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VENISE 2017 Semaine internationale de la critique

Team Hurricane : vie d’une bande de punkettes

par 

- VENISE 2017 : Ce premier long-métrage d’Annika Berg mêle images documentaires et fiction très stylisée pour composer un polaroïd de la vie de huit adolescentes

Team Hurricane : vie d’une bande de punkettes

Team Hurricane [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Annika Berg
fiche film
]
, le film punk radical et excitant sur huit adolescentes danoises d'Annika Berg, a été présenté à la Semaine internationale de la critique de Venise. Comme les personnages éclectiques et hauts en couleurs qu’il dépeint, ce film a une esthétique et un ton unique : il combine le réalisme des films caméra à l’épaule et des vidéos d’archives avec une palette de couleurs de film d’animation japonais, comme si on avait superposé Gummo d’Harmony Korine et le classique des Studios Ghibli Ponyo de Hayao Miyazaki, le tout monté par le Jean-Luc Godard des années 1970.

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Berg accomplit ici la remarquable gageure de nous livrer des images qui, à chaque plan, semblent à la fois réalistes et fantastiques. Ce serait une erreur de qualifier ce film d'expérimental, bien qu'on puisse être tenté de le faire, compte tenu de son esthétique hyperréaliste, de son montage agressif et de son intérêt moindre pour le récit en tant que tel – en effet, l’aspect visuel du film reflète la communication fondée sur les images de la génération Snapchat. Pour notre génération, qui est celle du numérique, l’esthétique volontairement partielle et la palette saturée qu’a choisies Berg sont probablement les images les plus réalistes qu’on ait vues cette année sur les écrans du Lido. 

Team Hurricane a remporté, à juste titre, le Prix du ciné-club de Vérone, accordé au film le plus innovant de la Semaine de la critique vénitienne par un jury de cinéphiles appartenant à une des plus anciennes amicales du cinéma d’art et d’essai d’Italie.

Plutôt que nous raconter une histoire, le film propose des thèmes et des moments de révélation. Les sujets abordés ici sont notamment l'anorexie, l'auto-punition, l'identité sexuelle, les politiques liées aux genres et l'estime de soi. Les choix artistiques faits par Berg, entre les visuels et les coupes, assurent quoiqu’il en soit au film de ne jamais tomber dans le film à thème d’actualité, et les sujets abordés ne servent jamais non plus de prétextes au mélodrame. Ils sont évoqués naturellement, sans dramatisation, ce qui ne fait qu’accentuer leur ubiquité. Berg parvient habilement à normaliser tout ces sujets, de sorte qu’on les perçoit bien comme un élément du tissu social, et que, partant, on ne voit pas ces filles comme des marginales. Et la réalisatrice n’hésite pas non plus à utiliser l’ennui (en français dans le texte, ndlt.) pour créer cet effet. 

Team Hurricane est aussi un film sur la manière dont les institutions traitent les jeunes filles. Par exemple, notre bande d’héroïnes se retrouvent toutes dans un centre aéré local qui a ses propres règles, et se donne aussi une mission éducative, et justement, le grand moment du film est la scène où on apprend aux filles à utiliser un préservatif. Observer leurs réactions, individuelles et collective, est ici fascinant, autant que de voir comment on leur enseigne à interagir et à se comporter. 

Le ton, doux-amer, tient à la manière dont la réalisatrice ponctue les scènes plus dures par des interludes plus tendres. Le refus du film de faire des compromis rappelle certains films du Canadien Bruce LaBruce, en particulier The Raspberry Reich (2004). On reconnaît aussi, bien sûr, l'influence politique plus directe de Chantal Akerman. Et tant qu’à déroger aux normes, l’équipe de Team Hurricane voit des femmes à la tête de chaque département. 

Dans une autre formidable séquence, les filles utilisent différents moyens de transport pour descendre la rue – un moment qui rappelle la scène des quads de Creed de Ryan Coogler, sauf qu’ici les filles sont en bicyclette et en scooter, et que la directrice de la photographie Louise McLaughlin adopte une esthétique de revue de mode qui exalte la nonchalance stylée de leurs looks, avec leurs cheveux de toutes les couleurs, et de leur attitude. Les décors de Josephine Farsø ont également ce côté à la fois hyperréaliste et coloré.

Comme on le voit, le grand génie de ce film politique est qu’il n’oublie jamais de s’amuser. Il est tellement radical, unique et porté à l’exploration qu’il est certain de devenir le film culte d’au moins un ado cool, voire plus.

Ce film danois a été produit par Adomeit Film. Ses ventes internationales sont assurées par la société finlandaise Level K.

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(Traduit de l'anglais)

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