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LUXEMBOURG 2021

Karolina Markiewicz et Pascal Piron • Réalisateurs de Les témoins vivants

"Nous cherchions des jeunes intéressés par l’histoire, capables de réfléchir à haute voix"

par 

- Rencontre avec les cinéastes derrière ce documentaire au sujet rare : l’histoire de la Shoah du point de vue luxembourgeois

Karolina Markiewicz et Pascal Piron • Réalisateurs de Les témoins vivants

Karolina Markiewicz et Pascal Piron sont tous les deux enseignants et artistes réputés pour leurs œuvres de réalité virtuelle (comme Fever et Sublimation) En 2015, ils signent Mos Stellarium, un documentaire intime et poétique sur les parcours de jeunes réfugiés. Markiewicz est par ailleurs journaliste et critique d’art indépendante, tandis que Piron est artiste peintre. Depuis 2013, ils travaillent aussi sur leur site Kulturstruktur.com dédié à des conversations sur la création artistique dans tous les domaines (cinéma, théâtre, musique, danse). Leur plus récente collaboration, Les témoins vivants [+lire aussi :
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fiche film
]
, est un long-métrage documentaire (récemment présenté en première au Luxembourg City Film Festival) qui pose un regard touchant sur la perception de la Shoah chez des jeunes luxembourgeois. Tout ceci avec une forte saveur pédagogique…

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Cineuropa: Parlez-nous de la genèse du projet. Les Témoins vivants sont au départ une initiative de l'association MemoShoah et de Claude Marx ?
Pascal Piron : Oui, l’idée a été amorcée par l’association qui veille à la transmission de la mémoire, MemoShoah Luxembourg. Il était question pour elle d’un film historique sur la déportation des Juifs de Luxembourg à partir d’octobre 1941, mais nous avons tout de suite eu envie de prendre ce terrible fait historique comme point de départ et de le lier à l’histoire en cours, c’est-à-dire aux événements d’aujourd’hui, à la résurgence du nationalisme, des diverses discriminations et des guerres actuelles. Nous avons pensé à une rencontre entre les survivants de la Shoah et des jeunes qui portent eux aussi en eux des histoires traumatiques - le tout sous forme d’un voyage. 

Qu'est-ce qui vous a plu, et intéressé, dans la figure de Claude Marx ? Notamment dans la relation qu'il développe au cours du film avec les jeunes étudiants ?
P.P. : Claude a survécu à la Seconde Guerre Mondiale, caché à l’âge de 9 ans dans un grenier. Il est très chaleureux et cultivé, il a aussi l’intelligence des bons professeurs. Il est passionné par l’histoire, mais aussi par la vie ainsi que le devenir de celle-ci. Il a des visions pour l’avenir qu’il aime échanger avec les jeunes et les moins jeunes. Le contact avec ce genre de personne est aisé - nous savions dès le départ qu’il serait le bon initiateur du voyage, celui que nous cherchions.

Comment avez-vous fait la rencontre de Christina Khoury, Dean Schadeck, et Chadon Tina Marie Yapo ? Parlez-nous de leur implication dans le projet ?
Karolina Markiewicz : Christina ainsi que Chadon Tina Marie ont été nos élèves quand elles sont arrivées au Luxembourg : la première est arrivée de la Syrie et la seconde de la Côte d’Ivoire. Dean nous a été recommandé. Nous cherchions des jeunes intéressés par l’histoire, capables de réfléchir à haute voix et surtout des jeunes qui portent leurs propres histoires - fortes, telle que la guerre en Syrie, la violence de la Côte d’Ivoire, l’exil forcé, l’appartenance à la minorité LGBTQI+, les épreuves liées à la discrimination… En somme, des enfances abrégées par les événements de la vie, comparables à celles Claude, de Marian et de Halina pendant la Seconde Guerre Mondiale. 

