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CANNES 2021 Quinzaine des Réalisateurs

Paolo Moretti • Délégué général, Quinzaine des Réalisateurs

"Un territoire esthétique, poétique et politique avant tout"

par 

- Le délégué général de la Quinzaine des Réalisateurs cannoise commente les choix de sa sélection 2021

Paolo Moretti  • Délégué général, Quinzaine des Réalisateurs

La 53e édition de la Quinzaine des Réalisateurs se déroulera du 7 au 17 juillet dans le cadre du 74e Festival de Cannes. Rencontre à Paris avec son délégué général, Paolo Moretti.

Cineuropa : Comme en 2019, vous avez sélectionné 24 longs métrages (lire la news), un nombre assez élevé alors que les précautions sanitaires compliqueront sans doute l’enchainement des projections ? Pourquoi ce choix ?
Paolo Moretti : Je n’avais pas de nombre particulier en tête. Ce sont les films qui s’imposent au cours du processus de sélection. Nous avons même évalué la possibilité de prendre davantage de films, mais finalement nous en sommes restés à 24, ce qui correspond au nombre maximal dans un schéma de programmation régulier à trois films par jour. Mais cette année plus que d’autres, le nombre de films a été influencé par le fait qu’il ne fallait pas oublier que l’industrie est fortement ralentie depuis un an et que beaucoup de films n’attendent que d’exister. Donc pouvoir leur offrir cet espace était assez naturel.

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22 des 29 cinéastes en vitrine feront leurs premiers pas sur la Croisette avec un long. Vous avez évoqué " une sélection de découvertes, l’une des missions et la raison d’être de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes". Est-ce votre ligne éditoriale ? Comment l’ajustez-vous avec la nécessité médiatique d’avoir des têtes d’affiche ?
C’est une question d’équilibre, et par ailleurs les deux peuvent se conjuguer. Par exemple, Joanna Hogg qui est une tête d’affiche à mon sens par son ampleur dans le monde entier, n’a jamais montré un long métrage à Cannes. Pietro Marcello qui est désormais un nom établi et très connu dans le cinéma contemporain et qui sort d’un énorme succès avec Martin Eden [+lire aussi :
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interview : Pietro Marcello
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]
, n’avait jamais montré un long métrage à Cannes. Ces réalisateurs et réalisatrices qui montrent pour la première fois un long métrage à Cannes ne sont pas forcément des débutants à leur premier long, même s’il y a aussi des premiers films dans la sélection 2021. Ce que je tenais à souligner avec ce nombre, c’est que la Quinzaine est née de cette manière : dans les années 70, elle a amené à Cannes des réalisatrices et des réalisateurs qui n’y étaient pas et qui n’y auraient pas été sans elle. Le contexte cannois a évolué et n’est plus le même que dans les années 70, mais il en est resté quelque chose : la Quinzaine se doit d’être complémentaire, d’élargir la proposition d’ensemble du Festival de Cannes. Donc cette intention de découverte n’est pas un critère déterminant, mais on y pense car ce qui fait sens, ce n’est pas quand la Quinzaine est en en opposition avec les autres sélections, mais quand elle apporte quelque chose d’autre.

Vous avez parlé d’une sélection sous le signe de "la modernité de l’écriture et de la vibration de notre époque".
C’est un esprit dans lequel baigne la sélection dans son ensemble. La ligne éditoriale de la Quinzaine est et doit être en constante évolution pour être fidèle à elle-même. Si l’on prend encore une fois la référence des fondateurs, de cette période où la différence entre la Quinzaine et le reste du Festival de Cannes était encore plus évidente, l’Officielle montrait évidemment des chefs-d’œuvre et à la Quinzaine, il y avait des cinéastes comme Werner Herzog, George Lucas, Martin Scorsese ou Chantal Akerman qui montraient leurs premiers films. Quand je parle de modernité de l’écriture, cela signifie : où sont ces écritures qui ont eu tant d’impact à l’époque et quelle est leur conjugaison au temps présent, en 2021 ? Naturellement, c’est une recherche, une tentative car on ne sait pas ce que le futur donnera, mais c’est cette approche que je privilégie, avec des cinéastes qui mettent en question les codes d’écriture les plus établis. La Quinzaine vient de là, c’est un élément important de notre ADN.

