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IFFR 2021 Compétition Tiger

Itonje Søimer Guttormsen • Réalisatrice de Gritt

“Je ne pouvais tout simplement pas me faire à l'idée que nous sommes censées venir de la côte d'un type”

par 

- Nous avons interrogé la réalisatrice norvégienne sur son premier long-métrage, où elle retrouve la comédienne en difficulté de son court-métrage Retract

Itonje Søimer Guttormsen • Réalisatrice de Gritt
(© Ingrid Eggen)

Itonje Søimer Guttormsen, qui rallie à présent le Festival de Göteborg et l'IFFR (Compétition Tiger) après la première mondiale de son nouveau film au récent Festival international du film de Tromsø, nous parle de Gritt [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Itonje Søimer Guttormsen
fiche film
]
, où elle suit de nouveau la comédienne tirant le diable par la queue qu’elle nous avait présentée dans son court-métrage Retract (2017), qui est à présent prête à s’attaquer au monde de l'art, qu’il le veuille ou non.

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Cineuropa : En regardant le film, on songe à quel point il est difficile de parler d'échec, sauf que vous renversez complètement l'idée qu'on se fait de l'échec !
Itonje Søimer Guttormsen :
Je voulais interroger la manière dont on appréhende la notion de réussite et ce qu'on considère comme des activités qui valent la peine qu'on s'y consacre, des activités "productives",. Quand je pitchais le film, les gens disaient : "Ah, c'est un personnage d'artiste ratée". Mais ce à quoi elle aspire, c'est contribuer à une cause plus importante qu’elle ! Gritt est née dans une communauté chrétienne pour en être ensuite arrachée, mais elle conserve sa sincérité et des idéaux élevés, ce qui n’est pas si commun que ça – en tout cas pas en Norvège et pas en ce moment. Pour elle, il est capital d'exprimer cela, et comme elle ne trouve pas son mode d’expression, même dans le monde de l'art, où nous avons tout un tas de "normes", elle sent la nécessité de tout quitter. Elle trouve autre chose, dans la nature : elle est confrontée à d’autres forces. J’espère que ce film donnera à d’autres la force de vraiment regarder à l’intérieur d'eux-mêmes, au lieu de se concentrer sur une reconnaissance venue de l'extérieur.

Mais de fait, elle est très seule. À chaque fois que vous la montrez en train d’interagir avec d’autres, on dirait qu'elle les fatigue. Est-ce parce qu’elle reste toujours elle-même ?
Elle n’a pas ce besoin de plaire qu’ont beaucoup de gens. Elle n'a tout simplement pas ce gène, contrairement à maintes femmes, donc bien sûr, elle s'aliène pas mal de gens. Nous avons vraiment créé ce personnage ensemble avec mon actrice [Birgitte Larsen], et nous y avons aussi trouvé de l’humour : c'est un peu drôle, quelqu'un qui n’essaie pas de charmer les gens pour faire partie du cercle. Bien sûr, ça lui faciliterait la vie, mais elle ne choisit pas la solution de facilité. Je voulais voir ce qui se passe quand on est très irrité par ce genre de personne. Peut-être que c’est parce que nous ne sommes pas aussi passionnés, et que nous le savons...

À partir du moment où elle décide de collaborer avec les réfugiés, brisée et pratiquement abandonnée comme elle est, elle semble mieux les comprendre. Peut-être parce qu’elle ne vient pas d'une sphère privilégiée.
Elle ne se sent pas bien en Norvège de toute façon, donc c'est moins dur à vivre, mais même si elle se retrouve dans la rue, elle n'a pas non plus à se battre pour survivre. Comme beaucoup de choses dans le film, ça m’est arrivé à moi aussi : moi aussi j’ai travaillé sur un projet avec cette communauté, et c'est pour ça que j'ai tenu à intégrer ces gens dans mon film. La vie culturelle, du moins en Norvège, est pleine de privilégiés, mais il y a des exclus, comme Gritt. Quand on est aussi vulnérable, on établit plus facilement de vraies connexions. C’est un avantage qu’elle a : elle est curieuse des gens, elle a de l’empathie.

Vous avez décidé d’évoquer l’idée d’une sorcellerie moderne en intégrant au film des discussions sur Lilith [une figure démoniaque du folklore juif qui aurait été la femme d’Adam avant Eve].
J’ai entendu parler d’elle quand j’avais 27 ans et ça tout bouleversé pour moi. Avant, j’étais assez agressive par rapport à la chrétienté ou n’importe quelle autre religion patriarcale – je ne pouvais tout simplement pas me faire à l'idée que nous sommes censées venir de la côte d’un type. Ça a été une révélation, non que j'aie entendu la chose littéralement, mais parce que ce mythe saisissait l'essence de ce qui me paraissait manquant dans l’identité d'une femme active, créative et audacieuse. Elle quitte l'Eden, sacrifiant sa sécurité ; je voulais donc l'offrir à Gritt comme une sorte de planche de salut. Quand on n'est pas reconnu comme personne, quand on ne vous voit pas, l’archétype de la sorcière peut représenter une personne qui trouve la vérité en elle. Je m'occupe aussi d'un groupe d'art de la performance qui enquête sur Lilith. C'est ludique pour moi, mais aussi extrêmement sérieux.

Les gens ont des manières très différentes de recevoir ce film : certains se sentent dérangés par le bien-être de Gritt, alors que d’autres sont inspirés par elle. C'est révélateur de la position qu'on a dans la vie. À l’époque où nous vivons, qui est très apocalyptique, avoir une forme de flexibilité et être autosuffisant peut être très utile.

Il y a une combattante en elle : elle va à la salle de gym pour gagner en force, dit-elle, comme si elle se préparait déjà pour ce parcours. J’ai entendu dire que vous envisagez de le prolonger ?
Dans un sens, c’est le deuxième film que je fais sur elle. Je veux la suivre jusqu’à ce qu’elle soit vieille, donc peut-être que le prochain film sera un peu hybride... Mon projet de départ était d’aller aux États-Unis pour trois mois et de faire des recherches, mais à l’évidence, ça ne va pas pouvoir se faire maintenant. Ça pourrait même prendre la forme d'un clip musical, qui sait ?

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(Traduit de l'anglais)

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