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IFFR 2022 Compétition Big Screen

Mabrouk El Mechri • Réalisateur de Kung Fu Zohra

“Je voulais que ma fille ait son Rocky”

par 

- Inspiré par Karate Kid, le réalisateur français suit une femme à poigne qui se bat pour ses droits et pour sa fille

Mabrouk El Mechri • Réalisateur de Kung Fu Zohra

Le réalisateur français Mabrouk El Mechri présente en première mondiale son film Kung Fu Zohra [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Mabrouk El Mechri
fiche film
]
dans le cadre de la compétition Big Screen du Festival international du film de Rotterdam cette année. Le film se situe quelque part entre le film d’arts martiaux et le drame social. Nous avons discuté avec le réalisateur de ses intentions avec le projet, d’où vient l’inspiration pour l’histoire et de son protagoniste.

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Cineuropa : Qu'est-ce qui vous a inspiré cette histoire ?
Mabrouk El Mechri :
Ma mère s’appelle Zohra et j’ai une fille de 8 ans. Les deux m’ont inspiré. Quand j’avais l’âge de ma fille, Rocky était mon modèle et je voulais que ma fille ait son Rocky à elle. À côté de ça, le film raconte aussi l’histoire de ma mère, même si l'idée est qu'il exprime un sentiment universel. Je n’avais pas l’intention de faire un film optimiste. Je voulais parler de violence culturelle, d’une société qui rend possible la violence à l'encontre des femmes. J’ai énormément pensé à la représentation de la violence dans les films. De nombreux films de genre la mettent à distance en y ajoutant de l’humour. J’ai toujours l'impression que le sujet n'est pas pris au sérieux. Pour moi, c’était important d'examiner comment on en arrive à cette violence. Le public devrait comprendre la dynamique du couple, leur façon d'interagir et d’où surgit la violence entre eux. Le film n’a pas pour fonction de formuler un message ou de partager une idéologie. L'objectif est avant tout de provoquer une réaction et je voulais parvenir à cela à travers un film de personnages.

Comment avez-vous trouvé vos acteurs principaux ?
Dans le cas de Sabrina Ouazani, qui joue le rôle de Zohra, elle me semblait être un choix évident. C'est une des meilleures actrices franco-maghrébines en France, j’aime sa voix, elle rit beaucoup, elle a une présence très physique et elle a eu une formation en arts du cirque. C’était facile pour elle de se connecter au kung fu et aux arts martiaux. Sabrina et Ramzy Bedia, qui interprète son mari, se connaissent et s'entendent très bien.

Pendant combien de temps Zohra s’est-t-elle entraînée ?
Elle s’est entraînée pendant deux mois. Comme nous avons dû faire une pause obligatoire à cause du coronavirus, elle a pu s’entraîner encore plus que nous ne l'avions prévu et nous avons eu plus de temps pour nous préparer.

Les vidéos que Zohra regarde sur YouTube sont-elles vraies ou les avez-vous fabriquées ?
Nous les avons fabriquées. En écrivant le scénario, j’ai fait des recherches sur Google et j’ai trouvé un vrai professeur de self-défense que j’ai pris comme modèle. J’en ai parlé au reste de l’équipe et nous avons eu l'idée de lui demander, tout simplement, s’il accepterait de jouer dans le film. Nous nous sommes rencontrés et il a accepté.

Un des films qui vient à l’esprit en voyant le vôtre est The Karate Kid. A-t-il fait partie de vos sources d'inspiration ?
Eh bien, oui. C’est impossibile de raconter une histoire où une personne âgée enseigne le karaté à quelqu’un de plus jeune sans que tout le monde ne pense à ce film. J’ai donc pris les parallèles entre ce film et mon film à bras le corps. Au début, je voulais un acteur beaucoup plus jeune pour interpréter le rôle, mais ça amenait une composante : l'héroïne serait devenue susceptible de tomber amoureuse de lui et je voulais éviter cela. Elle n’a pas besoin d’un nouvel amour pour trouver la force de quitter son mari.

Pourquoi n’avez-vous pas voulu que Zohra parle à sa fille de sa relation avec son père ?
J'ai vu moi-même cette situation : de bons pères peuvent être de mauvais maris. C’est vraiment difficile de s’opposer à l'autre parent de sa fille. On réagit à la situation qu'on subit, mais on ne veut pas le dire aux enfants. C’est une des limites du personnage.

Vous avez choisi un narrateur qui n’est pas Zohra. Était-ce votre intention dès le départ ? Comment l’idée vous en est-t-elle venue ?
C'est ce que voulais depuis le début. Je me suis dit qu'il serait préférable que ce ne soit pas l'héroïne qui raconte elle-même son histoire. Cela correspond au l’humilité qui caractérise son personnage. Par ailleurs, j'aimais l'idée que l’histoire acquière ainsi un ton évoquant légèrement le conte de fées.

Vous utilisez majoritairement des couleurs chaudes et un look un peu vintage. Comment avez-vous développé votre approche visuelle pour ce film ?
Je ne voulais pas qu’il soit trop sobre. L’objectif n’était pas de rendre l'environnement des personnages le plus réalistement possible. C'était l'histoire, l'important. Je voulais montrer que si elle n’était pas en conflit avec son mari, le monde dans lequel Zohra vit permettrait, en fait, qu'elle soit heureuse. C’est pourquoi il y a beaucoup de jaune et un soleil éclatant, le genre de choses qui pourraient la rendre heureuse.

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(Traduit de l'anglais par Sara Baroudi)

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