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STOCKHOLM 2015

Adama : redéfinir la réalité par le fantastique

par 

- Le réalisateur français Simon Rouby nous entraîne dans un parcours animé épique, depuis les plaines d’Afrique jusqu’au front pendant la Première Guerre mondiale

Adama : redéfinir la réalité par le fantastique

Le personnage principal du premier long-métrage éponyme du réalisateur et scénariste français Simon Rouby, Adama [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, est un garçon de 12 ans vivant dans un village lointain et isolé à flanc de falaise en Afrique de l’Ouest. Au-delà de la sécurité paisible de son refuge se trouve ce que les habitants nomment “le Monde des Souffles”, le royaume des mauvais esprits assoiffés de guerre sur lequel règnent les Nassaras. Soudain, suite à un rite d’initiation traditionnel, le frère aîné d’Adama, Samba, est soupçonné d’être possédé et contraint de fuir le village pour rejoindre les Nassaras en tant que guerrier. Adama va donc décider d’affronter le monde extérieur : de quitter pour la première fois de sa vie les protectrices falaises pour partir à la recherche de son frère et le ramener. Tandis qu'il effectue ce voyage courageux et épique à travers les continents, bravant une myriade de dangers, le garçon fait la connaissance de nombreuses personnes, notamment Abdou, un griot plein de sagesse qui agira comme une sorte de guide spirituel tout au long de son périple, Djo le soldat improbable et Maximin, un jeune va-nu-pieds qui vit dans la rue. Les innombrables défis et aventures auxquels notre héros va devoir faire face changeront sa vie à jamais.

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Rouby adopte un style d’animation inhabituel, évocateur et nostalgique, qui combine des visages humains par effets spéciaux numériques (à partir de sculptures balayées au laser) avec un ensemble d’images fixes. Après avoir participé au Festival du film pour enfants de Chicago (où il a remporté le prix du meilleur film), au Festival du film d’animation d’Ottawa et au Festival international du film d’animation d’Annecy, Adama est actuellement projeté au Festival de Stockholm, dans la section Migration du volet Spotlight, qui regroupe les films subversifs explorant le thème complexe de la migration.

L’animation peut être un médium extrêmement puissant pour donner vie à des histoires personnelles, car elle présente des caractéristiques esthétiques et narratives spécifiques qui permettent de montrer ce que des images en prise de vue réelle auraient des difficultés à représenter. Les aventures d’Adama trouvent un écho dans les enjeux actuels : impossible en effet de discerner les images originales utilisées à l'intérieur du film, comme s'il s'agissait de souvenirs perdus à la suite d’un traumatisme ou d’expériences horribles. L’odyssée initiatique et pleine d’imagination que relate Adama est inspirée d’histoires vraies d’Africains de l’Ouest qui ont été recrutés par l’armée française pour combattre en Europe pendant la Première Guerre mondiale. Notre héros traverse une Europe ravagée par la guerre, depuis l’enfer du front jusqu’à la terrible Bataille de Verdun. Son passage à l’âge adulte est illustré à travers son parcours des plaines ensoleillées et paisibles de l’Afrique au rues grises et grouillantes de Paris, où Adama est forcé d’affronter le monde moderne et les horreurs de la guerre pour sauver son frère aîné. Le sous-entendu allégorique du film vise à déclencher des réminiscences dans l’esprit des spectateurs, à faire d’eux les dépositaires d’images et de situations qui affectent la mémoire et l’identité collectives. En mettant l’accent sur un événement historique dérangeant, le film redéfinit avec succès la réalité par le fantastique. 

(Traduit de l'anglais par Séverine Meuleman)

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