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IFFR 2022 Compétition Big Screen

Urszula Antoniak • Réalisatrice de Splendid Isolation

“La mort, c’est quelqu’un qui vous coupe le souffle, c’est presque comme tomber amoureux”

par 

- L’art imite la vie : la scénariste et réalisatrice polono-hollandaise a fait de la pandémie en cours la source d’inspiration de son nouveau long-métrage

Urszula Antoniak • Réalisatrice de Splendid Isolation
(© Maciej Zienkiewicz)

Quel genre de film le public a-t-il besoin de voir en ce moment ? Comment trouver le juste équilibre entre réflexions sur le monde et évasion du divertissement ? Voici des questions que la scénariste et réalisatrice Urszula Antoniak a en tête depuis un certain temps. Son nouveau film, Splendid Isolation [+lire aussi :
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, à l’instar de son Code Blue [+lire aussi :
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, qui remonte à 2011, traite de la mort et de la manière dont on arrive à y faire face, petit à petit. Pour ce film minimaliste, tourné avec un budget de bouts de ficelle, la réalisatrice s'est inspirée d'un événement personnel, la mort d'un ami, mais pas seulement. Ce long-métrage est aussi une réflexion sur la manière dont la mort est devenue partie intégrante de nos vies quotidiennes avec le Covid. Le film a fait sa première mondiale au Festival international du film de Rotterdam dans la compétition Big Screen. Antoniak a répondu au téléphone aux questions de Cineuropa, depuis Rotterdam.

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Cineuropa: Le festival a dû se tenir en ligne, mais votre film aurait été une expérience fascinante en salle, avec tous ses plans grand angle intenses et ses vastes paysages.
Urszula Antoniak: C’est une expérience. Il y a la musique, les images et aussi la durée des plans. Tout est plus concentré. La musique était aussi très importante pour moi. Avec Milenia Fiedler, ma monteuse, nous nous sommes dit que le film avait besoin d’une voix humaine. La clef de cela était l’opéra. Nous utilisons de la musique baroque. Un des airs utilisés dit "Laisse-moi respirer, laisse-moi respirer de nouveau". Là, les paroles deviennent un contexte incroyable.

Vous vous êtes inspirée de la manière dont vous avez vécu personnellement le coronavirus. Dans le film, la mort est inévitable. Dans quelle mesure votre vision de la mort et de notre proximité à cette fatalité a-t-elle changé ?
J’ai intégré au film une connexion avec la mort d’un ami et la douleur qu'elle a causée pour moi, depuis douze ans. Mais le Covid, c'est différent. Quand on regarde des films d’Antonioni par exemple, les personnages sentent une sorte d'ennui existentiel. Ce qui est très bien en temps normal. Mais avec le coronavirus, les problèmes existentiels deviennent une partie intégrante de notre vie quotidienne. Donc je me demandais : de quel genre de film les gens ont-ils besoin maintenant tout de suite ? Ils auront toujours besoin de divertissement, mais il doit aussi y avoir des films faits en réaction à ce qui se passe autour de nous. J’ai donc décidé d'évoquer la mort et notre fragile condition humaine sur le ton du lyrisme. Au départ, Splendid Isolation devait être un thriller avec trois personnes sur une île mais ensuite, le film est devenu une pure allégorie. Quelqu’un est en train de mourir, quelqu’un s’occupe de cette personne et la mort vient s'interposer entre les deux.

La personne qui s’occupe de l’autre, Anna, semble être fortement en déni par rapport à ce qui est en train d'arriver à Hannah. Ne repousse-t-elle pas trop l'idée de la mort pour vraiment apprécier leurs derniers moments ensemble ?
C’est l’allégorie de tout le processus de l’agonie et de la nécessité de s’occuper de la personne mourante. Il y a différentes phases. La première est le déni, mais ensuite, le moment vient où l'on ne peut plus faire comme si de rien n'était. Ce serait comme du mauvais théâtre.

Quel genre de personnification vouliez-vous donner à la mort ?
Mon idée était que quelqu’un devrait venir s'interposer entre ces deux femmes, et que ça devrait être un homme. Et puis je me suis dit : alors pourquoi ne pas pousser l’allégorie jusqu’au bout, comme dans Le Septième Sceau ? Ensuite, je me suis demandé quel pourrait être le sexe de la mort. Est-ce que c’est un homme ou une femme ? Et là j’ai trouvé cette actrice incroyable, Abke Haring. Ce n’est pas tant parce qu’elle a une allure androgyne qu'elle m'a plu. La représentation de la mort, c'est quelqu’un qui vient littéralement vous couper le souffle. Mais avoir le souffle coupé, c’est presque comme tomber amoureux. C’est érotique. Ma découverte de la mort, du processus de la mort qui vient petit à petit, est très sensuelle et aussi très spirituelle. Mais au bout du compte, c’est aussi très bouleversant.

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(Traduit de l'anglais)

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