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VISIONS DU RÉEL 2020

Daniel Hoesl et Julia Niemann • Co-réalisateurs de Davos

"Le dialogue entre le public et les décideurs mondiaux ne se noue pas"

par 

- Nous avons parlé avec les Autrichiens Daniel Hoesl et Julia Niemann de leur nouveau documentaire, Davos, qui s'intéresse à la vie quotidienne des gens qui vivent dans la ville suisse du titre

Daniel Hoesl et Julia Niemann  • Co-réalisateurs de Davos
Julia Niemann et Daniel Hoesl au Forum économique mondial

Nous avons interrogé les Autrichiens Daniel Hoesl et Julia Niemann, dont le nouveau documentaire, Davos [+lire aussi :
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fiche film
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, qui a fait sa première mondiale cette année à l’édition en ligne de Visions du Réel, s'intéresse à la vie quotidienne des gens qui vivent dans la ville suisse du titre, célèbre pour accueillir le Forum économique mondial (FEM).

Cineuropa : Qu'est-ce qui vous a amenés à décider de faire ce film ?
Daniel Hoesl :
Comme le montrent aussi mes autres films, je m’intéresse au coût de l’argent et aux divisions dans notre société. Ainsi, je me suis rendu à Davos en 2017 pendant le Forum économique mondial. Je pensais que la ville était juste une luxueuse station de ski, mais il s’est avéré qu’elle a bien d’autres qualités. Cela a fait naître l’idée de réaliser un film sur Davos. Nous avons loué un appartement là-bas pendant 14 mois, afin de saisir la manière dont la ville vit et fonctionne entre deux éditions du FEM. Nous voulions décrire la société à Davos comme une métaphore de nous tous et la mettre en contraste avec les discussions en cours au FEM.

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Beaucoup de gens n’ont jamais songé à Davos dans d’autres contextes que celui du FEM.
D.H. :
Quand les gens utilisent le terme "Davos", ils pensent au FEM, qui se situe à Genève. Seule la réunion annuelle se passe à Davos. Ça ne représente que quatre jours par an, mais ça crée l'image d'un endroit de luxe où les leaders mondiaux se retrouvent. Il y a le même paradoxe entre la mondialisation, le capitalisme et nous les gens normaux. Quand je songe à ma vie, si l’impact du capitalisme et de la mondialisation ne m’affectait que quatre jours par an, toutes les autres choses seraient plus importantes, et je pense que je ne me sentirais pas concerné par cela. C’est ça le paradoxe du FEM. Il y a un forum, mais c’est un forme économique : ce n’est pas un forum sur la vie ou la société ou comment améliorer le monde. Le Forum, c’est comme Noël pour les croyants, de la même manière que le capitalisme est une religion.

Comment les gens vivent-ils à Davos ? Il y a une famille de fermiers dans le film qui ont des difficultés financières. Comment voient-ils le FEM ?
D.H. :
Cette famille a dû abandonner sa ferme à cause du prix du lait, qui est le résultat de la mondialisation. Leur ferme a 500 ans, mais ça ne paie plus d’avoir une ferme.

J.N. : Le truc, c'est que la plupart des gens de Davos profitent du FEM. Ils louent leurs boutiques et leurs appartements pendant quatre jours et gagnent assez d’argent pour pouvoir subsister toute l’année. C’est pour ça qu’ils veulent que le FEM se passe à Davos. Mais bien sûr, certains ont d'autres pensées sur la question au niveau idéologique.

D.H. : Comme certains des punks anarchistes avec lesquels nous avons tourné : ils travaillent pour le FEM pendant les préparatifs et l'événement même, qu’ils détestent, mais c'est qu'ils sont obligés. C'est très révélateur par rapport à notre dilemme contemporain. Je ne me place pas au-dessus de cela. L'idée était simplement de dépeindre ce que nous voyons, et ce que nous voyons, c’est que notre société est très contradictoire.

Quel type d'accès au FEM avez-vous eu ?
J.N. :
Il a été très difficile d’obtenir un accès. Le FEM est habitué à la presse : les journalistes ont des tranches de dix minutes chacun, tournent ce qu’ils peuvent et repartent, or nous, nous voulions tourner dans les coulisses et passer du temps là-bas. Hélas, nous aussi n’avons eu droit qu'à des créneaux de dix minutes. Nous devions négocier chaque jour pour avoir accès au forum.

D.H. : Ils nous ont traités comme n’importe quelle équipe de télévision. La deuxième année, pendant le FEM de 2019, après que nous ayons déjà tourné là-bas en 2018, nous n'avions plus aucun contact personnel avec eux. Nous étions juste en contact avec leur équipe média. Le FEM n’est cela dit qu’un aspect de notre film, et nous ne voulions pas lui donner la priorité. De plus, avoir un accès restreint, au bout du compte, c'est aussi ce qui se passe avec le capitalisme et les leaders en général. Nous obtenons quelque information grâce aux médias, mais le message qui en sort est contrôlé.

Pensez-vous que le FEM est honnête dans son message, qui est qu’il veut un monde meilleur et qu’il est important de nouer un dialogue ?
D.H. :
Quand nous parlons de dialogue, et c’est un point capital dans notre film, le vrai dialogue entre le public et les décideurs mondiaux ne se noue pas. Un dialogue limité seulement à l’élite n’est pas suffisant. Du moins c’est ce que je pense.

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(Traduit de l'anglais)

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