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LES ARCS 2018

Frédéric Boyer • Directeur artistique, Les Arcs Film Festival

"Les choses changent, la distribution aussi et il faut savoir évoluer"

par 

- Frédéric Boyer, le sélectionneur des Arcs Film Festival (10e édition du 15 au 22 décembre) décrypte le Work in Progress

Frédéric Boyer • Directeur artistique, Les Arcs Film Festival

À la veille de l'ouverture du 10e Les Arcs Film Festival (du 15 au 22 décembre), rencontre avec son directeur artistique Frédéric Boyer (également en poste à Tribeca) pour évoquer, au-delà de sa programmation (news), le Work in Progress (article) et sa vision des tendances de la distribution du cinéma d’auteur européen.

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Cineuropa : Le Work in Progress des Arcs voit régulièrement ses sélectionnés passer ensuite par les plus grands festivals, comme l’an dernier la Caméra d’Or cannoise Girl [+lire aussi :
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, etc. Est-ce un objectif majeur quand vous composez votre sélection ?
C’est très important que nos films soient présentés dans les grands festivals et c’est pour cette raison que je tiens à ce qu’ils soient vraiment en Work in Progress, à tel point que plusieurs titres de la sélection 2018 sont encore en tournage comme And Then We Danced du Suédois Levan Akin. Au-delà de la qualité, je ne veux pas montrer de films finis. Nous demandons des premières mondiales et nous avons aussi la chance d’être bien placés dans le calendrier, au moment où les grands festivals commencent à se décider par rapport à leurs sélections à venir. Mais les vendeurs internationaux sont souvent déjà aux aguets par rapport aux titres que nous sélectionnons : beaucoup sont passés par des marchés de coproduction, ont gagné des bourses, etc. Si deux ou trois films sortent des Arcs, comme Girl l’année dernière, avec un bon buzz et une bonne presse, c’est évidemment positif pour les vendeurs de se positionner. Cela leur donne des cartes possibles pour Cannes, Locarno, etc., sur des films qui ne sont à priori pas très chers (ce qui n’est pas le cas néanmoins de tous les films). Donc nous sommes très fermes car c’est cela qui a de la valeur : ce qui est montré aux Arcs doit avoir la fraicheur maximale et les deals, c’est à partir des Arcs et pas avant.

Parmi les titres en Work in Progress que vous allez présenter cette année figurent beaucoup de seconds et troisièmes longs.
C’est vrai que c’est assez étonnant car d’habitude nous trouvons davantage de premiers films. Je ne sais pas si c’est un signe... Mais plus généralement, si nous avons choisi 15 films cette année, nous aurions pu en prendre 20-22 en termes de qualité. Il est également indispensable de présenter une diversité géographique de la qualité du cinéma européen. Depuis quelques années, nous recevons davantage de candidatures d’Europe du Nord que d’Europe du Sud, mais la sélection 2018 inclut quand même un film grec, un italien et un portugais. Il faut aussi essayer dans la mesure du possible de donner des tonalités différentes, et surtout dialoguer avec les sélectionnés pour choisir au mieux les séquences qu’ils vont montrer. Une, deux ou trois scènes pour huit minutes au total, ils sont libres de faire ce qu’ils veulent, mais ce qui est important dans un Work In Progress, c’est de mettre une lumière sur le film, de montrer la qualité du cinéma du metteur en scène, de susciter de l’intérêt et des questions, pas de raconter tout le film.

Quid de la nouveauté d’ajouter trois titres hors compétition car déjà attachés à des vendeurs?
C’est peut-être une piste de ce que nous pourrions développer : montrer des œuvres de cinéastes qu’on aime et mettre les vendeurs en avant afin de souligner l’importance de leurs relations avec les films et les metteurs en scène. Grímur Hákonarson qui va dévoiler des images deThe County, était passé aux Arcs par le Village des Coproductions et ensuite par le Work In Progress avec son premier long, Béliers [+lire aussi :
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. Quant à Flanders Image, ils vont nous montrer Patrick de Tom Mielants et Rain Anyway de Gust Van den Berghe avec des images totalement différentes qu’à Gand où j’ai découvert et apprécié ces deux films.

Quelle est votre analyse des tendances de la distribution des films d’auteur européens avec la montée en puissance des plateformes ?
Évidemment, on se bat toujours pour la salle, on rêve de la salle et c’est le rêve aussi de tout metteur en scène. Mais la réalité est ce qu’elle est… D’ailleurs, cette année, du côté de la compétition du festival, deux films, Mug [+lire aussi :
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arrivent sous la bannière E-cinema et ArteKino Festival remettra un prix au Village des Coproductions. Les choses changent, la distribution aussi et il faut savoir évoluer. Mais c’est aussi pour cela que les Work In Progress comme le nôtre peuvent encore apporter du positif. Car si beaucoup de films d’auteur européens ont des difficultés à trouver des distributeurs salles à cause de la prudence par rapport aux frais des sorties, être sélectionné au Work In Progress leur donne une vraie chance supplémentaire de susciter l’intérêt. Enfin, plus globalement, il y a un mouvement du cinéma qui s’est opéré sur un siècle et on arrive à un changement qui n’est pas une fin car il y a toujours une énergie folle, des centres nationaux du cinéma très actifs, et de nouvelles sources de financement comme la Fondation Onassis qui produit Birds de Babis Makridis que nous présentons au Work In Progress. Il y aura peut-être plus de mécénat à l’avenir, mais cela ne change pas l’énergie de base des gens qui veulent faire du cinéma. Rêver d’être dans une salle, c’est génial et ensuite, on voit ce qui se passe... Les vendeurs aussi sont précautionneux, jugeant rapidement que certains films sont trop sombres ou trop petits, car ils cherchent souvent des titres un peu plus faciles, un peu plus consensuels. Mais l’exemple récent de Woman at War [+lire aussi :
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qui a été vendu dans le monde entier et qui trouve son public partout où il est distribué, montre bien qu’il est encore possible de distribuer les films de façon classique et pas forcément sur une plateforme.

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