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BERLINALE 2021 Forum

Susana Nobre • Réalisatrice de Jack's Ride

“La caméra fixe est ce qui correspond le mieux à la manière dont j’envisage les images et les séquences”

par 

- BERLINALE 2021 : La réalisatrice portugaise a présenté ce documentaire doté d’éléments fictionnels dans la section Forum de cette année

Susana Nobre  • Réalisatrice de Jack's Ride

Avec Jack's Ride [+lire aussi :
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fiche film
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, Susana Nobre propose un hybride entre road movie, critique sociale et portrait d'un personnage véritablement captivant. Elle a présenté ce documentaire dédié à Joaquim, un ancien immigré aux États-Unis (dans les années 1970), dans la section Forum de la Berlinale 2021. Entretien avec la réalisatrice sur le degré d'absurdité que la bureaucratie peut atteindre, sur son approche esthétique pour ce film et sur sa relation avec Joaquim.

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Cineuropa : Comment avez-vous trouvé Joaquim ?
Susana Nobre :
En 2008, le Portugal a été confronté à une grave crise économique et financière. À l'apoque, je travaillais pour un programme éducatif dans un centre public pour l'emploi ; j'aidais les gens qui s'étaient retrouvés au chômage à se former pour le marché du travail. Au Portugal, le niveau d'instruction est très bas, et le programme avait pour fin d'aider les gens ayant un faible niveau d'instruction à en acquérir davantage. Je savais déjà que je voudrai ensuite faire un film sur mon expérience au centre. Et puis j'ai rencontré Joaquim, un employé qui avait été renvoyé juste avant sa retraite. Nous avons beaucoup parlé et, comme dans la première scène du film, j'ai été sa conseillère au sein du programme.

Comment avez-vous travaillé ? Aviez-vous un scénario ou y avait-il de la place pour l'improvisation ?
J'avais un scénario qui comportait beaucoup d'éléments et de scènes. Au début, j'avais trop d'idées, de sorte que ça a pris beaucoup de temps, au montage, pour parvenir à la forme finale. Cela dit, je savais dès le départ qu'il y aurait une voix off. Les dialogues ont été écrit par Joaquim, le personnage qu'on suit dans le film, lui-même. C'est un film en grande partie biographique, mais pas complètement non plus. Certaines scènes sont composées de dialogues que j'ai entendu mes personnages avoir entre eux.

Certaines scènes peuvent être ressenties comme dégradantes pour Joaquim. Est-ce que vous aussi, vous avez eu cette impression ? Joaquim s'est-il plaint, ou a-t-il mal réagi à la façon dont il était traité ? Dans le film, il apparaît comme quelqu'un d'éduqué et d'apparemment serein.
Joaquim est très coopératif. Il est d'origine modeste ; ses parents, son lieu de naissance et son expérience d'immigré ont formé son caractère. Ce qu'il y a d'intéressant chez lui, c'est qu'autant il peut être calme et gentil, d'un côté, autant il peut être très grossier de l'autre. Quand les gens ne correspondent pas à ses valeurs éthiques, il perd toute sa politesse. Avec moi, il a été très paternel et prudent, mais nous avons aussi eu pas mal de discussions animées sur des sujets précis.

Votre film montre que les mesures mises en place par le gouvernement sont totalement rigides, et s'adaptent mal aux diférentes situations individuelles. Par exemple, le fait que Joaquim doive trouver un emploi si peu de temps avant la retraite n'a aucun sens.
C'est complètement absurde. Ici, la réalité fournit un formidable récit. Beaucoup de gens qui sont au chômage, pour la plupart des personnes âgées, sont incapables de se servir d'Internet. Dans ce cas, comme Joaquim, ces personnes sont obligées d'aller voir un par un des employeurs potentiels afin d'obtenir les tampons qui prouveront qu'elles ont cherché du travail, et de remplir beaucoup de paperasse. Cette situation a été l'élément déclencheur qui a amené Joaquim à errer un peu partout et à se lancer dans un parcours personnel. J'ai articulé ses souvenirs autour de ce voyage.

La scène dans la salle de classe, où un homme salue tout le monde dans une langue africaine, est très puissante. Est-elle réelle ?
Eh bien, j'ai très souvent assisté à ce genre de scène. L'idée est que des gens qui ont réussi dans les affaires viennent prononcer des allocutions motivantes devant les chômeurs. J'ai rencontré Antonio à une de ces présentations. Il a accepté de reproduire pour le film une de ces interventions publiques qu'il fait en tant qu'entrepreneur. Cette séance a été mise en scène, mais je ne voulais pas me moquer de lui, parce qu'il croit vraiment en ce procédé. Il ne comprenait pas exactement quelle direction ça prendrait dans le film. De fait, il a été assez délicat de rendre la scène humoristique, mais pas ridicule.

Comment décririez-vous votre approche esthétique ? Vous travaillez principalement avec une caméra fixe, qui met en valeur le personnage de Joaquim.
L'utilisation que font certains réalisateurs de la caméra à l'épaule me fascine. Par exemple, lorsque j'ai commencé à faire des films, Frederick Wiseman était une référence très importante pour moi, mais j'ai appris à davantage travailler avec en plan fixe. C'est le dispositif que je contrôle le mieux. La caméra fixe est ce qui correspond le mieux à la manière dont j'envisage les images et les séquences.

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(Traduit de l'anglais par Alexandre Rousset)

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