email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

BERLIN 2019 Panorama

Critique : Normal

par 

- BERLIN 2019 : Adele Tulli montre la normalisation de pratiques sociales qui, aujourd'hui, caractérisent les identités de genre, avec un oeil rigoureux, mais un peu moralisateur

Critique : Normal

Que les petites filles jouent avec des poupées et les petits garçons au football, nous le savions tous, mais on oublie souvent qu'entre les deux activités, il y a tout un spectre qui comprend des couleurs souvent non perceptibles à l'œil nu, des longueurs d'ondes ignorées – autrement comment qualifier le MammaFit, une gymnastique pratiquée au parc, sans lâcher la poussette où se trouve bébé ? Ou le “PUA training”, qui permet de séduire "naturellement" les femmes ? Et que dire des enterrements de vie de jeune fille super kitsch, avec limousine et gâteau phallique ?

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)
LIM Internal

Le documentaire Normal [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
 d'Adele Tulli, qui a fait son avant-première mondiale à Berlin dans la section Panorama, se charge de nous rappeler que tout cela existe. La réalisatrice, qui a suivi un Master de documentaire à la Goldsmiths University de Londres pour ensuite tourner son intérêt vers les études de genre et la culture queer (son film 365 Without 377, primé au Festival du film gay et lesbien de Turin en 2011, parlait de la lutte de la communauté gay indienne). Avec Normal, elle change la perspective pour mettre en avant, comme le suggère le titre, la normalisation de pratiques sociales qu'on aurait jadis estimées peu conventionnelles et qui caractérisent, aujourd'hui, l'identité des genres. Ce que la réalisatrice appelle dans sa note d'intention "atlas inattendu" des normes et des stéréotypes renvoie (pour filer la métaphore) à deux planètes différentes dont les orbites ne s'affleurent jamais et dont les habitants respectifs ignorent probablement l'existence les uns des autres.

Les petites filles expriment leur identité à des fêtes dominicales célébrant les fées et princesses (c'est-à-dire l'imaginaire Disney) ou à travers le rite du perçage des oreilles. Les adolescents idolâtrent le youtubeur inoffensif Antony Di Francesco sous le balcon de son hôtel. Les jeunes femmes exhibent leurs avantages en participant en bikini à des sélections pour le concours de Miss Monde ("Que voudriez-vous faire dans la vie ? —Euuuh, je dirais de la criminologie"). On a ensuite les futures épouses, plus domestiquées, qui participent aux concours pré-matrimoniaux ("Vous sentez-vous vaguement traumatisée à l'idée de devoir repasser les chemises, nettoyer la maison et cuisiner pour votre mari ?"). Le mâle alpha de sept ans fonce sur sa mini moto. Son grand frère admire les mannequins qui posent toutes mouillées sur les voitures d'exposition. Le machisme en prend un coup quand on se soumet au triste rite des photos sur la plage après le mariage. Le gâteau arc-en-ciel de la cérémonie de mariage gay à Ferrara est d'aussi mauvais goût. Paradoxalement, ce qui fait exception ici, c'est l'église catholique en la personne d'un ministre qui parle de la même manière aux futurs époux sans faire de distinction de sexe et dit que "la vraie trahison", c'est le manque de dialogue. Les images sont fascinantes comme un film d'horreur sur la vacuité. La caméra, rigoureusement fixe, observe de très près les adolescents mâles qui tirent sur des aliens ou des zombies dans une salle de jeux vidéo, tandis qu'on entend le fracas intolérable des armes en provenance de leurs écouteurs. Les musiques d'Andrea Koch soulignent ce que montrent les images, et le montage d'Ilaria FraioliElisa Cantelli et Tulli impose son rythme sans se dépêcher. Le spectateur pourra se demander quand tout cela a commencé, ou trouver moralisante la vision de la réalisatrice (ce qui n'est pas notre cas), mais le documentaire n'entend pas donner de réponse sur les dynamiques sociales auxquelles on assiste ici. Une forme de conclusion est donnée dans la scène finale, par un magicien qui coupe son assistante en deux, la fait disparaître et l'enflamme.

Normal a été produit par FilmAffair en coproduction avec AAMOD – Archivio Audiovisivo del Movimento Operaio e Democratico, en association avec Istituto Luce Cinecittà (qui en assure la distribution en Italie), IntramoviesRai Cinema et l'enseigne suédoise Ginestra Film. Les ventes internationales du film sont gérées par Slingshot Films.

(Traduit de l'italien)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.