email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

CANNES 2019 Un Certain Regard

Critique : La Vie invisible d'Eurídice Gusmāo

par 

- CANNES 2019 : Karim Aïnouz met l'accent sur le mélodrame dans son adaptation du roman de Martha Batalha

Critique : La Vie invisible d'Eurídice Gusmāo
Carol Duarte dans La Vie invisible d'Eurídice Gusmāo

Bien qu’il ne soit pas très "cool" de le dire, les telenovelas brésiliennes sont parmi les contenus audiovisuels les plus formidables du monde : elles sont connues pour leurs intrigues riches en mélodrame et en éléments épiques, et passionne la nation comme peu d’autres émissions savent le faire. L’esprit de ces feuilletons ainsi que l’héritage du réalisateur américain Douglas Sirk peuvent se retrouver dans La Vie invisible d'Euridice Gusmāo [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Karim Aïnouz
fiche film
]
, adaptation audacieuse par Karim Aïnouz du roman de Martha Batalha paru en 2015. Dans ce titre, présenté dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, Aïnouz (Madame Satā) a condensé l'histoire du livre, qui s’étalait sur plusieurs décennies à partir de 1934, pour se concentrer sur les années 1950, une décennie qui est vite établie comme un temps où les femmes étaient encore considérées comme la propriété de leur père et de leur mari, mais où s'esquisse un changement. Aïnouz conserve en revanche la dimension épopée du roman, pour nous parler d'une famille divisée à travers des cadrages et une structure classiques. 

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

L’intrigue est racontée à travers une série de lettres entre deux soeurs, Euridice (Carol Duarte) et Guida (Julia Stockler), que les circonstances sont séparées malgré elles. Bien qu’elles ne puissent pas se voir, elles continuent de défier le patriarcat qui entoure leur vie. Guida, l'aînée de deux ans, est rebelle et veut un changement, tandis que sa petite sœur de 18 ans travaille pour devenir pianiste de concert. Elles rêvent toutes les deux de partir vivre leur vie loin de la domination de leur père boulanger (António Fonseca), très catholique : Euridice veut rejoindre un conservatoire à Vienne, et Guida voudrait juste aller n’importe où ailleurs. La décision de Guida de fuir l’emprise de sa famille en épousant spontanément un marin va remettre en question les normes familiales et causer une dispute permanente avec le père. À partir de ce moment, Guida et Euridice sont séparées et vont suivre des chemins différents.

Un trope du cinéma, quand les frères et sœurs sont séparés et vivent à des kilomètres de distance, est que l'un réussisse sa vie et l'autre non mais ici, les deux femmes sont dans le deuxième cas : il s’avère qu’en effet, les marins ont bel et bien une fille dans chaque port et Guida, enceinte, se rend compte qu’elle n'est qu'une femme parmi d'autres. Bien résolue à ne pas de soumettre à cela, elle quitte son mari et ne rentre chez elle que pour découvrir que le papa n’est pas d'humeur à lui pardonner. 

Euridice se marie et c’est dans la chambre, ou dans la salle de bain, qu'Aïnouz fait basculer la forme du récit dans les temps modernes pour nous montrer des scènes de sexe très brutales, en utilisant comme accompagnement musical des airs plus contemporains. Euridice va finalement tomber enceinte et elle va devoir mener de front et son rôle de mère, et sa carrière de pianiste professionnelle, abandonnant certains de ses rêves en chemin. Ces deux femmes vivent des histoires de résistance, et la qualité de la narration est telle que les moments où elles se manquent de peu et se voient presque ne donnent pas l’impression d’être trop clichés.

Les performances des actrices sont exemplaires et il y a un bonus supplémentaire pour les fans de cinéma brésilien (qui sert aussi de lien entre le passé et le présent) : un épilogue où apparaît la légendaire actrice brésilienne Fernanda Montenegro. Ce récit de type classique va délecter ceux qui aiment les drames à surprises et à retournements, tout en soulignant l'évolution de la place des femmes dans la société. 

La Vie invisible d'Euridice Gusmāo a été produit par la maison brésilienne RT Features avec la société allemande Pola Pandora, Sony Pictures Brasil et Canal Brasil. Les ventes internationales du film sont assurées par l'enseigne outre-rhénane The Match Factory.

(Traduit de l'anglais)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.