email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

FIDMARSEILLE 2019

Critique : Le Bel Été

par 

- Pierre Creton tisse en douceur et comme un funambule une fiction bienveillante aux allures de documentaire au cœur d’une petite communauté de circonstance

Critique : Le Bel Été

"L’évidence d’un quotidien guidé par le désir et la simplicité de nos histoires qui rebondissent les unes sur les autres sans se briser". Avec Le Bel Été, dévoilé en première mondiale dans la compétition française du 30e FIDMarseille, Pierre Creton continue à creuser son sillon très personnel (marqué entre autres par Secteur 545, Maniquerville [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
ou encore Va Toto! [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
) dans le cinéma français. Façonnant des récits totalement immergés dans le réel à partir de sa propre maison au cœur du pays de Caux, en Normandie, le réalisateur dessine cette fois par petites touches légères le tableau d’une expérience estivale partagée touchant au sujet des migrants, tout particulièrement des jeunes mineurs isolés. Mais partant du constat que cette situation a déjà été mille fois exploitée par la télévision, les interviews, les documentaires, le réalisateur se "demande ce qui est juste, ce qui justifie l’image", cette image "faite d’un rapport impossible, d’un enfermement partagé, celui des exilés retenus des mois dans la Jungle de Calais, et le nôtre aujourd’hui face à cet événement qui est comme une frontière pour la pensée".

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

De fait, Pierre Creton choisit d’emprunter des chemins de traverse et de raconter par petites bribes en apparence décousues la vie commune estivale de sept personnages : le couple Robert-Simon, leur amie Sophie et l’adolescente Flora et les trois migrants qu’ils hébergent : Nessim, Ahmed et Mohammed. Un quotidien sous le soleil, dans une campagne pure et isolée, nourri de cueillettes de fruits et de légumes, de travail dans les ruches, de préparatifs culinaires dans la cuisine, de leçons de lecture (de Virginia Woolf à Jean Genet), de baignades à l’ombre des falaises, de soirées durant lesquelles affleurent les blessures et la soif d’amour des adultes tandis que la jeunesse plus insouciante joue au ballon ou rêve d’avenir, d’ouvrir un restaurant à Conakry.

Comme le soulignent deux personnages, "c’est un peu étrange comme situation, tu ne trouves pas ? – Oui, mais ce n’est pas très grave". Électrisé ponctuellement par des passages musicaux composés par Les Limiñanas qui font de nos protagonistes presque des héros de western, le film se promène dans le bien-être estival sans jamais chercher à démontrer, à expliquer, à approfondir, mais en laissant infuser les séquences de vie (Ahmed est en apprentissage en soirée dans un restaurant de Vattetot, Robert sculpte des ex-voto, Simon parcourt les routes forestières en mobylette – avec une apparition de Mathieu Amalric en mécanicien -, Sophie fait office de narratrice du film, etc.) jusqu’à ce qu’elles finissent par former un tout composite. On grimpe aux arbres, un âne passe sa tête par la fenêtre, on danse, on chantonne La passacaglia della vita, on fait une tarte aux pommes que le chien de la maison s’empresse de lécher, on s’étend sur le rivage de galets dans le mouvement perpétuel des vagues : c’est l’été et flotte le parfum d’un microcosme où l’harmonie opère, à quelques encablures d’un vaste monde où une réunion de bénévoles rappelle à quel point la situation des mineurs isolés migrants est fragile. Une parenthèse ou l’ébauche d’un monde idéal sous forme de phalanstère que Pierre Creton filme avec une grande sobriété (quelques plans sublimes montrant néanmoins à quel point son sens du cadre et de la profondeur de champ est bien aiguisé).

Interprété par Gaston Ouedraogo, Sophie Lebel, Yves Édouard, Sébastien Frère, Mohamed Samoura, Amed Kromah, Wally Toure et Pauline Haudepin, Le Bel Été a été produit par Arnaud Dommerc pour Andolfi. JHR Films qui distribuera le film en France le 19 novembre prochain, gère également les ventes internationales.

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.