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CANNES 2019 Compétition

Elia Suleiman • Réalisateur de It Must Be Heaven

"Les disparités entre les classes et le fossé économique, la migration, l'angoisse et la violence : voilà en gros de quoi parle mon film"

par 

- CANNES 2019 : Nous avons rencontré le réalisateur palestinien Elia Suleiman pour explorer davantage le film qu'il a présenté à Cannes en compétition, It Must Be Heaven

Elia Suleiman  • Réalisateur de It Must Be Heaven

It Must Be Heaven [+lire aussi :
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fiche film
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est le troisième film d'Elia Suleiman à concourir au Festival de Cannes. C'est la suite des aventures du personnage muet que Suleiman joue lui-même, et qui déambule en observant les nombreuses absurdités du monde qui l’entoure. Dans son film précédent, ce Jacques Tati palestinien était resté dans son pays d’origine, mais dans ce film, il se rend à Paris, puis à New York, pour se rendre compte que tous les lieux sont aussi étranges et complexes que celui d'où il vient.

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Cineuropa : Dans ce film, vous essayez de retrouver l’essence non seulement de ce que cela veut dire d’être palestinien, mais aussi de ce que c’est qu'être quelqu'un d'ailleurs. Avez-vous fait ce film par désir de vous détacher du conflit israélo-palestinien ?
Elia Suleiman :
Non, je n’ai pas du tout essayé de faire cela. Je pense que j’essayais simplement de dire que le conflit a étendu ses tentacules jusqu'au monde entier et qu’il y a une "palestinisation" mondiale de l’état des choses. C’est, en gros, ce que ce film essaie d’indiquer, pour tout vous dire. Je veux dire : l’état d’exception, l'État policier et la violence font maintenant partie du quotidien où qu'on aille. La tension et l'anxiété sont à présent pratiquement partout. Ce n’est plus seulement un conflit local. 

Pourquoi avez-vous choisi Paris et New York ?
Pour la raison très très simple (presque aussi simple que moi) que je ne voulais pas faire ce film dans des lieux que je connaîtrais mal. Je l’ai fait auparavant, et ça a été formidable, mais New York et Paris sont deux endroits où j’ai vécu longtemps (quatorze ans dans les deux cas, dîtes-vous bien), donc je connais bien l’humour et l’atmosphère des deux endroits.

Les scènes parisiennes se démarquent parce que vous filmez des rues complètement vides, sans personnes ni voitures. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
Mettre Paris à nu, c’est révéler les sous-classes, les opprimés, les sans-abri les pauvres, les Arabes pourchassés par la police, l’État policier. Je voulais que cela apparaisse fortement mais pas de manière réaliste, bien sûr, et pour faire cela, j’avais besoin de faire ce que j’ai fait. Dans un sens, j’ai toujours espéré que si je faisais cela, la question à poser sur l’état des choses deviendrait plus pressante que si j’avais fait le film en images animées, ou en abordant les choses de manière réaliste.

Quand Paris apparaît d'abord dans le film, on dirait une carte postale, et puis vous montrez les gens qui nettoient les rues. Aviez-vous l’intention de souligner qu’il existe une diaspora collective de gens rechassés par l’Europe et l’Amérique ?
Ce n’était pas mon propos, c’est une évidence. Les sujets du film, ce sont les disparités de classe et financières, la migration, l'anxiété et la violence. Voilà de quoi ce film parle. C’est un film sur la discrimination. C’est un film sur le fait d'être dénigré socialement pour la couleur de sa peau. Voilà ce que ce film essaie de dévoiler, et il relie tout cela au colonialisme.

(Traduit de l'anglais)

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