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Kauwboy, ou l’apprentissage de l’impossible deuil

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- Avec Kauwboy, Boodewijn Koole livre un premier film juste et émouvant sur le deuil, l’éducation, la transmission, l’amour filial et l’amitié

Kauwboy, ou l’apprentissage de l’impossible deuil

Jojo (Rick Lens) a 10 ans, l’âge des bagarres pour de faux et pour de vrai et des amitiés farouches. C’est la fin de l’enfance, cette courte période que l’on vit en solitaire, dans un monde intérieur où l’on reçoit parfois quelques invités. Pour Jojo, ce sera Kauw, une sorte de double métaphorique de lui-même. Kauw, c’est l’incarnation littérale du personnage de Jojo, l’oiseau tombé du nid. Jojo le recueille, le soigne, le nourrit, l’éduque, l’aime, et tente même de lui inculquer la liberté et l’indépendance. Jojo est un père et une mère pour son choucas. Le père et la mère qui manquent tant dans son paysage. Sa mère, chanteuse de country, est, dit-il, partie en tournée. Son père, vigile, dort le jour et vit la nuit, taciturne et vaguement alcoolisé, comme hors cadre de la vie de Jojo. On comprend vite que le départ de la mère est certainement plus définitif que ne se force à le croire Jojo, et que ce père potentiellement violent est en fait profondément dépressif et ne sait plus comment communiquer avec son fils. Jojo est cerné par l’absence, perclus de solitude, et le film l’accompagne dans sa quête de compagnons de vie. L’oiseau va littéralement prendre la place de la mère disparue, en occupant son sanctuaire, son studio d’enregistrement. Yenthe, une camarade de sport, va l’épauler et le forcer à prendre conscience de son deuil. Et son père (Loek Peters) va peu à peu rentrer dans le cadre, réaffirmant sa présence au fil du récit et de son nécessaire deuil. Tous trois vont contribuer à briser le déni dans lequel s’enferme Jojo, et l’aider à accepter dans la douleur et la sérénité la mort de sa mère.

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, Boudewijn Koole propose un regard juste et mélancolique sur l’enfance, et un film sensible sur le processus de deuil. En situant son film dans une zone semi-rurale, entre la clairière et la grande route, toujours dans les arrière-cours, en distillant les références au rêve américain (le titre, mais aussi la country, les drapeaux), Koole donne à son récit une dimension de conte, hors de l’espace et du temps. Jojo et son père doivent faire un travail sur eux-mêmes, avant de pouvoir faire ensemble le deuil de l’être cher. Délivré des contingences sociales (Jojo ne va pas à l’école, c’est surement l’été, seulement au sport, on ne voit pas le travail de son père, et ces deux-là sont étonnamment seuls), le récit se concentre sur le parcours initiatique du petit garçon, sa découverte de l’amitié, et ses retrouvailles avec son père. Il ressort du film une certaine douceur, et une vraie volonté d’offrir au temps la possibilité de faire son œuvre. Si certains effets (ralentis, insertion de photos, une certaine utilisation de la musique) rompent parfois cette progression paisible, attendue mais menant à une libération salvatrice, on ressort de ce voyage avec Jojo ému et rassuré sur la capacité de résilience de l’être humain.

Kauwboy est le premier long métrage de Boudewijn Koole, qui a auparavant produit et réalisé de nombreux projets audiovisuels sur des thématiques liées à l’enfance. Le film était présenté dans la section Generation Kplus lors de la dernière Berlinale, où il a d’ailleurs remporté le Prix du meilleur premier film et le Grand Prix du jury international. Produit par Waterland Films (Zieleman de Ben Sombogaart, Stella’s War de Diederick van Rooijen, mais aussi Rundskop [+lire aussi :
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de Michael Roskam), Kauwboy est sorti en avril dernier aux Pays-Bas, distribué par Benelux Film Distributors, et est vendu à l’international par Delphis Film. Il sera distribué en Belgique par Jekino.

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