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CANNES 2012 Un Certain Regard / France, Chine

Mystery : le mari, la femme et la maîtresse

par 

- Après 5 ans d'interdiction, Lou Ye revient en Chine pour tourner un drame intimiste qui ne manque pas de suspense

Mystery : le mari, la femme et la maîtresse

La section Un Certain Regard du 65ème Festival de Cannes a réservé sa séance d'ouverture au réalisateur chinois Lou Ye avec Mystery [+lire aussi :
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, qui marque son retour "officiel" à l'exercice de son métier dans son pays natal après cinq ans d'interdiction par les autorités chinoises pour avoir traité du massacre de la place Tian'anmen dans Summer Palace [+lire aussi :
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(2006). Si ce retour n'est qu'"officiel", c'est parce qu'en guise de protestation, le cinéaste ne s'est pas arrêté de travailler : il a tourné clandestinement en Chine le très beau Nuits d'ivresse printanière [+lire aussi :
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(prix du meilleur scénario à Cannes en 2009) et en France le moins remarqué Love and Bruises (2011), présenté à la dernière édition des Journées des Auteurs de Venise.

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Mystery, tourné légalement en Chine et coproduit à Paris par Les Films du Lendemain, laisse entrevoir dès son titre qu'il fait place au suspense. Cependant, le réalisateur et ses scénaristes (Mei Feng et Yu Fan) ont fait le choix inattendu et discutable de se concentrer sur le drame privé du trio que forment les personnages principaux (le mari, l'épouse et la maîtresse) aux dépens de l'enquête policière pure et dure et de la critique sociale qui auraient pourtant rehaussé le potentiel dramatique du film. Mystery, qui aurait pu être un thriller classique, renie une partie des codes du genre, brouille les cartes et joue avec subtilité avec le registre intimiste.

Lu Jie (Hao Lei, l'actrice de Summer Palace) ignore que son mari Yongzhao (Qin Hao) mène une double vie jusqu'au jour où elle le voit entrer dans un hôtel en compagnie d'une femme plus jeune. Cette fille, qui meurt le même jour renversée par une voiture sous une pluie torrentielle, n'est toutefois qu'une des nombreuses conquêtes de Yongzhao, cadre d'entreprise bien placé qui adhère au culte des apparences.

L'enquête sur l'accident est menée par un policier laxiste qui ignore des pistes importantes. La mère de la jeune fille finira pour recevoir de la part de la famille millionnaire du chauffard une nouvelle maison - ce qui laisse entrevoir un regard critique sur la classe des nouveaux riches chinois, qui pensent qu'ils peuvent tout contrôler ou presque, y compris la morale et la justice, et le font avec la complicité passive des institutions. Mais le réalisateur n'insiste pas sur cet angle et ce n'est pas sur cette critique sociale que repose la force dramatique du film. Ce que le metteur en scène préfère explorer, notamment via des ellipses (un trait typique de son oeuvre) et un flashback long et révélateur, c'est le mystère intérieur, qu'il illustre par la relation de manipulation réciproque entre deux rivales : Lu Jie l'épouse et Sang Qi (interprétée par la novice Qi Xi), une autre maîtresse de son mari.

Visuellement, Mystery est un film qui plonge avec cohérence ses personnages dans une obscurité pluvieuse et dans la dureté urbaine. La plupart des plans sont filmés par une caméra instable et certaines séquences incluent des images floues qui correspondent aux contours imprécis du mystère en question. Le compositeur Peyman Yazdanian, collaborateur habituel de Lou Ye, exacerbe la gravité du ton à travers une fabuleuse bande originale qui contraste nettement avec la version asiatique de l'Hymne à la joie qu'on entend au début et qu'on retrouve à la fin, comme signe ironique de la fausse tranquillité avec laquelle renoue le mari après une noire parenthèse.

Mystery est vendu par la société française Wild Bunch.

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(Traduit de l'espagnol)

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