métrage, In Fabric [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Peter Strickland
fiche film
]
, est en compétition au Festival de San Sebastian, où nous avons rencontré le réalisateur pour parler de robes, de giallo et de désir sexuel.

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Cineuropa : Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de faire un film sur une robe rouge ?
Peter Strickland :
Je trouve tout simplement que c'est un sujet très intéressant. Ce n'est pas tellement la robe en elle-même que je trouve intéressante, mais la présence humaine qu'elle représente. Les vêtements laissent rêveurs en ce sens : même si personne n'a jamais porté un habit avant vous, quelqu'un l'a fait pour vous, probablement dans de très mauvaises conditions. Ce que je porte vient d'un magasin de vêtements d'occasion, or quand on porte de l'occasion, c'est sans doute que la personne qui a porté ces vêtements avant vous est morte. Il y a vraiment une tristesse là-dedans.

In Fabric montre combien les vêtements peuvent affecter notre humeur.
Oui. Par exemple, on peut se sentir dégoûté de devoir ramasser les sous-vêtements de quelqu'un d'autre, ou tout le contraire – Sheila est dégoûtée par les sous-vêtements de Gwen, mais Vince les trouve excitants. Le même vêtement peut appeler des réactions radicalement différentes. In Fabric place cette idée dans le contexte d'un film de genre pour voir ce qu'il en advient.

Fallait-il absolument que la robe soit rouge ?
Il fallait qu'elle soit rouge parce qu'elle évoque ainsi le sang, normal et menstruel, et c'est la couleur de la mort. C'est aussi une couleur très vive, incroyablement puissante.

Un grand propos du film est que les vêtements vendent du sexe. Pourquoi cet aspect était-il important ?
Parce que c'est un aspect important du sujet, même pour le personnage de Sheila, quand elle essaie de se rendre désirable. La marchandisation des désirs humains nous amène dans une foule de directions, y compris dans les zones obscures, comme la dysmorphie de Babs, qui fait qu'elle n'arrive pas à accepter son propre corps, ou le fétichisme de Reg avec les collants. Il y a toutes sortes de scénarios qui sont du registre de l'humour, mais on peut voir aussi combien ces personnages sont obsédés par les vêtements, dont ils jouent tous les jours. Et tout cela renvoie au désir sexuel, dans un sens.

Il y a un effet de miroir intéressant dans le film, quand le personnage central change et qu'on assiste de nouveau aux mêmes événements.
Il y a un lien entre les deux. Quand j'ai écrit la première version du scénario, les personnages étaient reliés de beaucoup plus près. Reg réparait la machine à laver de Sheila. Le problème est que cela rendait l'ensemble fataliste : le destin intervenait trop, tout était trop connecté. Ce que je voulais, c'était le côté hasardeux de la mort, ne pas passer de jugement sur les personnages. Mais les deux parties du film se passent dans la même ville, donc les gens vont dans les mêmes boites de nuit, et au niveau de la robe, bien sûr qu'il y a des répétitions, et bien sûr, les motifs musicaux aussi reviennent.

Dans quelle mesure avez-vous puisé pour faire ce film dans votre fascination pour le giallo ?
Quand on entreprend quelque chose, honnêtement, on ne sait pas où cela va vous mener. Je suis influencé par des choses qui viennent, en quelque sorte, de mon subconscient. Dans mes deux derniers films, mes influences étaient beaucoup plus nettes que dans celui-là et pour être sincère, j'ai moins été influencé par le giallo que par The Office et Ricky Gervais. Il propose une démarche très cathartique : rire de ce qu'on voit comme du temps mort. Un très grand nombre de mes amis d'université ont eu des emplois de bureau comme moi, et nous les voyions tous comme du temps mort, alors qu'en fait, il y a des histoires à tirer de ces métiers, il y a de la matière. Cela m'a vraiment ouvert les yeux.

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(Traduit de l'anglais)

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