email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

GOEAST 2019

Critique : Acid

par 

- Ce premier film comme réalisateur par le jeune acteur russe Alexander Gorchilin pose un regard abouti et en même temps très libre sur une section de la jeunesse russe d'aujourd'hui

Critique : Acid

Le jeune acteur russe de 26 ans Alexander Gorchilin, plus connu pour ses rôles dans Le Disciple de Kirill Serebrennikov et Leto [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Ilya Stewart
fiche film
]
, se lance dans la réalisation avec le drame sur la jeunesse urbaine Acid [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, qui a fait son avant-première internationale dans la section Panorama de Berlin et qui a triomphé au récent Festival goEast du cinéma centre- et est-européen de Wiesbaden le mois dernier (lire l'article).

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Comme son titre le suggère (quoique les implications les plus profondes de ce titre deviennent claires plus tard), Acid commence comme un vrai bad trip. Pete et Sacha (respectivement Alexander Kuznetsov et Filipp Avdeev, vus tous les deux dans Leto), deux jeunes gens de vingt ans, arrivent chez leur copain Vania et le trouvent nu, complètement défoncé et caché derrière une cuvette de toilette qu'il a tirée jusque dans sa chambre. Après l'avoir empêché plusieurs fois de sauter du balcon, Pete lui dit, indigné : "Si tu veux sauter, saute". Et il le fait.

Suit une scène d'enterrement où Pete a une saillie de colère dirigée contre la mère de Vania, parce qu'elle n'accepte pas la mort de son fils et qu'il l'accuse de ne pas l'avoir connu, vraiment. Ensuite, le duo du début se retrouve à une fête techno où le mystérieux Vasilisk (Savva Saveliev) vient vers eux. Il dit qu'il est artiste et demande à prendre une photo de la circoncision récente de Sacha.

Après une fête orgiaque chez Vasilisk, Pete se réveille le matin et décide de boire une petite gorgée de l'acide perchlorique dont l'artiste se sert pour transformer des bustes miniatures de l'époque soviétique en "art provocant", et se retrouve à l'hôpital pour brûlures graves. Ainsi, il va passer la première moitié du film avec un bandage sur la bouche.

Dans le même temps, la mère de Sacha, une végane qui fait de la méditation, revient du Bangladesh à l'appartement chic du centre de Moscou que le garçon partage avec sa grand-mère, et où il a logé Pete pendant deux mois. C'est la première indication sur la classe sociale des personnages qu'on trouve dans le film. Le père de Pete est un homme politique ou un homme d'affaires influent, mais il ne voit plus sa famille, qui vit dans des conditions bien plus précaires. 

Quand Pete décide de se dénoncer à la police pour ce qu'il appelle le "meurtre" de Vania, le film prend un tour plus descriptif. Au lieu d'analyser les motivations de Pete, Gorchilin se concentre sur Sacha et ses interactions avec sa famille, sa petite amie et sa jeune soeur, ainsi que sur ses tentatives d'aider Pete. 

Gorchilin et le scénariste Valery Pecheykin ont bâti pour ce film un univers convaincant de jeunes citadins désorientés, commun pour les sociétés modernes. Bien sûr, on est ici en Russie, ce qui permet aux auteurs d'utiliser de manière créative les contrastes du pays et les façons bizarres dont politique, crime, sexualité, drogues, technologie et religion se chevauchent, ce qu'ils font avec différents degrés de réussite. Cela dit, ce film parle avant tout des garçons sans père, des filles sans mères et des parents qui n'ont presque aucun contact avec la réalité qui est celle de leur progéniture en dehors du foyer familial, et même dans les segments les plus périphériques, Gorchilin s'assure qu'il colle bien à son thème central.

Alors que le film démarre au quart de tour, sur un mode festif, il s'installe ensuite dans un rythme plus modéré quoique parfois irrégulier, accompagné par une photographie en grand angle sobre, nette et bien éclairée (par Ksenya Sereda). Les éléments de contexte hétérogènes et l'intrigue sont parfois sous-développés, mais l'ensemble est stylistiquement cohérent si la narration a quelques failles. Grâce aux performances d'Avdeev et Kuznetsov, solides et assurées, les personnages et leurs motivations à agir sont convaincants, même quand ils manquent un peu d'ancrage dans le scénario. 

Acid a été coproduit par les sociétés russes Studio Slon et Truemen Pictures, avec le soutien de Roskino. Les ventes internationales du film sont gérées par la maison parisienne Wide Management.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.