email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

CPH:DOX 2020

Estephan Wagner et Marianne Hougen-Moraga • Co-réalisateurs de Songs of Repression

"Les traumatismes à répétition peuvent ramener à la répression et au retour de structures fascistes"

par 

- Nous avons interrrogé Estephan Wagner et Marianne Hougen-Moraga sur leur film Songs of Repression, qui a triomphé à CPH:DOX

Estephan Wagner et Marianne Hougen-Moraga  • Co-réalisateurs de Songs of Repression

Nous avons interrogé Estephan Wagner et Marianne Hougen-Moraga sur leur film Songs of Repression [+lire aussi :
critique
interview : Estephan Wagner et Mariann…
fiche film
]
, qui a gagné le premier prix à la récente édition du festival CPH:DOX (lire l'article).

Cineuropa : Quel est votre lien avec Villa Baviera, enfin Colonia Dignidad, et pourquoi avez-vous décidé de faire un film sur ce sujet ?
Estephan Wagner et Marianne Hougen-Moraga : Les régimes totalitaires et leurs conséquences ont toujours fait partie de nos vies. Nous avons tous les deux été directement exposés pendant notre enfance à la dictature de Pinochet : Estephan a grandi au Chili pendant le régime militaire et Marianne en exil au Danemark avec sa mère chilienne. Même petits, nous connaissions tous les deux l’existence de Colonia Dignidad, mais nous la connaissions à partir de deux perspectives très différentes. Estephan allait avec sa famille au restaurant de bord de route, très allemand, de la colonie, quand il allait en vacances d’été au sud du Chili, et Marianne entendait sa famille murmurer sur les allégations selon lesquelles des prisonniers politiques faits pendant la dictature de Pinochet ont été torturés et tués là-bas. Certains membres de la famille d'Estephan ont fait du lobbying pro-colonie pour contrer ces allégations. La famille de Marianne était de l’autre côté.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

En grandissant, de plus en plus de questions se sont présentées quand nous avons lu et entendu des choses sur Colonia Dignidad. Nous nous sommes demandé comment ce devait être pour les gens, de continuer de vivre dans un lieu où un traumatisme collectif fort domine la réalité psychologique. Comment l’individu et la communauté peuvent-ils gérer une telle souffrance ? Et comment peut-on apprendre à redéfinir la vérité, la confiance et l’amour, quand ces concepts ont perdu toute signification ?

Nous nous sommes rencontrés et nous sommes devenus un couple au début de notre trentaine, alors que nous étudions le cinéma à Londres. À cette époque, bien sûr, nous savions tous les deux déjà que le monde n’était pas aussi noir et blanc que nous l'avions appris dans notre enfance. Et nous avons ressenti le besoin d’explorer et d'avoir une meilleure compréhension de la manière dont on en est venus à devenir ce que nous sommes et dont les sociétés finissent par devenir ce qu’elles sont. Pour nous, Colonia Dignidad était un endroit évident sur lequel enquêter.

L'histoire de Colonia Dignidad est notoire, mais vous traitez le sujet avec beaucoup d’affection pour les personnages.
Trouver le bon équilibre et le bon ton était capital pour nous dès le tout départ. Cela demandait du temps et une relation honnête de confiance mutuelle. Ainsi, pendant le montage du film, nous avons choisi d'y intégrer la relation entre les participants et nous en tant que réalisateurs. Nous espérons que cela va éveiller une certaine empathie pour les participants dans le public. Après tout, chacun de nous aurait pu être un habitant de la colonie.

Comment êtes-vous allés vers les personnages et comment avez-vous travaillé avec eux ?
Pendant les trois ans et demi qu'a duré la réalisation du film, nous sommes devenus très proches des habitants de la colonie. Nous les avons encouragés à raconter leur histoire à eux de leur manière à eux. Notre objectif était de comprendre leur logique, et nous avons appris que leur vision dominante sur leur propre histoire était aussi toute noire ou blanche. Et derrière la tentative de créer un paradis pour eux et pour les touristes, les gens qui vivent là ont des stratégies très différentes quant à la manière dont ils vont traiter leurs traumatismes : certains restent silencieux sur le passé, d'autres choisissent de seulement se souvenir des bons moments, d'autres encore désirent s’ouvrir tout en ayant du mal malgré tout à formuler leur douleur à voix haute.

Quelle perception la société chilienne a-t-elle de Colonia Dignidad et comment votre film se place-t-il par rapport à ça ?
Le Chili est un pays qui reste très clairement divisé entre la gauche et la droite. Il n’y a presque pas de dialogue entre les deux versants. La gauche considère les habitants de la colonie comme des gens avec qui on ne peut pas avoir un dialogue, tandis que la droite croit que les habitants de la colonie sont simplement des victimes de Paul Schäfer.

Nous espérons que notre film peut contribuer à créer une vision plus nuancée de l’après de Colonia Dignidad. Mais en poussant cela plus loin encore, nous espérons que notre film ouvrir une discussion sur ce qui se passe quand les traumatismes ne sont pas surmontés, et sur le risque qu’ils se répètent à travers les générations. Nous voyons que s'il n’y a pas de place pour une guérison et une réconciliation en profondeur, la répétition du traumatisme pourrait ramener à la répression et au retour des structures fascistes. Nous croyons que ce film est immensément pertinent par rapport au Chili d’aujourd’hui, mais nous pensons aussi qu’il est impératif de faire la lumière sur les racines de telles structures en général, en ces temps où les régimes totalitaires se mettent à reprendre des forces à l’échelle mondiale.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi

Privacy Policy