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Mahmoud Ben Mahmoud • Réalisateur de Fatwa

"Ce que cette jeunesse a reçu en héritage ne fait pas le poids face à la propagande"

par 

- Cinergie a rencontré le réalisateur et scénariste tunisien Mahmoud Ben Mahmoud pour parler de son dernier film Fatwa, coproduit par les frères Dardenne

Mahmoud Ben Mahmoud • Réalisateur de Fatwa

Récemment récompensé par le Tanit d'Or aux journées cinématographiques de Carthage, Fatwa [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Mahmoud Ben Mahmoud
fiche film
]
est le dernier film du réalisateur et scénariste tunisien Mahmoud Ben Mahmoud. Auteur d'un cinéma profondément ancré dans son pays d'origine, Mahmoud Ben Mahmoud aborde, dans cette coproduction avec les frères Dardenne, la question de la radicalisation religieuse en Tunisie.

Cinergie : Comment peut-on définir le conflit présent dans Fatwa ? Est-ce un conflit de classes ou plutôt le conflit d'une certaine jeunesse qui remet en question l'héritage qu'elle a reçu ?
Mahmoud Ben Mahmoud : Ce que cette jeunesse a reçu en héritage ne fait pas le poids face à la propagande. D'après l'enquête que j'ai menée en Tunisie, mais aussi en Belgique, les parents que j'ai interrogés sont en plein désarroi par rapport à cela. Ils n'ont pas trouvé la parade quel que soit le milieu social auquel ils appartiennent, quels que soient les garde-fous dont ils pensaient avoir doté leurs enfants pour faire face ou prévenir ce type de dérive.

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Il y a certes un affolement dans la jeunesse d'aujourd'hui, où qu'elle soit, qui l'expose et la rend vulnérable, qui la fragilise et elle devient une proie facile pour les extrémismes de tout bord, en l'occurrence l'extrémisme salafiste qui joue sur une faille facilement identifiable : celle du déracinement, de la perte d'identité que la jeunesse maghrébine connaît depuis plusieurs décennies. Certains attribuent cela aux conséquences du colonialisme, de la mondialisation. Il est assez facile de culpabiliser un jeune sur sa perte d'identité, sur le fait qu'il se soit laissé entraîner, par rapport à sa culture d'origine, à sa religion, à son héritage. Les prédicateurs s'engouffrent assez facilement dans cette faille et c'est comme ça qu'ils arrivent à prendre sous leur contrôle des jeunes qui, a priori, n'étaient pas des proies pour eux.

Pourquoi ce film ne s'est-il pas tourné en Belgique finalement ?
Nous n'avons pas trouvé de partenaire français. Le film a été financé ici par la communauté française, il a pu obtenir une coproduction au Luxembourg mais il nous aurait fallu un troisième partenaire. Les Français ne nous ont pas suivis pour des raisons que nous n'avons jamais pu identifier. Était-ce le scénario ? Une frilosité par rapport au sujet ? Certains l'ont trouvé trop frontal et présentant le risque de heurter la communauté musulmane.

Après la révolution en Tunisie, j'ai observé que les éléments constitutifs de l'intrigue sont apparus sur la scène tunisienne, c'est-à-dire que d'un côté il y avait la laïcité et de l'autre, les courants extrémistes religieux dont les représentants étaient soit en exil, soit en prison, soit dans la clandestinité sous la dictature, et qui ont commencé à œuvrer au grand jour.

En plus de cela, avec la Révolution, la parole était devenue libre donc je ne craignais plus rien par rapport à ce type de sujet d'où l'idée de déplacer l'histoire en Tunisie. Je l'ai donc adaptée et la seule différence par rapport à la version belge c'est qu'elle ne se déroule plus en milieu scout musulman.

On comprend qu'il y ait une crise identitaire pour les jeunes de culture musulmane ici en Belgique, pays où être musulman n'est pas facile. Mais, on imagine difficilement que cette crise identitaire soit la même en Tunisie.
Ce désarroi, c'est une question de degré. Ici, ce sont des proies plus faciles car les jeunes se sentent rejetés, ils courent après une identité fantasmée qui est celle des grands-parents, d'un pays mythifié qu'ils n'ont jamais connu, ils ont un ressentiment par rapport à l'Occident, à la société dans laquelle ils ne trouvent pas leur place. On est quasiment dans la caricature du phénomène. Mais dans les pays arabo-musulmans, ce phénomène existe aussi, même dans des familles aisées qui ne sont pas trop exposées sur le plan social ou économique. Mais la double identité culturelle, qui n'est pas toujours vraiment assumée, qui est parfois vécue d'une façon contradictoire et non comme une richesse, c'est le propre des générations d'aujourd'hui.

(Lire l’interview complète ici.)

En collaboration avec

 

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