email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

VENISE 2018 Compétition

Critique : Peterloo

par 

- VENISE 2018 : Ce film, le plus coûteux qu'ait réalisé Mike Leigh à ce jour, a hélas un impact émotionnel moindre

Critique : Peterloo

Le nouveau film de Mike Leigh, Peterloo [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Mike Leigh
fiche film
]
, en compétition à Venise, a beaucoup de qualités, à commencer par le fait que ce film historique situé au début du XIXe siècle nous renseigne bien quant au climat social qui a mené au Massacre de Peterloo de 1819, quand les forces du gouvernement britannique ont chargé dans une foule de 60 000 citoyens réunis pour demander des réformes politiques et la fin de la pauvreté. Cependant, le cinéaste, déjà lauréat du Lion d'or, est tellement déterminé à montrer les mécanismes en jeu dans le discours politique de la révolte qu'il finit par nous livrer un film bien fait, mais austère et froid, qui manque d'impact émotionnel - n'importe quel film se terminant par un massacre brutal qui ne bouleverse pas le spectateur et ne le remplit pas de colère a clairement loupé le coche.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

À bien des égards, Peterloo rappelle Le Jeune Karl Marx [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
de Raoul Peck, qui parlait aussi d'une pensée révolutionnaire inspirée par les injustices relevées au nord de l'Angleterre au début du XIXe siècle. Les deux films ont la même manière de largement se concentrer sur les débats et meetings organisés à l'époque, et sur la manière dont les gens étaient maintenus bridés. Au début du film, on voit notamment comment le prolétariat se voyait imposer des condamnations injustes, et comment le gouvernement a pris la mauvaise décision de nommer un héros de la bataille de Waterloo, le Général Byng, pour calmer les soulèvements au nord de l'Angleterre – alors qu'il ne sait même pas, une fois là-bas, de quelle côté des Pennines il se trouve, ce qui permet à Leigh de souligner l'indifférence de Londres quant au nord du pays.

Pour montrer la vie dans le Lancashire, Leigh suit la famille d'un joueur de clairon dans l'armée qui après Waterloo, rentre chez lui changé, et retrouve une situation de plus en plus difficile : une taxe sur le pain a été mise en place, et les gens ont beau faire leur possible pour survivre, la pauvreté augmente. Les précisions historiques et les costumes nous transportent bel et bien en arrière dans le temps, mais hélas, les personnages ne sont pas assez développés.

Quand une sans-logis se met à chanter dans la rue, cette théâtralité soudaine, excessive, fait l'effet d'une tentative de manipulation qui n'était pas nécessaire. C'est le premier indice que Peterloo pourrait bien être un film problématique. Les personnages et le partage entre le bien et le mal selon des séparations de classe auraient plus de force si Leigh avait injecté plus d'ambiguïté dans les différents protagonistes de l'intrigue et montré les divisions internes du mouvement plus efficacement. Le schéma et la structure du film ne permettent hélas pas l'existence de zones grises : Leigh dicte l'Histoire comme un cours de lycée au lieu de laisser de la place pour une pensée libre, ce qui semble en contradiction avec le désir de ses personnages préférés dans le film de faire en sorte que chacun ait le droit d'exprimer son vote.

Peterloo, développé avec le soutien de Film4, a été produit par Amazon Studios, Thin Man Films et Cornerstone Films, qui en assure aussi les ventes internationales.

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.