Les films européens dominent très largement votre sélection. Un poids conjoncturel ? Tendanciel ?
C’est une proportion relativement normale, mais nous avons également des films qui viennent du Costa Rica, d'Argentine, d'Irak, du Brésil, de Chine, d'Iran et du Liban. Et même si c’est en Europe, l’exemple du film kosovar sélectionné montre bien qu’il y a des nationalités et des territoires exposés qui ne sont pas si habituels. Nous cherchons partout dans le monde, mais évidemment et heureusement, la structure du financement du cinéma européen soutient les jeunes créateurs, notamment en France où le système est extraordinaire. Une grande partie de l’industrie française et européenne prend aussi le Festival de Cannes comme référence pour les calendriers de production car une présentation à Cannes peut contribuer de façon déterminante à la carrière d’un film. C’est donc une évidence statistique : l’offre de films européens est particulièrement élevée et c’est plutôt naturel que la sélection inclue un pourcentage plus important de films de ce continent. Mais nous sommes vraiment sensibles aux 1395 longs métrages du monde entier que nous avons reçus et vus.

France, Italie, Royaume-Uni, Portugal, Roumanie, Croatie et Kosovo représentent l’Europe. Quid des autres territoires du Vieux Continent ? L’offre était-elle de qualité ?
Il y a également l’Autriche et l’Espagne qui sont représentées dans la sélection de courts-métrages. Cette année, il y a eu une grande richesse de propositions et une qualité moyenne plus élevée que d’habitude, étant donné qu’un nombre élevé de films de 2020 avec un certain potentiel ont attendu ou prolongé leur post-production. Nous aurions pu faire une deuxième Quinzaine de très bonne qualité, en allant aussi sur d’autres pays. C’est un exercice très frustrant et assez douloureux de se séparer de films qui nous ont longtemps accompagnés, mais nous n’avons que 24 places. Quand certains films disent qu’ils n’étaient pas loin d’y être, c’est souvent vrai car lors des discussions finales, on essaye de construire une vision d’ensemble avec un programme articulé et cohérent, et c’est à ce moment-là qu’on est contraint d’exclure des films qu’on juge pourtant très positivement et que l’on aime : ce n’est malheureusement plus une question de jugement de valeur artistique, mais de limitation de places. De belles propositions scandinaves sont ainsi par exemple restées avec nous assez longtemps. Mais la Quinzaine est aussi née en contraste avec l’idée des nations. En 1969, alors que le Festival de Cannes fonctionnait de façon très institutionnelle et diplomatique, la Quinzaine a choisi de s’intéresser aux réalisateurs, et non à la représentativité des nations. Évidemment, nous sommes très attentifs à ce qui vient de tous les pays du monde, mais nous n’avons ni l’espace ni un devoir institutionnel de représenter le plus de pays possibles. Ce qui nous intéresse, c’est de représenter les âmes les plus créatives du continent cinématographique contemporain : un territoire esthétique, poétique et politique avant tout.

Vous évoquez l’esprit d’indépendance qui a présidé à la naissance de la Quinzaine. Quelles ont été vos relations ou votre concurrence avec la Sélection Officielle et la Semaine de la Critique durant le processus de choix des films ?
On ne peut pas vraiment parler de concurrence, en tous cas pas au sens conflictuel. Chaque sélection a ses propres enjeux et le travail est complémentaire. On peut évidemment parfois aimer les mêmes films et c’est tant mieux pour ces films, mais au fur et à mesure des discussions et de l’avancée du processus, il y a des facteurs de pertinence qui rapprochent un film d’une sélection plutôt que d’une autre. Il y a une coopération d’ensemble au profit des films. J’ai échangé avec Thierry Frémaux à propos de certains films et le dialogue est ouvert. Finalement, les décisions sont complexes et partagées car pour chaque film, il y a plusieurs décisionnaires. Mais je pense que ce qui nous tient tous à cœur, à Thierry Frémaux, à Charles Tesson, aux cinéastes de l’ACID et à moi-même, c’est que le Festival de Cannes dans son ensemble soit un succès. Cet esprit de dialogue, nous l‘avons développé très fortement l’an passé car c’était vraiment requis à ce moment-là, et quelque chose de beau en est resté. Et après une année comme celle que nous avons tous vécue le simple fait qu’il y ait un Festival de Cannes, avec des films, des équipes, une rencontre avec le public, c’est une très grande joie.

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