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SUNDANCE 2023 Compétition World Cinema Dramatic

Veerle Baetens • Réalisatrice de When It Melts

"Je voulais essayer de comprendre ce silence, et de le faire comprendre aussi"

par 

- La comédienne flamande reconnue internationalement parle sur son premier long métrage, un film sans concession sur une jeune femme hantée par son passé

Veerle Baetens • Réalisatrice de When It Melts
(© Thomas Sweertvaegher)

Veerle Baetens, comédienne flamande reconnue internationalement, notamment pour sa performance bouleversante dans Alabama Monroe [+lire aussi :
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passe derrière la caméra pour When It Melts [+lire aussi :
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, un premier long métrage sans concession sur une jeune femme hantée par son passé et qui cherche à solder les comptes dans le présent, programmé à Sundance dans la section Compétition World Cinema Dramatic.

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Cineuropa : D’où vient votre passion pour le cinéma, et comment êtes-vous passée du jeu à la réalisation ?
Veerle Baetens :
A la maison, on avait beaucoup de DVDs, je regardais constamment des films. Quand j’ai dû choisir mes études, j’ai envisagé un moment de faire le RITS, une école de cinéma bruxelloise, mais parallèlement j’ai aussi passé le concours d’entrée au Conservatoire, dans la section comédie musicale, que j’ai réussi. J’ai donc choisi d’aller devant la caméra, et pas derrière. Mais l’envie était déjà là, enfouie quelque part.

Comment Débâcle (Het Smelt), le roman de Lise Spit, est devenu votre premier film ?
Il y a quelques années, le producteur Dirk Impens m’a proposé de réaliser l’adaptation du livre, dont il avait acheté les droits. Je l’ai lu, et cette histoire m’a bouleversée. Je me suis dit que c’était un cadeau magnifique. Il se trouve que Dirk Impens a arrêté la production, et j’ai dû trouver un nouveau producteur (Bart Van Langendonck chez Savage Film). Donc on peut dire qu’à la base, c’est un projet de commande. Mais je ne le vois plus comme ça aujourd’hui, après 6 ans à vivre avec.

Quelles cordes cette histoire a fait vibrer en vous ?
Ce sentiment que peut avoir Eva qu’elle n’est pas belle, de se sentir rejetée par les garçons, c’est quelque chose que j’ai vécu enfant. Et puis sa solitude, une fois adulte, a réveillé certaines blessures en moi. Je me suis toujours demandé comment on peut vivre avec un tel manque de communication. Moi j’ai appris à m’exprimer, grâce à mes parents, et à mon travail, mais je sens que je partage quelque chose de la sensibilité, des incertitudes d’Eva. Je voulais essayer de comprendre ce silence, et de le faire comprendre aussi. Certains pensent que c’est trop facile de toujours se "cacher" derrière les évènements traumatiques de son passé pour expliquer le présent, mais je voulais justement faire ressentir que certaines personnes n’ont pas la possibilité de se relever et se battre. Ça parle de s’aimer soi-même, aussi. Eva enfant fait tout pour se faire aimer par les autres, avant de se refermer et de s’accrocher à sa soeur, qui est tout ce qui lui reste, mais jamais elle ne va apprendre à s’aimer elle-même.

Par contre, dans le livre, les gens qui entourent Eva sont très froids. Moi je ne voulais pas ça. Bien sûr, on sent qu’un drame va advenir, mais je voulais montrer que les gens ne sont pas nécessairement, foncièrement mauvais. Ils peuvent eux être blessés, fragilisés, et s’abimer eux aussi dans le silence.

Quelle est la pire blessure pour Eva, la cruauté des enfants ou la trahison des adultes ?
Quand j’ai lu le livre, pour moi le pire c’était la trahison des adultes. Ce que font les enfants résulte de l’enchainement d’actions pas forcément méchantes, à la base. Mais tous ces parents absents, absorbés dans leurs problèmes, ou dépassés par les évènements, c’est ce qui la détruit. Eva quitte l’enfance, et se découvre femme (ou pas d’ailleurs) dans le regard des garçons. Elle souffre, parce que ses deux meilleurs amis, des garçons, ne la regardent pas comme une fille. A aucun moment ils ne l’envisagent sous le prisme de la séduction, du désir.

C’est clair qu’à cet âge-là, les injonctions sociétales opposent les garçons et les filles. Je me sentais comme Eva petite, je voulais plaire, et le regard des autres, surtout des garçons, était très important. Ça fait partie de qui je suis, cette volonté de plaire. Je crois que j’ai voulu prendre mes distances avec cette soumission au regard des autres. Les comédiennes sont très souvent objets du désir des cinéastes, du public aussi parfois. J’en avais un peu marre, je crois. Passer à la réalisation, c’était aussi une façon de devenir sujet, et d’être dépositaire de ce désir, et d’essayer d’en faire quelque chose de juste et de respectueux.

Quel était le plus grand challenge sur ce premier film ?
Le plus dur, c’était de réussir à créer de l’empathie pour Eva adulte. C’est un personnage qui s’isole, qu’il a aussi fallu rendre plus actif. Et moi je voulais qu’on pleure aussi pour l’adulte, pas seulement pour l’enfant. Le film parle de sujets très lourds, je ne voulais pas qu’il le soit dans la forme, il fallait trouver une certaine fluidité, et créer la connexion entre l’émotion que dégage Eva enfant, et Eva devenue une jeune femme renfermée et solitaire.

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