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TRANSYLVANIE 2019

Tudor Giurgiu • Réalisateur de Parking

"Je voulais jouer avec le choc des cultures"

par 

- Nous avons rencontré le président du Festival de Transylvanie, Tudor Giurgiu, dont le nouveau film, Parking, a été présenté en ouverture de l'événement

Tudor Giurgiu  • Réalisateur de Parking
(© Cornel Lazia)

Dans son dernier film, Parking [+lire aussi :
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interview : Tudor Giurgiu
fiche film
]
, projeté en ouverture du 18e Festival international du film de Transylvanie, Tudor Giurgiu suit Adrian (Mihai Smarandache), un immigré roumain qui vit dans un parking quelque part dans les environs poussiéreux de Cordoue. Le poète en herbe voit soudainement sa paisible existence bouleversée par la pétillante Maria (Belén Cuesta), et son passé rattrape peu à peu son présent.

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Cineuropa : Votre héros est originaire de Transylvanie, mais Parking se déroule en Espagne. Comment s'est présente ce choix de destination ?
Tudor Giurgiu : Tout a commencé avec le roman [Closeness, de Marin Mălaicu-Hondrari]. Il m’a profondément ému, car il est très tendre et mélancolique. J’ai décidé de rencontrer son auteur, et découvrir son histoire a été encore plus édifiant, car je me suis rendu compte que le héros était vraiment son alter ego. En 2002, quand la Roumanie n’avait pas encore intégré l’Union Européenne, il a décidé de partir avec seulement 20 euros en poche et il s’est dit : “Je veux me réinventer”. Il avait lu que [l’écrivain] Roberto Bolaño avait fait la même chose en Espagne, en faisant toutes sortes de boulots alimentaires, et donc il s’est baladé à Cordoue jusqu’à trouver ce parking, où on a fini par tourner le film. C'est ce genre d’anecdotes qui me poussent à faire du cinéma, parce qu’on apprend aussi quelque chose sur soi-même. Je ne serais jamais capable de faire la même chose. Donc c’était aussi un parcours très personnel pour tenter de comprendre cet homme.

L’idée de ʺse réinventerʺ est devenu un cliché très embelli et courant. On peut même l’aborder avec un certain cynisme…
Tourner en Espagne aurait pu être une vraie catastrophe : j’aurais pu dérouler tous les stéréotypes. Cependant, on montre les banlieues de la ville, en s’attardant sur des conditions de vie difficiles et en essayant de ne pas romancer l'expérience du personnage. Cet homme ne quitte pas sa famille et son domicile pour se faire de l'argent. Bien sûr, il en a besoin, mais s'il apprend l’espagnol, c'est pour être capable de lire les grands auteurs (rires).

Vous trouvez de l’humour dans des moments qui pourraient être ambivalents, comme quand il tombe sur un gang de voleurs avant de découvrir que ce sont des compatriotes. Est-ce que c’était important à vos yeux ?
Je sais que dans certains pays, les Roumains ont mauvaise réputation. Adrian ne pouvait pas être le seul immigré en Espagne : il y en a beaucoup plus. Je trouvais ça drôle de jouer là-dessus, tordre le cou à ces clichés. Mais effectivement, je souhaitais incorporer un peu d’humour dans la trame, car elle aborde l’idée de l'échec et de gens en pleine crise, que ce soit sur le plan personnel ou professionnel. Je craignais qu’autrement, le film ne devienne trop sombre ou déprimant.

Chaque personnage de votre film est très idéaliste. C’est un peu comme s’ils vivaient dans un univers parallèle, en attendant le retour à la réalité.
Je me considère moi-même comme un éternel rêveur. Je pensais que ce serait intéressant de montrer que des gens de cet âge font souvent des plans sur la comète. J’ai parlé avec les comédiens du côté tchékhovien de ces personnages : dans les pièces de Tchékhov, tout s’effondre, mais les personnages sont toujours convaincus qu’ils seront capables de trouver un nouveau départ à Moscou. Je voulais donner à cette histoire des airs de conte de fée, en voyant ce parking comme la fin du monde ou comme une forme de zone intermédiaire. Mais par-dessus tout, je voulais signifier une chose dont je suis convaincu : le passé revient toujours pour vous hanter, on ne peut lui échapper. On peut penser qu’on peut tout quitter et partir loin, mais ce n’est qu’un mirage.

Est-ce que présenter ce film ici, à votre propre festival, ajoute une pression supplémentaire ?
On en a discuté avec le responsable de la sélection, Mihai Chirilov. Il m’a convaincu de présenter le film, car le public me connaît déjà : je suis né ici, et je ressens encore le besoin de donner quelque chose à la ville, même si Parking n’est pas exactement le genre de film accessible que l’on attendrait généralement de moi. C’est un film plus complexe, moins évident, mais leur réaction m’a fait plaisir, car il ne s’agit pas d’un film sur l’immigration. Être un immigré, ou un étranger dans une culture inconnue, est un propos de fond important dans le film, mais je ne voulais pas que ce soit son seul propos : on a ce Transylvanien qui va à l’étranger, or les gens d’ici sont plutôt timides, et le voilà soudain entouré de tous ces Andalous extravertis. Je voulais jouer du choc des cultures.

(Traduit de l'anglais par Florian Etcheverry)

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