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LOCARNO 2022 Compétition

Nikolaus Geyrhalter • Réalisateur de Matter Out of Place

“Tout ce que nous produisons ou utilisons devient tôt ou tard déchet”

par 

- Le documentariste autrichien considère selon différentes perspectives la manière dont le monde gère les déchets générés par l’Homme

Nikolaus Geyrhalter • Réalisateur de Matter Out of Place

Matter Out of Place [+lire aussi :
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interview : Nikolaus Geyrhalter
fiche film
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est le nouveau documentaire de l'Autrichien Nikolaus Geyrhalter. Il a été projeté en compétition internationale au Festival de Locarno. Nous avons interviewé le réalisateur sur les recherches qu’il a faites pour ce film, sur son travail de montage et l’importance qu’il y a à faire en sorte que les gens soient conscients de la manière dont nous traitons nos déchets.

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Cineuropa : Les images qu’on voit dans ce film provoquent des sentiments contradictoires. D’un côté, on se sent submergé et dégoûté par l’abondance des déchets que nous voyons. De l’autre, il y a quelque chose de mélancolique et de fascinant dans ces branches couvertes de plastique qu’on voit sur les rives, par exemple.
Nikolaus Geyrhalter : Il y a une esthétique du laid. Dans tout ce qui est laid, il y a de la beauté. Le film joue avec ça. Les endroits qu'on y voit sont fascinants, mais on ne peut pas s’arrêter à la surface : il faut aller plus loin. Tout ce que nous produisons ou utilisons finit par devenir du déchet à un moment, et une fois ces choses jetées à la poubelle, elles sont encore là. Le processus ne fait que commencer. Une grosse industrie est derrière le traitement des déchets, et une vaste quantité de gens en font partie. En Europe, nous avons une manière relativement bonne de traiter les déchets en les brûlant et en produisant de l’énergie à partir d'eux, mais ils ne disparaissent pas complètement pour autant.

Combien de temps avez-vous enquêté sur votre sujet pour ce film ?
En tout, nous avons travaillé sur ce film pendant cinq ans. La pandémie est survenue et elle a un peu rallongé le processus. Nous avons tourné sur six à sept semaines.

Comment avez-vous choisi les endroits que vous avez filmés ?
Certains endroits étaient interchangeables, d’autres non. Par exemple, nous voulions une décharge dans pays moins développé et une unité de traitement des déchets en Autriche, mais nous n'étions pas arrêtés sur un site spécifique. Pour ce qui est du festival Burning Man, il n’y avait pas d'alternative, et nous avons eu beaucoup de chance de tourner pendant l’édition qui a tout juste précédé la pandémie. Ça n'aurait pas été possible pendant. La scène d’ouverture à Soleure, en Suisse, était très importante pour nous, car elle montre ce qu’on peut trouver quand on enterre les déchets et qu’on fouille la terre, des décennies plus tard.

Combien de temps avez-vous mis pour trouver les scènes que vous avez fini par utiliser ?
C’était très différent selon les endroits. Nous avons passé environ une semaine à chaque endroit, à nous balader et à tenter d’en absorber l'esprit. J’avais des souhaits et des attentes précis, mais j’essaie toujours de laisser l’endroit et les histoires qu'il contient venir à moi. À Katmandou, par exemple, nous avons été très surpris de la difficulté du parcours des camions de détrituts vers la décharge pendant la saison des pluies. Ces scènes n’étaient pas prévues, mais il est important d’être ouvert aux choses qui peuvent survenir.

Avez-vous pensé au montage pendant le tournage ou avez-vous collecté le matériel d'abord pour y penser ensuite ?
Bien sûr, nous tournons beaucoup plus d'images que ce que nous utilisons à la fin, et puis on condense le matériel, mais le rythme est dicté par le tournage. Le montage se fait parallèlement au tournage. Tourner et monter, c'est un circuit, dans la mesure où après le montage de certaines scènes, ou de certaines parties, on doit faire des recherches supplémentaires pour les scènes qu'on veut tourner après.

Dans le film, vous évitez les échanges directs avec le sujet, mais comment ça se passe hors caméra ? Dans quelle mesure cet échange personnel est-il important pour vous ?
Je trouve très important d’avoir une bonne entente avec mes sujets. Souvent, il y a la barrière du langage, donc ce sont les interprètes que nous avons avec nous qui communiquent le plus avec eux. Il est très important que tout le monde sache ce qui va se passer et pourquoi. Nous nous filmons pas des animaux, donc nous ne sommes pas là cachés, à attendre : nous tournons face aux gens. Par exemple, le conducteur de rickshaw, au Népal, a été préparé : nous lui avons rendu plusieurs fois visite, il était content de participer au film.

Avez-vous eu des difficultés pour obtenir tous les permis dont vous aviez besoin ?
Eh bien, ce que vous voyez, ce sont les endroits où nous avons été autorisés à filmer. J’ai l’impression que la pandémie est devenue une excuse idéale pour tenir les équipes de films à l’écart. Au fil des ans, notamment pendant le tournage de Earth [+lire aussi :
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interview : Nikolaus Geyrhalter
fiche film
]
, j’ai remarqué que les entreprises devenaient de plus en plus restrictives. Elles vont font attendre des années, jusqu'à ce que le sujet ait perdu tout son intérêt. Mais ça peut aussi marcher dans l’autre sens. Pour ce film, nous avons rencontré beaucoup de gens qui soutenaient vraiment le projet. Ils étaient contents que quelqu’un, enfin, se penche de plus près sur tout cela. Ils étaients contents qu'on les voie, car ils sont souvent les acteurs invisibles du système.

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(Traduit de l'anglais)

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