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BLACK NIGHTS 2021 Compétition

Wojciech Smarzowski • Réalisateur de The Wedding Day

“Balayer sous le tapis la vérité sur des crimes passés peut aisément mener à d’autres crimes”

par 

- Nous avons interrogé le réalisateur polonais au sujet de son nouveau film et de sa tendance à aborder des moments délicats de l’Histoire de son pays

Wojciech Smarzowski • Réalisateur de The Wedding Day

Cineuropa a rencontré le réalisateur polonais de renom Wojciech Smarzowski pour discuter de son nouveau film, The Wedding Day [+lire aussi :
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, qui a fait sa première internationale au Festival Black Nights de Tallinn. Smarzowski est très populaire dans sa Pologne natale, et la plupart de ses films abordent des événements difficiles de l'Histoire de son pays, y compris très récents, comme dans son film précédent, Clergy [+lire aussi :
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interview : Wojciech Smarzowski
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, sur des actes de pédophilie et d’autres abus survenus au sein de l’Église catholique.

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Cineuropa : Vous avez cessé de manger de la viande après le tournage de The Wedding Day. Pourquoi ?
Wojciech Smarzowski :
Il y a des poules qui vivent sur des surfaces plus petites qu'une feuille de papier et des cochons qui n’ont qu’un mètre carré pour se mouvoir. Ces animaux sont torturés, et je pense que ça vaut la peine d'avoir ça à l'esprit quand on achète de la viande au rabais. J’avais déjà réduit ma consommation de viande, mais après les recherches que j’ai faites pour The Wedding Day, j’ai complètement arrêté d'en consommer. Toutes les images qui montrent les abus sur les cochons ont été achetées à des organisations qui se battent pour les droits des animaux. Une ou deux minutes seulement de ces vidéos sont dans le film, mais on les a choisies parmi des heures d'images. Ceci a également influencé ma décision de devenir végétarien.

Il y a un proverbe qui dit que "l’homme est le jeu le plus dangereux". Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ?
Il paraît que les moustiques tuent plus d'hommes que les hommes eux-mêmes, mais les humains sont tout de suite après sur le podium, et les serpents sont troisièmes. Les humains font la guerre, mais les fourmis aussi. Est-ce que ces guerres humaines sont menées au nom de la religion ou pour l’argent, le pouvoir, le désir, ou juste pour le plaisir de tuer ? Je ne pense pas que ça tienne seulement à ça : c’est plus une question d’échelle, et l’homme continue de perfectionner ses armes. Il peut polluer les océans avec des déchets, raser la jungle, c'est-à-dire détruire des endroits où il ne survivrait pas longtemps. De l’autre côté, si un homme affrontait en duel un tigre dans une cage, je mettrais mon argent sur le tigre. Je pense que c’est une question compliquée, donc je suggère un ex aequo.

Vous avez déjà fait un long-métrage qui s’appelle The Wedding, mais votre nouveau film n’est pas une suite de celui-là. Qu’est-ce qui vous intéresse tant dans ce rituel ?
Un mariage, est un événement en Pologne. Tout a commencé avec Wyspiański, qui a écrit, il y a 120 ans, une pièce sur la raison pour laquelle la Pologne n’avait pas son indépendance à l'époque. Wajda l'a adaptée pour en faire un film, mais avant comme après cela, le mariage a été utilisé comme une allégorie au théâtre, dans la littérature et dans les arts. J’ai fait mon premier The Weddingau début de ce siècle, alors que la Pologne avait conquis son indépendance et sa liberté, mais avait besoin de retrouver ses valeurs. Aujourd’hui, il est temps de retrouver cette mémoire.

Un des personnages principaux de votre nouveau film est un grand-père atteint de démence, ce qui est une métaphore pour l’amnésie. Est-ce que est-ce que cette "amnésie", cette mémoire perdue, est l'aspect le plus important des relations juives-polonaises aujourd’hui ?
Il n'est pas de Nation qui n’a pas de problèmes non résolus dans son Histoire, ou des choses dont elle préférerait qu’on ne parle pas ou qu’on les oublie. Les Polonais ne sont ni meilleurs ni pires à cet égard. Des milliers de livres et d’articles ont été écrits sur l’Histoire juive et les relations entre les Polonais et les juifs, mais je pense que le sujet n'est pas encore clos, parce que les informations douloureuses sur la manière dont les Polonais se sont conduits pendant la Seconde Guerre mondiale ne sont pas dans les livres d’école. On enseigne à nos enfants que les Polonais ont été, pendant la guerre, soit des héros, soit des victimes, mais il n'est pas indiqué que comme n’importe quel être humain, nous avons pu nous comporter de manière méprisable.

Votre film traite à la fois du passé et du présent. Le second semble être un peu meilleur, mais il n'en reste pas moins que haine et intolérance sont monnaies courantes.
Balayer sous le tapis la vérité sur des crimes passés peut aisément mener à d’autres crimes. L’histoire se répéte. Si les pires aspects de l’Histoire trouvent un terreau fertile, ils fleurissent facilement et deviennent un problème capital et actuel, comme le sermon d'avant-guerre que je montre dans mon film. On constate aussi que le monde entier a viré à droite. L’écart entre les travées des supporters de football et les défilés nationalistes s'est resserré. Le Ministre de la Culture polonais donne toujours des quantités d’argent généreuses aux nationalistes polonais, et il a qualifié mon film de "projet dégénéré".

Je pense qu’il y a deux types de patriotismes : un qui est tolérant, ouvert à d’autres humains et d’autres cultures, mais aussi à parler des chapitres douloureux de notre Histoire ; un autre qui est fermé, qui sépare "nous" et "eux". Ce n’est pas de la rivalité, mais de l’hostilité.

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(Traduit de l'anglais)

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