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LA ROCHE-SUR-YON 2019

Critique : Ceres

par 

- La Néerlandaise Janet van den Brand signe un très beau premier long métrage avec un documentaire réaliste et poétique sur des enfants de fermiers

Critique : Ceres

"Il n’y a pas de début et il n’y a pas de fin, le soleil se lève et se couche chaque jour, et les saisons viennent et repartent ; les jours, les mois et les années se succèdent à travers le soleil, la pluie, la grêle, la neige et le gel… Les fermes et les troupeaux endurent, plus grands que la vie d’une simple personne." Cette citation extraite d’Une vie de berger de James Rebanks ouvre le documentaire Ceres [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, le premier long métrage de Néerlandaise Janet van den Brand, découvert en première française au 9e Festival International du Film de La Roche-sur-Yon, une immersion à la fois rude et transfigurée au cœur des cycles de la nature au sud-ouest des Pays-Bas. Car en choisissant d’aborder cet univers bucolique à travers le point de vue de quatre enfants de fermiers, âgés d’une dizaine d’années, la cinéaste a trouvé un très bon moyen de dépeindre aussi bien l’âpreté du quotidien de l’agriculture et de l’élevage que le charme bucolique et la profondeur de la vocation pour une telle existence. 

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Koen et son amour débordant et tactile pour les animaux (cochons et vaches), Daan qui apprend à tuer et découper la volaille, à récolter pommes de terre et céréales, Sven qui sillonne la propriété à fond sur son quad et qui guette la survenue éventuelle d’une grêle capable d’anéantir en dix minutes les poires et les pommes, Janine qui s’occupe du troupeau de moutons familial : les quatre enfants du film ont été élevés au berceau de la nature, connaissent parfaitement le rythme des saisons ("pourquoi l’hiver existe ? Qui l’a inventé ? C’est vraiment morne, ennuyeux") et arrivent à l’âge où ils prennent totalement conscience qu’ils prendront la succession de leurs parents ("à l’école je ne parle pas de la ferme, cela n’intéresse personne"). Et s’ils ont encore la patine de leur âge (Janine et sa passion pour le vernis à ongle, les jeux dans la paille, la baignade, le vélo en été sur les chemins, etc.), l’environnement sérieux de la ferme déteint sur toutes leurs activités ludiques :  soirée pick-up rodéo, chasse, connaissance très pointue des machines agricoles ("la première fois que j’ai conduit un tracteur, c’était fantastique"), veille météo sur les portables pour anticiper les intempéries ou espérer que cesse la sécheresse, rêves des grands espaces nord-américains et australiens, pub TV pour moissonneuse-batteuse, etc.). Sans oublier l’acceptation de la vie et de la mort ("si tu veux être fermier, il faut savoir dire au revoir aux animaux").

Au-delà de l’angle intéressant privilégié par Janet van den Brand qui a très bien choisi ses attachants personnages et qui alterne habilement leurs témoignages et les moments de leur quotidien, brossant ainsi un tableau objectif de la vie de la ferme sous toutes ses facettes, sans dramatiser ni occulter les aspects les plus crus, Ceres réussit à injecter une atmosphère exaltant la beauté de la nature sous toutes ses formes (frémissements des herbes dans le vent, envol de nuées d’oiseaux, caresse du soleil sur les champs, etc.). Un mélange poético-réaliste très accompli qui met notamment en valeur un joli sens du cadre (avec Timothy Joshua Wennekes à la photographie) et des ambiances musicales (signées Harrold Roeland) pour une cinéaste à l’évidence très douée dont on espère qu’elle déclinera aussi ses qualités à l’avenir dans la fiction.

Dévoilé à Berlin au programme Generation Kplus, passé par Visions du Réel et Hot Docs, nominé comme meilleur documentaire aux Ensor et mention spéciale en compétition nationale au Brussels International Film Festival, Ceres a été produit par les Belges de Diplodokus et coproduit par Tangerine Tree, Belga Productions et Evangelische Omroep. Les ventes internationales sont pilotées par les britanniques de Taskovski Films.

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