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FILMS Portugal

A Ilha dos Cães : les jours sombres ne sont pas encore révolus

par 

- Le réalisateur portugais Jorge António réalise un film de genre avec l’héritage postcolonial en toile de fond

A Ilha dos Cães : les jours sombres ne sont pas encore révolus
Nicolau Breyner et Ângelo Torres dans A Ilha dos Cães

A Ilha dos Cães (lit. “L’île des Chiens”), le second long-métrage de Jorge António, est déjà dans les salles portugaises, après sa première au festival de Fantasporto, en février dernier. Le film comprend l’un des derniers rôles du célèbre acteur portugais Nicolau Breyner, décédé en 2016.

A Ilha dos Cães est une adaptation cinématographique du roman Os senhores do areal, de l’écrivain angolais Henrique Abranches. L’histoire du livre se déroule en Angola, à deux périodes historiques différentes et aborde les thèmes de l’esclavage et de la colonisation. Dans le film, ces deux périodes sont interconnectées par la présence d’un groupe de chiens dangereux vivant sur l’île, notamment aux alentours d’une forteresse qui était autrefois une prison où les colons portugais envoyaient les dissidents locaux qui s’opposaient au régime politique en place. Aujourd’hui, l’île – principalement habitée par des pêcheurs – est sur le point de devenir un grand complexe touristique, ce qui semble fortement déplaire aux chiens.

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Avec Miguel Hurst et Ângelo Torres dans les rôles principaux et antagonistes, le film tente de compenser son faible budget par des interprétations fortes et convaincantes et un scénario solide – et pourtant prévisible – qui soulève les questions du racisme, de la vengeance, de la décolonisation et de l’identité. D’abord colonie portugaise dévastée par la guerre, l’Angola est devenu un pays riche et indépendant dépourvu de démocratie. Bien que la situation politique actuelle du pays ne soit pas au centre de l’intrigue, l’atmosphère est empreinte d’un sentiment de corruption et d’ambition débridée. Le personnage de Hurst représente pour les pêcheurs locaux ce que le jeune ingénieur civil représentait pour l’intrépide vieille dame d’Aquarius [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
, un film brésilien très applaudi de Kleber Mendonça Filho : tous deux incarnent les forces du marché se battant pour la préservation d’un endroit particulier – et toute la mémoire historique qui y est liée. Désormais, l’ennemi vient de l’intérieur, comme si les anciennes victimes noires s’apprêtaient à devenir la réincarnation des bourreaux blancs. La maladie de la peau du personnage de Hurst (une certaine forme de dépigmentation) n’est certainement pas une coïncidence : ‘’Je deviens plus blanc que les blancs’’ confie-t-il à sa petite amie dans l’une des scènes.

Cependant, les images fantastiques d’A Ilha dos Cães finissent par éclipser le contexte socio-historique du film. Et c’est indubitablement le talon d’Achille du film, étant donné que ce choix nécessitait un budget plus élevé afin de créer des effets spéciaux plus convaincants que ceux présentés à l’écran, en particulier pour les scènes les plus agressives et violentes.

António, qui partage sa vie entre l’Angola et le Portugal depuis des dizaines d’années, a réalisé son premier long-métrage, O Miradouro da Lua en 1992. Ce film est d’ailleurs considéré par beaucoup comme étant la première coproduction entre ces deux pays. Il a également réalisé Kuduro, fogo no museke (2007) et O lendário tio Liceu e os Ngola Ritmos (2010). A Ilha dos Cães a été tourné en Angola et à São Tomé-et-Príncipe, et est produit par le groupe portugais Cinemate. Le réalisateur travaille déjà sur un autre projet, Noyola, présenté comme le premier long-métrage d’animation portugais destiné aux adultes. Le scénario du film est écrit par les célèbres écrivains africains José Eduardo Agualusa et Mia Couto.

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(Traduit de l'anglais)

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