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CARTOON MOVIE 2021

Nicolas Schmerkin • Producteur de Les Ombres

"Traiter un tel sujet de manière symbolique, universelle et à hauteur d’enfants, c’est un challenge"

par 

- Le pilote de la société française Autour de Minuit évoque le projet Les Ombres, vainqueur à Cartoon Movie du Prix Eurimages au Développement de la Coproduction

Nicolas Schmerkin  • Producteur de Les Ombres

Depuis sa création en 2001, Nicolas Schmerkin dirige la structure parisienne Autour de Minuit, spécialiste de l’animation et qui dispose de deux studios (dont un à Angoulême). Figurent notamment à son actif l’Oscar 2010 du court métrage d’animation pour Logorama et au total plus de 500 prix en festivals. Producteur délégué de Unicorn Wars d’Alberto Vazquez (en production), Autour de Minuit compte parmi ses projets Les Ombres (Shadows) qui vient de remporter au Cartoon Movie 2021 le Prix Eurimages au Développement de la Coproduction (lire la news).

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Cineuropa : Comment est né le projet Les Ombres ?
Nicolas Schmerkin : Il y a cinq ans, un ami m’a conseillé la bande dessinée Les Ombres. Je l’ai lue et j’ai flashé : le graphisme était magnifique avec une histoire sociale et politique importante traitée de manière onirique. Cela m’a immédiatement donné l’envie d’en faire un film. J’ai rencontré très vite l’auteur littéraire Vincent Zabus qui est belge et l’auteur du graphisme Hyppolite qui est français, et j’ai proposé le projet en réalisation à Nadia Micault avec qui je travaille depuis une dizaine d’années et qui a œuvré sur des courts métrages et sur des parties animées dans des documentaires comme sur la série Les routes de l’esclavage. Très vite, l’évidence d’avoir un coproducteur belge s’est imposée et j’ai mis dans la boucle nos amis de Panique ! avec qui nous travaillons aussi depuis une dizaine d’années en coproduction et qui ont pris en main l’écriture signée Vincent Zabus et Vincent Tavier. Ils sont un peu repartis à la source qui était une pièce de théâtre très engagée écrite à partir d’histoires réelles de migrants. Une fois les premières versions de traitement et de scénario prêtes, nous sommes entrées en action pour la partie graphique avec Nadia et Hyppolite qui a commencé à faire les références pour l’animation du pilote. Donc nous sommes partis sur un story-board d’un pilote de 2mn et nous avons commencé à fabriquer dans notre studio à Angoulême qui s’appelle Borderline Films. Les 45 premières secondes sont le teaser présenté au Cartoon Movie et nous sommes maintenant sur la suite que nous allons finir d’ici un mois. Il reste encore beaucoup à faire en développement et ce prix Eurimages est non seulement très encourageant, mais il tombe aussi à point : il faut continuer les recherches graphiques, mais aussi musicales car il y aura quatre ou cinq parties musicales chantées dans le film. Et évidemment story-board, animatique, tous les éléments qui vont nous permettent d’avance sur le financement de la production. Au Cartoon Movie, nous avons eu d’excellents retours et un fort intérêt de nombreux vendeurs internationaux. Cela nous soulage un peu car nous avions une petite appréhension sur la réaction du marché à ce genre de film, sur un sujet délicat. Ce n’est pas forcément un sujet auquel on s’attend pour un public pour enfants et ce n’est pas non plus un feel-good movie, même si nous sommes partis sur une fin ouverte et positive. Le public que nous visons est plutôt celui de Ma vie de Courgette [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Claude Barras
fiche film
]
. Nous pensons qu’on peut raconter des histoires qui peuvent être dures par moments, mais qui sont importantes et qu’on peut les raconter à hauteur d’enfants à partir de huit ans pour qu’ils puissent être en mesure de comprendre les enjeux des personnages, mais de toutes façons en traitant toujours les moments dangereux de manière métaphorique et sous l’angle de la fable, du conte, avec un ogre, des sirènes, des objets qui parlent, des parties chantées. Nous ne voulons pas édulcorer, mais raconter autrement afin d’éviter un rejet éventuel avec la crainte du sujet que pourraient avoir les enfants et les parents, mais ceci sans occulter les choses et les moments difficiles.

Quel sera le sujet exact du film ?
C’est une histoire sur l’identité, la transmission, le déracinement avec deux enfants, un grand frère et sa petite sœur, obligés de fuir leur village et qui partent à la recherche de leur père qui parti avant eux vers ce qu’on appelle l’autre monde, en quête d’une vie meilleure. Leur village est un lieu indéterminé, comme dans la bande dessinée : ça ne se passe pas spécifiquement en Libye, au Soudan, au Népal ou au Venezuela. C’est une histoire de migrants, de migrateurs, un voyage, une aventure avec des rencontres et des obstacles, et qui parle aussi de comment on arrive à transmettre son identité en changeant d’endroit. Cela me touche d’autant plus que je suis moi-même réfugié politique, ayant fui quand j’étais petit la dictature argentine avec mes parents. Traiter un tel sujet de manière symbolique, universelle et à hauteur d’enfants, c’est un challenge qui me tient tout particulièrement à cœur. Et tout le processus de transformation, ces vraies histoires de migrants qui deviennent une pièce de théâtre qui devient une BD qui devient un film qu’on va transmettre aux enfants, c’est aussi le sujet du film car le grand frère est issu d’une famille de griots et l’enjeu est également pour lui de raconter son histoire : faut-il l’édulcorer pour mieux se faire accepter ? Ou ne pas renier d’où l’on vient ? La transmission est un grand thème du film.

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