email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

MALAGA 2021

Adrián Silvestre • Réalisateur de Sedimentos

“Il y a beaucoup de clichés dans les films qui abordent la transsexualité”

par 

- Le réalisateur espagnol détaille certains aspects de son deuxième long-métrage, sur le parcours de six femmes trans, en lice dans la section documentaires du 24e Festival de Malaga

Adrián Silvestre • Réalisateur de Sedimentos

Grâce à Los objetos amorosos [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
, le cinéaste résidant à Barcelone Adrián Silvestre (né à Valence en 1981) s’est fait connaître dans les festivals, en remportant des prix comme celui du FIPRESCI à Séville en 2016. Aujourd’hui, il présente son deuxième film Sedimentos au Festival de Malaga [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Adrián Silvestre
fiche film
]
, dans la section dédiée à la non-fiction. Ce film décrit les relations entre six femmes transgenres, qui entreprennent un voyage jusqu’à une zone rurale espagnole. Peu après, ce film sera en compétition au Festival du documentaire de Thessalonique.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)
series serie

Cineuropa : Combien a coûté la réalisation de ce film ?
Adrián Silvestre : En 2016, j’ai discuté avec Tina Recio, l’une des protagonistes, pour réaliser un film sur la communauté transgenre. Elle m’a alors présenté aux membres de l’association I-Vaginarium. Là-bas, je leur ai expliqué mon intention : je leur ai dit que le comment dépendrait d’elles. Nous avons ainsi créé un groupe. Chacune a imposé ses conditions, car certaines ne voulaient pas apparaître à l’écran : je suis toujours inclusif et j’ai accepté celles qui voulaient intégrer le groupe. Au début, elles étaient 25 femmes transgenres. Je me réunissais avec elles tous les samedis : dans le cadre de plusieurs ateliers, je leur appris le langage cinématographique et comment jouer un personnage. Nous recueillions des anecdotes de leurs vies respectives et nous les mettions ensuite en scène. Ainsi, elles oubliaient progressivement qu’il ne s’agissait pas d’interpréter un rôle, mais de se lâcher. Pour cela, je me suis également beaucoup basé sur ma propre vie. Au fil du temps, j’ai vu que les femmes les plus présentes étaient celles qui ne se trompaient jamais. C’étaient celles qui croyaient au projet et qui voulaient être là. Elles étaient une dizaine, mais il m’était impossible de faire le film avec autant de personnes. Cependant, quatre ont fait marche arrière et il en est finalement resté six : un chiffre parfait. De plus, elles n’étaient absolument d’accord sur rien. Aucune ne se ressemblait. Toutes avaient des choses intéressantes à raconter. Et puis, nous en sommes arrivés à un point où la caméra ne les envahissait pas.

C’est exact, il y a des moments notamment intimes, comme celui où elles sont en plein débat ou la scène de la fête. À partir de là, comment construire un récit sur grand écran ?
C’est une question de confiance : elles ont fait connaissance avec l’équipe, afin que personne ne soit ni marginal ni violent. De cette manière, quelqu’un était toujours en train de les filmer : je ne les oblige pas à tourner, mais quelqu’un les filme en permanence. Ainsi, elles ne savaient jamais si nous tournions ou pas. Il était également important de bien les connaître : lorsqu’un thème était abordé, il fallait profiter de ce moment-là, car c’est quelque chose qu’on ne peut pas répéter en amont. J’avais déjà prévu certaines choses, comme la visite à l’église ou l’excursion à la carrière. Ou lorsqu’elles ont cuisiné le gâteau à la marijuana… Mais nous ne savions pas qui allait le manger.

Combien y avait-il de caméras ?
Une seulement, toujours à leurs côtés, même quand elles dormaient. Nous nous étions mis d’accord pour les filmer continuellement, sans qu’il y ait d’horaires, en nous laissant aller : ça, tout le monde ne peut pas le faire. Je voulais que la caméra les accompagne tout le temps pour qu’elles se sentent à l’aise en sa présence.

Il est curieux de voir tout n’est pas rose entre elles, qu’il y a également des moments de tension…
J’aime beaucoup le fait qu’elles soient très différentes et qu’elles arrivent à discuter. Néanmoins, elles ne sont pas rancunières : elles tournent toujours la page et repartent à zéro. Aucune d’entre elles ne nous a jamais dit de ne rien enregistrer, y compris quand il y avait des moments délicats. Elles n’ont fixé aucune limite et se sont beaucoup confiées.

La tolérance imprégnée dans le monde rural surprend également…
L’être humain a peur de l’inconnu. C’est de là que viennent les préjugés, et ce, dans n’importe quel pays et n’importe quelle époque historique. Dans les villages, grâce à la proximité, les gens se connaissent bien. Au contraire, dans les villes, ne pas connaître vos voisins est dur et violent, en plus de vous rendre anonyme. Les habitants de ce village acceptent les autres comme ils le peuvent, et ce, avec les moyens dont ils disposent. Ça m’intéresse d’aborder cela, car ça a été très peu raconté : la thématique transgenre se déroule toujours dans les villes. Nous avons passé huit jours à León, en comptant le trajet sur l’autoroute.

Avez-vous regardé le film d’Antonio Giménez-Rico, sortie en 1983, Vestida de azul ?
Il a été le point de départ : quand j’ai commencé à travailler avec elles, je leur ai dit que nous allions faire un cours de cinéma, en analysant des films sur la thématique transgenre. Nous verrions ainsi ce qui leur plaisait, où elles voyaient des stéréotypes, ou les moments où elles étaient bien représentées ou, au contraire, ce qui leur paraissait mensonger les concernant. Il est certain qu’il y a énormément de clichés sur ce sujet. Mais le seul film avec lequel elles étaient toutes d’accord, celui qu’elles trouvaient naturel, était Vestida de azul.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'espagnol par Fabien Soulier)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi

Privacy Policy