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NIGHT VISIONS 2019

Simone Scafidi • Réalisateur de Fulci for Fake

"Lucio Fulci a créé sa propre histoire"

par 

- Nous avons rencontré Simone Scafidi pour parler de Fulci for Fake, où le réalisateur italien essaie de trouver le vrai Lucio Fulci

Simone Scafidi  • Réalisateur de Fulci for Fake

À travers Fulci for Fake [+lire aussi :
interview : Simone Scafidi
fiche film
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, présenté au festival de cinéma de genre finlandais Night Visions après sa première à Venise, le réalisateur italien Simone Scafidi essaie de trouver le vrai Lucio Fulci, l’homme auquel on doit L'Au-delà, L'Enfer des zombies et le film controversé L'Éventreur de New York. Nous avons interrogé Scafidi pour en savoir plus sur son film.

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Cineuropa : Vous tracez dans votre film une ligne qui sépare l'époque "avant que Fulci ait pris conscience d’être Fulci" et l'après. Quel est votre relation avec son travail et toute l'aura mystique qu’il a créée autour de lui ?
Simone Scafidi :
Cela a commencé quand j’étais adolescent, dans une petite ville près de Milan. Je lisais un livre sur l’histoire du cinéma d’horreur et je suis tombé sur tous ces titres étranges : La Longue Nuit de l'exorcisme, L'Éventreur de New York, etc. Ils ont ouvert cet univers pour moi, un univers que j’avais envie de découvrir, même si ce n'était pas si facile que ça. Fulci était encore vivant à cette époque, mais il ne travaillait plus. Son dernier film a été tourné en 1991. Personne ne le connaissait dans ma ville. Je rêvais de devenir cinéaste et d’une certaine manière, Fulci n’était qu’à moi. Il y a cette interview sur YouTube où il dit qu’avant de devenir réalisateur, il a été médecin. Il n’a même pas étudié la médecine ! Il a créé sa propre histoire. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être que la vraie histoire ne suffisait pas, et c’est pour cela que mon film ne pouvait pas être un film biographique conventionnel, où le réalisateur prétend tout savoir sur son sujet. Je voulais me concentrer sur ses passions : le cinéma, les femmes et les chevaux.

Vous semblez très lucide quant à ses failles, et vous allez jusqu'à le citer quand il dit que la misogynie devait forcément faire partie de sa vie.
À cette époque, on l'accusait de faire des films anti-femmes, et voulait répondre quelque chose de politiquement incorrect. Elles sont des victimes dans ses films, mais aussi des héroïnes – songez à Catriona MacColl dans Frayeurs. Ce film est l’histoire d’un homme : un vrai homme, pas seulement un homme de cinéma. Il a fait une soixantaine de films, mais je me suis concentré sur ceux qu’il a fait entre 1979 et 1982. Je pense que c’est là qu’on trouve l'essence de Lucio Fulci et de la manière dont il voyait le monde. Il les a faits après que sa femme se soit suicidée, après que sa deuxième femme l’ait quitté, après que sa fille Camilla ait eu ce terrible accident. Dans le genre de l'horreur, il a trouvé une manière d’affronter les chagrins qui l'habitaient. Il a été capable de vivre sa vie pleinement, mais il y avait ce démon à l’intérieur de lui, et on peut voir cela dans ces films. Tous les livres écrits à son sujet, à l’exception du premier, font souvent de lui un portrait grotesque. Il a atteint des moments désespérés dans sa vie, mais pour le dire simplement : il a fait des films horribles parce que des choses horribles lui sont arrivées.

On dirait qu'on a affaire à un documentaire classique, avec des têtes parlantes, sauf que le type qui écoute les histoires, en plus de vous, est l’acteur qui joue le rôle de Fulci. C’est comme si Fulci lui-même était là aussi à écouter ce qu'on dit de lui.
Antonella Fulci
m’a dit combien elle a trouvé étrange de parler à Nicola Nocella. Elle avait l’impression de parler à son père ! Je pense que c’est un film de fiction, en fait. Il est juste vendu comme un documentaire parce que c’est plus facile [rires]. Avant le tournage, j’ai parlé à tout le monde et j’avais un plan, contrairement à ce qui s'est passé avec mon film précédent, Zanetti Story [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
[sur le footballeur Javier Zanetti], pour lequel j’ai interviewé une trentaine de personnes en les laissant parler librement – or ça s'est avéré impossible à monter. Je voulais des gens qui n’avaient jamais parlé de Fulci avant, comme Camilla Fulci – c'est la seule interview qu'elle ait jamais donnée. Elle est morte trois mois après le fin du tournage. Ou Michele Romagnoli, qui a écrit le premier livre sur le travail de Fulci. Mon amour pour Fulci a commencé non pas en regardant ses films, mais en lisant à propos de ses films, c’est pour cela que nous n’avons utilisé aucun extrait.

Vous couvrez tout, de ses histoires personnelles les plus sombres, comme le suicide de sa femme, à son chef-décorateur qui se plaignait de ne jamais savoir combien de sang il devait amener sur le plateau. Pensez-vous que vous l’avez enfin compris ?
Fulci se cache là-dedans, quelque part. Idem pour sa fille Camilla. Dans mon film, elle est une figure tragique, une femme qui n’a pas de futur. Son déclin a commencé après la mort de son père, et je ne l’ai pas comprise du tout : elle est restée un mystère, même si elle fait des plaisanteries dans l’interview. J’espère que nous allons montrer à tout le monde que la fille de Lucio Fulci appelait à l’aide.

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(Traduit de l'anglais)

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