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BERLIN 2019 Panorama

Critique : Staff Only

par 

- BERLIN 2019 : Le 2e long de la Catalane Neus Ballús mêle habilement l'histoire du passage à l'âge adulte d'une jeune fille avec les différentes strates complexes liées à son contexte post-colonial

Critique : Staff Only
Sergi López, Elena Andrada et Diomaye Augustin Ngom dans Staff Only

"Qu'il soit bien clair que je ne ferai pas d'études de tourisme", dit Marta, une fille de Barcelone sur le point de devenir majeure devant un groupe de touristes et devant son père, Manel, un agent de voyage rompu au métier.Ils sont au Sénégal, où Manel veut voir des hôtels, car il a décidé d'amener avec lui Marta et son jeune frère Bruno. Divorcé de la mère depuis des années maintenant, il pense que c'est l'occasion parfaite pour passer du temps ensemble et communiquer un peu, dans un contexte “all inclusive”. 

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Dans le film Staff Only [+lire aussi :
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interview : Neus Ballús
fiche film
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, de la Catalane Neus Ballús, présenté dans la section Panorama du 69e Festival de Berlin, Marta (Elena Andrada, dont c'est la toute première fois à l'écran, mais qui s'acquitte de sa tâche avec un grand naturel) est tout sauf ravie de faire des safaris guindés et d'assister à des spectacles folkloriques. Son humeur s'améliore quand un groupe de jeunes locaux arrive, mais elle est vite entraînée loin deux pour prendre part aux activités "traditionnelles" d'une famille de fermiers. Bruno se plaint de "la connexion de merde" et le reste du groupe se compose de retraités bedonnants avec des mises en plis affreuses. En plus, Manuel ne veut même pas laisser Marta prendre un mojito. Un jour, elle entend du hip-hop local très cool en arrivant dans l'hôtel dans sa chambre d'hôtel, où un des femmes de ménage, Aissatou, écoute un peu de musique sur son téléphone tout en nettoyant. Le destin va faire que cette dernière va oublier son téléphone, que Marta va trouver et devoir lui rendre, et ainsi, elles vont très se lier d'amitié. Marta fait aussi la connaissance de Khouma, un garçon qui filme les touristes pour leur vendre ensuite le résultat en guise de souvenir. Avec deux nouveaux amis proches de son âge qui viennent de l'extérieur de cette station de vacances à l'accès très restreint, Marta franchit le seuil de la porte "Personnel autorisé seulement" (staff only en anglais) pour entrer dans le vrai monde.

Ce n'est pas le monde auquel elle est habituée, l'avertit son père, inquiet. "C'est le chaos, tu es blanche. Il faut qu'on reste ensemble". Mais Marta refuse d'être intimidée et s'évade de la soirée bingo de l'hôtel pour aller en boîte – elle prend même de l'argent à son père pour payer une nouvelle caméra à Khouma. Inévitablement, ce sera bien le chaos : la question d'être blanc ou noir va se poser, ainsi que celles de savoir s'il faut ou pas rester dans son groupe, s'il faut être intimidé et si on peut faire des choix justes. 

Cette suite par Ballús à son premier long-métrage, le docufiction The Plague [+lire aussi :
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, repose sur une structure narrative plus traditionnelle, mais qui superpose des strates compliquées qui s'enchevêtrent très bien. En gros, c'est un récit d'apprentissage sur une jeune fille qui est presque une femme, et sur un père (merveilleusement joué par Sergi López, un des rares acteurs professionnels du film) qui n'y est pas encore tout à fait et n'est pas très convaincant quand il essaie de montrer que c'est lui qui commande. Le contexte post-colonial, et le fait de mettre les deux côtés face à face, regardant l'autre avec impatience et frustration, convient parfaitement à l'histoire car il pose les bonnes questions, mais met aussi le doigt sur les possibilités qui existent. Et malgré ses réticences initiales, on espère bien que le regard affûté de Marta s'exercera un jour dans le tourisme.

Staff Only a été produit par les sociétés espagnoles Ikiru Films, El Kinògraf, Turanga Films et La Terraza Films, avec Les Films Hatari en France. Les ventes internationales du film sont assurées par Film Factory Entertainment.

(Traduit de l'anglais)

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