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CINEMED 2021 Cinemed Meetings

Pauline Seigland • Productrice de Les Fantômes

"Un film d’espionnage avec des espions improvisés"

par 

- Rencontre avec la productrice de la société française Films Grand Huit qui parle du projet de Jonathan Millet, à l'occasion des Cinemed Meetings

Pauline Seigland  • Productrice de Les Fantômes

Fondée en 2015, la société de production française Films Grand Huit, pilotée par Pauline Seigland et Lionel Massol est en pleine ascension. Après une vingtaine de courts métrages multiprimés et plusieurs distinctions comme le Prix France Télévisions Jeune Producteur 2018, le prix Arte Kino International en 2019 au Village des Coproductions des Arcs Film Festival ou encore le prix Procirep Meilleur producteur 2021, la structure termine actuellement le tournage de son premier long Disco Boy de l’Italien Giacomo Abbruzzese (lire l’article) et est présente au 43e Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier où elle pitche à la Bourse d’aide au développement des Cinemed Meetings (lire la news) le projet Les Fantômes qui sera le premier long de fiction du Français Jonathan Millet.

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Cineuropa : Qu’est-ce qui vous a séduit dans le projet Les Fantômes ?
Pauline Seigland : Cela fait cinq ans que je travaille avec Jonathan Millet, le réalisateur. Nous avons fait ensemble le court-métrage Et toujours nous marcherons qui a eu une très belle carrière avec notamment un prix d’interprétation à Clermont-Ferrand et une sélection aux César. Nous avons enchaîné avec d’autres courts, plus expérimentaux car Jonathan avait envie d’explorer, et parallèlement nous cherchions quel allait être son projet de premier long. Jonathan a eu cette idée d’un film d’espionnage avec des personnages qui seraient des espions improvisés, dont ce ne serait pas le métier. Cet élément m’a semblé très intéressant car c’est un peu une réinvention du genre en allant vers quelque chose de plus intimiste. Jonathan est parti de faits réels : la création par un groupe de Syriens issus de la société civile d’une cellule destinée à traquer les criminels de guerre de leur pays en fuite dans toute l’Europe. Par désir de justice, ils se sont complètement improvisés agents secrets et ils consacrent encore aujourd’hui leurs existences à écumer tous les pays d’Europe pour retrouver les criminels de guerre. Dans le film, on suivra tout particulièrement un personnage qui est en France. Il y a eu réellement de traces de cette cellule à Marseille, mais nous avons un peu fictionné cette partie pour que cela se passe à Strasbourg.

Toute la démarche de cinéma de Jonathan est liée à la question de l’exil. Au début de sa carrière, il était reporter et il a été envoyé par des magazines dans les pays les plus improbables pour faire des photos, ramener des images. Il a aussi fait des études de philosophie et quand il est arrivé au cinéma, c’était vraiment pour raconter les frontières et ce que signifie être humain dans le monde d’aujourd’hui. C’est sa démarche et la mienne, en tant que productrice, c’est de ne laisser personne sur le côté en tant que spectateur, donc de trouver comment passionner le public pour des questions qui à priori ne sont pas très alléchantes. Avec Les Fantômes, il y a un angle qui fait qu’on ne regardera plus le personnage principal comme un immigré syrien et comme on a l’habitude de voir cette typologie de personnes au cinéma.

À quel stade d’avancée en est le projet ?
Cela fait un an que nous travaillons, mais le projet a eu la chance, dès le stade du traitement, de faire partie des sélections annuelles des résidences d’écriture du Moulin d’Andé et du Groupe Ouest (un doublé rare), donc d’avoir bénéficié cette année d’un super accompagnement dans ces deux endroits. Nous avons une V1 du scénario et nous commençons à travailler sur une V2. Nous espérons donc faire entrer le film en financement l’an prochain.

Les Fantômes est-il représentatif de la ligne éditoriale des Films Grand Huit ?
Nous défendons des cinéastes aux filmographies très différentes, mais qui se retrouvent tous dans l’idée qu’ils racontent, chacun à leur manière, l’état du monde. Je suis une cinéphile qui aime des films extrêmement divers, donc ce serait vraiment très triste de ne défendre qu’une seule typologie de films. Disco Boy de l’Italien Giacomo Abbruzzese par exemple, que nous tournons actuellement, est plutôt un film métaphysique (qui raconte comment ce que l’on est dépend énormément de tous les gens que l’on a rencontrés, du pays d’où l’on vient, d’Afrique ou d’Occident, etc.) dans la lignée d’Apichatpong Weerasethakul et des cinéastes qui estiment que la poésie des images en dit beaucoup sur l’état intérieur des personnages. Le cinéma de Jonathan Millet, comme celui de Rémi Allier (avec qui nous avons gagné le César du meilleur court en 2019 avec Les Petites Mains), s’inscrit plus dans une veine politique et sociale, à la Asghar Farhadi. C’est vrai que nous sommes très sensibles aux sujets politiques, mais sans les aborder frontalement.

Quels sont vos autres projets en cours ? Surtout des premiers longs ?
Nous sommes partis du court métrage car c’est un espace que nous connaissons et que nous maîtrisons. Nous nous servons des succès de nos cinéastes dans ce domaine avec des films sélectionnés à Cannes, Toronto, Venise, Berlin, comme d’un petit sésame pour développer leurs premiers longs. Surtout, nous veillons à une très grande cohérence entre les courts et les longs, car nous travaillons dans une perspective à long terme. Il faut réfléchir à des filmographies dans la durée : c’est cela qui est passionnant dans le métier de producteur. Actuellement, nous développons aussi les premiers longs Quand viendra la fin du monde, on sera riches du Belge Rémi Allier, Deep Fake de son compatriote Belge Ismaël J. Chandoutis, Rabbia de l’Allemande Mareike EngelhardtEl dia de mi Bestia de la Colombienne Camila Beltrán, mais également un second long : Casablanca de l’Italien Adriano Valerio (Banat [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
). C’est vrai que nous travaillons beaucoup avec des cinéastes étrangers, mais c’est simplement parce que leurs visions du monde nous intéressent.

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