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Bastian Günther • Réalisateur de Once Again

"Le cinéma ne s'arrête pas aux frontières nationales"

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- German Films a rencontré le réalisateur allemand Bastian Günther, qui travaille sur la post-production de son quatrième long-métrage, Once Again

Bastian Günther • Réalisateur de Once Again

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, qui était le deuxième long-métrage du réalisateur de 44 ans Bastian Günther, originaire du Westerwald, suit un homme solitaire au sommet de sa carrière qui se retrouve pris dans une dangereuse spirale descendante. À côté de cette étude de caractère, le décor choisi pour l'histoire et l'approche visuelle du film fournissaient une analyse critique de notre monde, celui des affaires internationales, qui se sert de l'anglais comme langage fonctionnel, avec ses astuces et pièges de chasseur de têtes et la pression d'enjeux considérables ressentie par tous ceux qui font partie de ce monde. Günther a étudié la mise en scène à l'Académie allemande du cinéma et de la télévision de Berlin. Son court-métrage de fin d'études, End of a Trip (2005) a été primé. Cependant, il a puisé les idées à l'origine de Houston dans son deuxième foyer, car ce réalisateur réservé vit depuis plusieurs années, avec sa femme américaine et leur fils, entre le Texas et Berlin.

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Günther travaille à présent sur la post-production de ce qui va être son quatrième long-métrage : Once Again. Le film se passe au Texas et cette fois, la troupe est exclusivement américaine. "C'est vrai qu'il y a un écart très grand entre les riches et les pauvres partout dans le monde", reconnaît Günther. L'histoire du film s'inspire d'un concours "touch the car" qui a eu lieu à l'est du Texas. L'idée du concours, organisé pour promouvoir un concessionnaire de voitures, est que les participants s'amassent autour d'une auto et la touchent d'une main pendant des jours entiers jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une personne, qui gagne alors la voiture. "La pauvreté extrême, dans le grand sud américain, prédestine la région pour ce genre d'histoires. Avoir aussi peu d'options peut mener au désespoir, alors les gens s'accrochent à ce genre d'opportunité", explique le réalisateur.

Encore une fois, l'histoire de ces personnages ne suit pas une structure narrative courante. Günther a divisé l'histoire en trois parties. Chacune se situe dans un temps différent et adopte une perspective ainsi qu'une approche visuelle différente. "Les structures nouvelles ou peu communes m'intéressent, dit Günther. Bien sûr, il y a de la curiosité là-dedans, et l'envie de mettre le spectateur au défi, mais même si cela signifie qu'il va falloir me détacher du confort d'un arc narratif classique, c'est l'histoire qui détermine la structure, toujours".

Les films de Günther (Houston et End of a Trip, mais aussi le road movie Autopilots et le docufiction hybride California City [+lire aussi :
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), esthétiquement saisissants, se caractérisent par des plans longs, poétiques. Aucun ne suit les conventions narratives classiques. "Peut-être que l'approche narrative adoptée est plus européenne", dit Günther, même si Houston et California City se passent aux États-Unis. Quoi qu'il en soit, "le cinéma ne s'arrête pas aux frontières nationales, et ce serait chouette, si on pouvait jeter ces étiquettes (film allemand ou américain, le concept de genre...) par la fenêtre".

Günther comprend bien que la prédominance des blockbusters, aux États-Unis comme en Europe, signifie que ses films à lui, comme tous les films indépendants, devront prendre des chemins de traverse pour trouver leur public. Des films comme ceux de Günther, où la manière de traiter les personnages et le rythme diffèrent de ce qu'on trouve dans le cinéma grand public, où le décor est incorporé de manière symbiotique dans le développement intérieur du héros, sont rares parmi des productions basées sur la convention du héros qui fait un parcours héroïque. En 2015, pour la série criminelle allemande Tatort, il a été suffisamment téméraire pour imaginer une structure ingénieuse et circulaire avec mise en abîme autour du "vrai" inspecteur de police et du "vrai" acteur, structure par laquelle les personnages étaient toujours dénoncés comme des personnages de film. Ce travail ludique a fait sensation dans les médias, et suscité une controverse autour des "règles" de cette émission allemande traditionnelle, à l'antenne depuis près de cinquante ans.

Le film de Günther tourne autour de personnages dont les choix reflètent des conflits et systèmes sociaux plus vastes, des mondes à la fois sous notre contrôle et en dehors. Son drame sur le concours "touch the car" dessine un tableau ambivalent du succès américain. Dans ce film, les pauvres sont clairement exploités à des fins de divertissement. Le réalisateur présuppose que certains spectateurs américains ne vont pas apprécier qu'un Allemand fasse un film critique de leur pays. Cependant, la plupart des acteurs ont trouvé que ce concours reflétait bien la situation du pays. "Aux États-Unis, comme partout, les artistes sont sensibles et souvent progressistes politiquement, dit Günther. Ils sont ouverts à ce genre d'histoires".

Au niveau de la langue, travailler avec des anglophones n'a pas été un problème pour le réalisateur allemand. Même l'actrice principale, Carrie Preston, qui jouait la fille riche du sud qui n'a pas sa langue dans sa poche dans True Blood, et qui a reçu un Emmy pour son rôle dans The Good Wife, a été impressionnée par les dialogues tels qu'elle les a trouvés dans le scénario. L'acteur principal de Once Again, Joe Cole (Peaky BlindersUne prière avant l'aube [+lire aussi :
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), a travaillé avec un coach pour transformer son accent britannique en accent texan. Il restait dans son rôle même pendant les pauses, se souvient Günther, appliquant la fameuse technique du "Method Acting". Ainsi, la méthode employée par le cinéaste allemand pour cette production internationale a été aussi typiquement américaine que la petite ville du sud où l'action du film se passe. 

En collaboration avec

 

(Traduit de l'anglais)

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