email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

FILMS / REVIEWS

Critique : Exfiltrés

par 

- Venu du documentaire, Emmanuel Hamon signe un thriller choral très réaliste sur la tentative de sauvetage d’une femme voulant quitter Daech

Critique : Exfiltrés
Kassem Al Khoja, Finnegan Oldfield et Swann Arlaud dans Exfiltrés

"Tu veux qu’on t’aide à retrouver une tarée qui a rejoint les assassins de nos familles ?" Au moment même où se pose la question épineuse du retour en France de ceux qui s’étaient engagés aux côtés de Daech, en particulier les femmes et les enfants, sort un film, inspiré de faits réels qui apporte un éclairage assez original sur la complexité de certaines situations individuelles pris dans le maelstrom de ce conflit. Avec son premier long de fiction, Exfiltrés [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, lancé cette semaine dans les salles de l’Hexagone par Twentieth Century Fox, le documentariste Emmanuel Hamon réussit à dessiner un tableau réaliste, crédible et à hauteur humaine, de plusieurs personnages impliqués dans le chaos syrien, tout en donnant à son film un rythme de thriller entrecroisant les destinées. Un mélange stylistique d’autant plus intéressant qu’il est plutôt rare dans la production française et qu’il se déploie avec des moyens sans commune mesure avec de grosses machines.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

"Elle est où, ma femme ?" Sylvain (Swann Arlaud), jeune assistant de bloc opératoire sans histoires et vivant dans un milieu plutôt populaire, est totalement abasourdi quand il apprend que sa compagne Faustine (Jisca Kalvanda) n’a pas pris l’avion avec Noah, leur fils de cinq ans, pour retrouver une amie en Turquie, mais qu’elle a rallié Daech en Syrie. Cependant, cette assistance sociale se sentant inutile en France et qui a rejoint des connaissances chez Daech, déchante très rapidement à Rakka. Constatant les fausses promesses et surveillée comme un oiseau en cage, elle appelle rapidement au secours. Mais les autorités françaises qui enquêtent sur les conditions de sa radicalisation, ne sont pas vraiment sensibles à ce revirement ("on n’a pas les moyens d’y aller et même si on avait quelques gars sur le terrain, on ne risquerait pas leur vie pour ça"). Par chance, le chirurgien (Charles Berling) pour lequel travaille Sylvain, le met en contact avec son fils Gabriel (Finnegan Oldfield) qui exerce dans une organisation humanitaire en Turquie, un métier qui cache des activités plus secrètes. Avec le soutien d’Adnan (Kassem Al Khoja), un activiste syrien ayant fui Rakka et qu’il a aidé à entrer clandestinement en France, Gabriel va tenter d’orchestrer l’exfiltration de Faustine et de Noah, ce qui est évidemment très risqué…

Sans révolutionner le genre et avançant à grande vitesse (l’intrigue se déroule sur une durée d’un mois) avec un scénario parfois un peu arrangeant pour assurer les interconnections nécessaires au récit, Exfiltrés démontre néanmoins de nombreuses qualités : solide interprétation, excellente restitution de la réalité syrienne (le tournage a eu lieu en Jordanie et le cinéaste a fait appel de nombreux non-professionnels qui donnent un vrai cachet d’authenticité), arrière-plan très bien documenté et utilisé intelligemment par petites touches sur l’environnement du conflit (les services secrets, la géolocalisation des photos, etc.), et évidemment suspense et rythme, même si le happy end est un peu prévisible (avec cependant de la prison à la clé). Bref, un "petit" film efficace qui sort nettement de l’ordinaire et plutôt à son avantage par rapport aux sujets habituellement traités par la production française tout en esquivant les travers d’un traitement copiant le style américain sans en avoir les moyens.

Produit par Epithète Films, Exfiltrés est vendu à l’international par Playtime.

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.