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SUNDANCE 2023 Compétition World Cinema Dramatic

Sofia Alaoui • Réalisatrice de Parmi nous

“Le cinéma arabe est coincé sous une seule étiquette : je veux me battre contre ces stéréotypes”

par 

- Nous avons interviewé la réalisatrice franco-marocaine sur son premier long-métrage, un film fantastique qui se passe au Maroc et soulève des questions importantes sur la foi

Sofia Alaoui  • Réalisatrice de Parmi nous

Sofia Alaoui présente son premier long-métrage, Parmi nous [+lire aussi :
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, à Sundance dans la section World Cinema Dramatic Competition. Le film raconte l’histoire d’une mystérieuse jeune femme qui s’embarque dans un parcours et physique, et spirituel. Nous avons interrogé la réalisatrice sur ce qui lui a inspiré cette histoire, la religion et la nature du cinéma marocain.

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Cineuropa : Comment avez-vous développé cette histoire ? Y a-t-il eu une chose en particulier qui vous a donné envie de la raconter ?
Sofia Alaoui : Je suis née au Maroc et j’ai grandi là-bas. Ensuite, j’ai quitté mon pays pour aller vivre en Chine puis en France. Il y a quelques années, je suis retournée au Maroc avec un regard neuf sur ma société. J’ai été surprise par la manière dont elle avait changé. Je me suis retrouvée face à une société où la religion, et particulièrement le dogme, ont énormément gagné en impact. Ça a été vraiment frustrant pour moi. Je me suis demandé pourquoi nous avions besoin d’être aussi respectueux de ce dogme qu'on ne comprend même pas. Je voulais développer une histoire qui exprimerait ce sentiment. Dans le même temps, j’ai continué de voyager partout dans le monde et lors d’un voyage au Groenland, j’ai trouvé l’inspiration dans les lumières du Grand Nord. Tout a commencé avec ces paysages, où je voulais ancrer une histoire qui parlerait d'une rencontre avec quelque chose de surnaturel. J’avais besoin de l’élément "alien" comme moyen de perturber la dynamique de ma société et donc d’être en mesure de la remettre en question.

Vous ne nous dites pas grand chose sur le passé de votre personnage principal, Itto. Pourquoi ce choix ?
Nous savons plusieurs choses sur elle, par exemple qu’elle parle berbère. C’est la langue des natifs du Maroc, ceux qui étaient là avant que les Arabes n'arrivent. Puisqu'elle parle berbère, il est clair qu’elle ne fait pas partie de la bourgeoisie. Elle ne cadre pas avec cette famille, pour qui l’argent est un deuxième dieu. Là n’est pas sa place, compte-tenu de la structure sociale du Maroc. Le plus important pour moi était de rendre compte des dynamiques de classe : c’est pour cela que j’utilise les trois langues : le berbère, l'arabe et le français. Au-delà de ça, je voulais qu'Itto soit une fille mystérieuse et donc je voulais en dire au public aussi peu que possible à son sujet. Au début, elle ne cadre pas avec ce monde et n’est pas sûre de son statut, mais elle finit par trouver une manière d’accepter qui elle est et trouve une connexion avec elle-même.

Le principal sujet du film est la religion. Qu'on croie en un dieu ou en un alien, c'est la même chose ?
Je suppose que non. Ce qui compte, c'est de remettre en question le dogme.

Les chiens jouent un rôle important dans l’histoire.
Je cherchais une manière de représenter cette présence alien. Dans de nombreux mythes (j'en ai largement fait l’expérience quand j'ai vécu en Chine, et en voyageant à travers l'Asie), l'âme d’un être peut vivre à l’intérieur d’un autre être. J’essaie d’être respectueuse de tout ce qui nous entoure. Les chiens et les oiseaux sont importants pour l'histoire. Il y a quelque chose qui vit en eux. Ils présentent un contraste avec les humains, dont les émotions et les comportements sont clairement calculés.

Il y a peu de drames fantastiques connus qui aient été faits au Maroc.
Il a été très difficile de convaincre les gens de faire un film avec des éléments fantastiques. Je me suis vraiment battue pour ça. Même pour mon court-métrage, ça a été très dur, car les gens ont une idée précise de ce qu'est un film marocain qui domine tout le reste. Ils sont censés être plus réalistes. On a coincé le cinéma arabe sous une seule étiquette : je veux me battre contre ces stéréotypes. Pour moi, le grand intérêt du cinéma, c'est la diversité des langages qui le composent.

Est-ce qu’il y a des oeuvres littéraires ou des films qui vous ont inspirée quand vous avez conçu votre approche visuelle ?
Ma relation avec le cinéma a fleuri avec mes voyages et les rencontres que j'ai faites. Je tire principalement mon inspiration de choses que j'ai vécues, rarement de films. Cela dit, je regarde beaucoup de documentaires, et j’aime bien les décors authentiques. Dans le film, il y a des décors réels, comme le garage ou le bar. Je suis influencée par les films qui adoptent une approche documentaire et usent d'acteurs non-professionnels. J’aime le cinéma brésilien ainsi que le cinéma asiatique. Et pour leur atmosphère de fin du monde, je citerais en particulier Stalker et Solaris de Tarkovski et Melancholia [+lire aussi :
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de Lars von Trier.

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(Traduit de l'anglais)

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