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VENISE 2018 Sconfini

Critique : L'Heure de la sortie

par 

- VENISE 2018 : Le Français Sébastien Marnier donne très habilement, à une troublante énigme impliquant des élèves de collège, des accents apocalyptiques

Critique : L'Heure de la sortie
Laurent Lafitte et les jeunes acteurs dans L'Heure de la sortie

La première scène donne le ton. Augurale, étrange dans sa manière d'unir le banal et le puissamment tragique, continuité et interruption, elle se déroule dans une salle de classe silencieuse où des élèves passent un contrôle. Bruits de papier. Le professeur observe du rang du fond leurs nuques inclinées tandis qu'ils se concentrent, et se jette par la fenêtre. On n'aura jamais de réponse sur ce geste final du début, mais le mystère qui l'entoure va se perpétuer tout au long du film en se déplaçant d'une étrangeté à l'autre, balayant tout le récit de ses points de suspension. Sébastien Marnier, d'abord connu comme romancier, crée dans son deuxième long-métrage, L'Heure de la sortie [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Sébastien Marnier
fiche film
]
, sélectionné à Venise dans l'éclectique section Sconfini, un climat très particulier qui met le spectateur dans une situation intéressante d'errance inquiète, car au-delà de quelques pics brutalement saillants, le récit n'offre pas de point de prise ferme : chaque nouvel élément qui nous est soumis tend à se dérober dès que vient le suivant.

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Le fil conducteur du film est d'ailleurs une enquête menée sans vraiment savoir ce qu'il cherche par le suppléant au professeur défenestré, Pierre (Laurent Lafitte). Il note en effet des comportements bizarres et violents dans sa classe de surdoués et se met à espionner ses élèves, nous permettant de découvrir avec lui les rituels inexplicables (toujours filmés de leurs portables) auxquels ils se livrent. Et bien que dans ces moments, le silence domine, la conscience qu'on a de l'imperméabilité de l'univers de ces collégiens fait l'effet d'un choc car on la vit très subjectivement, du point de vue de Pierre, pourtant jeune lui-même, dans un sens (il a tout juste quarante ans, il est encore en thèse, ses tatouages lui donnent un air cool...), comme si ces scènes étaient le moment précis où il mesurait le fossé entre lui et les nouveaux jeunes, la génération suivante (celle pour qui les DVD, ça fait "vintage").

Mais Marnier ne s'arrête pas là. S'il nous donne à vraiment ressentir, à travers son personnage de jeune prof, cette séparation totale et ce mur d'incompréhension entre les générations, il le fait pour nous parler de cette génération en particulier, des adolescents d'aujourd'hui, représentés par ces élèves surdoués bel et bien "différents". Ils semblent déjà tout savoir et n'espèrent rien mais comment le pourraient-ils, devant toutes les catastrophes écologiques dont ils ont compilé les vidéos et qui, mises ensemble, ne laissent aucun doute sur ce que réserve l'"époque" terrifiante qui est la leur (pour reprendre le mot d'un élève), alors que du côté des adultes, ceux-là même qui leur ont transmis ce monde, la tendance est à tout banaliser pour mieux ignorer (le déni des autres enseignants et du copain de Pierre par rapport à l'anormalité des événements est caractéristique) ? 

"C'est trop tard, y'a pas d'avenir. Vous ne voulez pas voir la vérité en face", dit un élève en milieu de film, et dans cette phrase se dessine déjà le dessein final de l'oeuvre : transformer d'un coup l'inquiétude aux contours flous qu'il véhicule depuis le début en électrochoc d'un niveau d'urgence et d'actualité impressionnant. De même que la manière singulière dont l'auteur parvient à hameçonner le spectateur, à lui faire écarquiller les yeux, pour lui mettre d'un coup la vérité en face, car c'est "l'heure" !

L'Heure de la sortie a été produit par Avenue B Productions. Les ventes internationales du film sont assurées par Celluloid Dreams.

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