Qu'est-ce qui vous a fasciné dans la figure de Marian Turski ? Quel est son rôle, selon vous ? 
K.M. : Marian Turski est un héros, un incroyable intellectuel et un moteur pour la société polonaise. Il a par exemple beaucoup échangé sur l’histoire et l’identité, la culture des Juifs avec Barack Obama lorsque celui-ci était président, mais aussi plus tard. Il a aussi été proche de Martin Luther King, après la guerre, lorsqu’il étudiait aux États-Unis. Toutes ces incroyables histoires, sa force, son intelligence qu’il amène avec modestie sont rares et exemplaires. Marian Turski réfléchit à haute voix, pour notre film, ce voyage, son témoignage extrêmement vivant et marquant a été un grand privilège. 

Connaissiez-vous déjà les lieux et les pays visités par le groupe, notamment le Polin Museum, Auschwitz et la région de Łódź ?
K.M. : Oui, je suis d’origine polonaise et nous allons en Pologne revoir ma famille - au moins une fois par an depuis l’exil de mes parents au Luxembourg. J’y emmène Pascal depuis que nous nous connaissons. Auschwitz-Birkenau est aussi l’endroit où une partie de ma famille a péri, nous y allons chaque fois que nous sommes en Pologne. 

Pourquoi était-ce important pour vous de parler de la déportation luxembourgeoise ? Quels sont vos rapports avec ce sujet finalement assez rarement évoqué à l'extérieur du pays ?
K.M. : Il est important de parler de chaque histoire, celle ici n’est pas encore totalement digérée.

P.P. : Certes, nous avons appris à l’école le sort des Luxembourgeois pendant la guerre, mais nous n’avons découvert plein de détails importants que lors de nos recherches pour ce film. La collaboration des Luxembourgeois est un sujet qui reste très peu thématisé, et l’histoire nationale que le pays s’est construite après la guerre est très unilatérale, comme c’est souvent le cas.

Quel est le message de votre film ? Et qui sont les témoins vivants d'aujourd'hui ?
K.M. : Peut-être que nous sommes tous, d’une certaine manière, des témoins vivants ? Peut-être que nous sommes tous impliqués dans l’histoire qui s’écrit collectivement à tout moment ? Peut-être qu’il est important de rencontrer d’autres témoins vivants, des personnes mais aussi des lieux, et de mettre leurs histoires en opposition de la nôtre ? 

P.P. : Ce sont les idées du film. Il est important de lier le passé au présent pour pouvoir prévoir ce qui se passera à l’avenir, être lucide et fort, à l’écoute, pour imaginer mais aussi construire le savoir. 

Votre documentaire semble particulièrement adapté à un public scolaire : savez-vous s'il sera utilisé dans les réseaux éducatifs ? Si oui, où ? Pouvez-vous nous en dire davantage sur la carrière de Les Témoins vivants en festivals, à la télévision, voire prochainement dans les salles de cinéma ?
K.M. : Paul Thiltges est le distributeur luxembourgeois et le producteur du film et assure au film une belle visibilité. Nous venons d’avoir l’avant-première nationale au LuxFilmFest le 9 mars (en présence de S.A.R. le Grand-Duc Henri et du Premier-Ministre Xavier Bettel), et depuis les critiques sont excellentes. Nous entamons à présent la tournée des festivals documentaires avec le soutien d’Alexis Juncosa et son réseau d'Europa Film Festivals. À l’automne de cette année, le film sortira en salles au Luxembourg et sera mis à disposition de l’enseignement secondaire avec un dossier pédagogique. Nous attendrons les retours d’autres pays, notamment de la Pologne et de l’Allemagne, plus directement concernés par le projet, pour une distribution nationale, et toute demande au-delà de ces trois pays sera évidemment la bienvenue. Paul Thiltges Distributions y travaille avec acharnement : ce sont également les vendeurs du film à l’étranger, et ils défendent en général bien leurs projets sur le marché international.

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